Deux Ajoulots dans la course à l’intégration

Jérôme Berthoud (avec les lunettes) et Vincent Voisard sont ici entourés de Daniel Welday, arrivé en Suisse comme requérant d'asile et devenu coach de FLAG21 (à gauche) et Mugisho Nfizi Koya, membre du comité de l'association. © Rébecca Pittet / FLAG21

PORRENTRUY / GENEVE Favoriser l’intégration des migrants en Suisse par le biais de la course à pied, c’est le projet original de l’association FLAG21. Elle déploie ses activités dans le canton de Genève, mais ce sont deux Bruntrutains, Jérôme Berthoud et Vincent Voisard, qui sont à l’origine de sa création.

Tous les deux sont nés en 1982; tous les deux ont grandi à la Colombière – c’est d’ailleurs là qu’ils ont appris à se connaître; et tous les deux vivent désormais à Genève, où ils entretiennent leur amitié à renfort de moments partagés et de projets communs. La vie aurait pourtant pu avoir raison de cette amitié. Car alors que Vincent optait pour l’école de commerce, Jérôme faisait sa maturité au Lycée cantonal. Pendant que Vincent se formait au travail social à Lausanne, Jérôme étudiait la sociologie à l’Université de Neuchâtel. Et quand ce dernier a rejoint l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL) pour y faire sa thèse de doctorat en sociologie du sport, Vincent était parti s’établir à Genève, où il avait trouvé du travail et où il a depuis fondé une famille.

Mais ce qui pousse à la Colombière résiste apparemment bien. Vincent, aujourd’hui responsable d’unité à l’Hospice général de Genève (l’équivalent de nos services sociaux) et Jérôme, chercheur et chargé de projet à l’ISSUL, ont gardé le contact pendant toutes années, et puisqu’ils vivent désormais dans la même ville, ils se voient «régulièrement, confie Vincent, et à chaque fois on part dans nos discussions». Or il arrive que ces discussions débouchent sur de beaux projets, à l’image de FLAG21.

Une trentaine de migrants et de bénévoles ont couru sous les couleurs de l’association FLAG21 samedi lors de l’Antigel Run à Genève. © Rébecca Pittet / FLAG21

S’entraîner et courir ensemble

FLAG21, c’est une association dont le but est d’«utiliser le sport comme outil d’intégration à Genève», résume Jérôme Berthoud, qui est à l’origine de l’idée. «La question des migrations est au cœur de mes intérêts, explique le Bruntrutain. En plus de ma thèse, qui portait sur l’après-carrière des footballeurs camerounais, j’ai participé à un ouvrage qui questionnait le potentiel d’intégration des clubs de football de migrants en Suisse. Et la conclusion était que oui, le football, ou le sport en général, peut jouer un rôle. Ce n’est pas une recette miracle mais c’est un outil.»  

L’idée a pris forme lors d’un week-end organisé par l’Hospice général de Genève il y a un an et qui permettait justement aux porteurs de projets sociaux de les formuler et de rassembler du monde. Forte aujourd’hui d’une douzaine de personnes, l’équipe de l’association a mené à bien deux projets. Le premier a permis d’organiser des séances d’entraînement entre requérants d’asile et Suisses, avec des coaches, puis de participer au Tour du Canton. Durant les mois d’avril et juin 2017, une cinquantaine de personnes ont ainsi couru sous les couleurs de FLAG21 les quatre étapes de cette course «comparable aux Quatre Foulées dans le Jura», précise Vincent Voisard.

Le second événement, l’Antigel Run, s’est déroulé samedi dernier. A la demande des organisateurs, FLAG21 avait auparavant organisé quatre entraînements entre décembre et janvier dans le Parc des Eaux-Vives à l’intention de tous les coureurs intéressés. Fidèle à ses objectifs, l’association s’est en outre chargée de réunir un groupe de requérants d’asile tant pour les entraînements que pour la course. Une trentaine de personnes ont cette fois couru pour FLAG21.

«Une goutte d’eau», mais c’est déjà ça

Quel bilan tirent les deux Ajoulots de leur action après ces deux projets? «Déjà, cela fait sortir les demandeurs d’asile du foyer où ils résident, relève Jérôme Berthoud. C’est un premier pas qui leur permet peut-être d’être plus positifs dans les démarches du quotidien.» «Ce sont des moments sympas pour eux et pour nous», ajoute Vincent. Et parfois cela va un peu plus loin, comme pour cet Erythréen que Jérôme Berthoud a accompagné dans un magasin de vélos et qui a pu y faire un stage.

Les deux amis se réjouissent de ces impacts positifs, sans pour autant se prendre pour des héros: «On est juste un maillon», observe Jérôme. «C’est une goutte d’eau, estime pour sa part Vincent, mais chaque goutte d’eau est bonne à prendre.» Quant à la suite, aucun projet précis n’est encore esquissé, mais on l’a compris, la motivation des deux Ajoulots est intacte.
Un reportage de Claire Jeannerat, publié le 25 janvier 2018, N°433

 


L’INTERVIEW AJOULOTE

Un lieu en Ajoie qui compte pour vous?

Jérôme Berthoud: La patinoire. J’ai toujours été un supporter du HCA. Je vais au match depuis tout petit, on y allait d’ailleurs souvent ensemble avec Vincent.

Vincent Voisard: Le parcours des 66 du Doubs. Que ce soit seul ou avec des amis, j’adore m’y retrouver, c’est très ressourçant.   

Un club sportif ou une association qui vous tient à cœur?

Jérôme Berthoud: A part le HCA? Le BCB. J’étais adolescent dans les années où le club est devenu champion, j’ai de bons souvenirs au Chaudron.

Vincent Voisard: Le FC Porrentruy. C’est là que j’ai fait mon école de foot et que j’ai joué avec les juniors.

Trois mots pour décrire l’Ajoie et ses habitants?

Jérôme Berthoud: Le soleil, parce qu’on remarque quand même qu’il y en a plus quand on arrive de Delémont; la joie de vivre; et les Ajoulots… ce sont quand même des têtes dures.   

Vincent Voisard: Chaleureux, bons vivants, agréables. En Ajoie, mais dans le Jura en général, il y a un échange possible avec les gens, même quand on ne les connaît pas, même avec les commerçants. D’ailleurs j’achète toujours mes vêtements dans les magasins de Porrentruy.

Quelque chose qui devrait être amélioré en Ajoie?

Jérôme Berthoud: Je trouve l’Ajoie parfois un peu frileuse face au changement, un peu conservatrice.  

Vincent Voisard: L’image. Saint-Ursanne est toujours mise en avant, or Porrentruy a tout autant d’attraits. Mais elle est trop méconnue, elle doit apprendre à mieux se vendre. CLJ