Aéromodélisme: la passion, de la conception à l’envol

DISTRICT On pourrait penser qu’il s’agit d’un jeu d’enfant, mais non! L’aéromodélisme est une passion qui demande des compétences dans bien des domaines, puisqu’elle englobe généralement tant le fait de faire voler des engins que de les construire, voire de les concevoir. Sur une idée d’Éric Comment, rencontre sur le terrain de l’Aéromodèle Club Ajoie.

C’est sur les hauts de Mormont, à quelques encablures de l’Hôpital de Porrentruy et à deux pas des pistes de la place d’armes de Bure que nous avons rendez-vous. Un triangle orange orné d’un avion déposé sur le bord de la chaussée annonce la couleur: nous arrivons près d’une piste d’aviation. La manche à air qui gigote sous les assauts de la bise confirme que nous sommes arrivés sur le terrain de l’Aéromodèle Club Ajoie (ACA). Devant les cabanons et sous un soleil radieux, Jules, 13 ans, s’apprête à tracter le planeur d’Alex, son papa, grâce à «Bidule», un avion-remorqueur jaune pétant.

Ce matin-là, Alex Lachat, Christian Glaus, Pierre-Yves Érard et Jules Lachat (de g. à d.) ont profité des conditions météo favorables pour faire voler un planeur tracté par ce remorqueur. Élise Choulat © Éditions L’Ajoie

Avantage à l’électricité

Pendant que le moteur de l’appareil s’échauffe, la discussion commence. «L’aéromodélisme, c’est une passion avant tout!», assène d’entrée Pierre-Yves Érard, le caissier du club. Médecin à la retraite, il sait de quoi il parle, puisque ça fait près de trente ans qu’il conçoit, construit et fait voler ses propres engins. Car non, l’aéromodélisme ne se limite pas au pilotage! «Ça comprend aussi la création de modèles, confirme Christian Glaus, secrétaire de l’ACA. Mais de plus en plus, on peut acheter des kits prêts à monter soi-même. Après, le but, c’est de voler sans casser… C’est arrivé que l’on travaille tout un hiver et que l’appareil ne survive pas au premier vol…» Par appareil, on entend bien sûr avions à moteur, mais aussi planeurs, hélicoptères ou drones. «Mais on en a très peu chez nous, précise le responsable. Les amateurs de drones ont leur propre association dans la région. D’ailleurs nous, nous ne pilotons qu’à vue, nous n’utilisons pas de caméras embarquées», tient-il à préciser.

Alors que sur le terrain, Jules et son père gardent les yeux rivés sur leurs maquettes qui virevoltent désormais dans le ciel ajoulot, les deux hommes poursuivent: «Aujourd’hui, la tendance est de plus en plus au moteur électrique. Ça a plusieurs avantages: d’une part ça fait moins de bruit – car nous sommes très attentifs à cela, nous évitons par exemple de voler les jours fériés ou pendant les heures de midi avec des moteurs bruyants, pour ne pas trop déranger les gens de Mormont; d’autre part, c’est beaucoup plus facile à mettre en œuvre qu’un moteur à explosion, c’est moins salissant et plus facilement transportable tout en étant quasiment aussi efficace, excepté pour les avions remorqueurs qui demandent plus de puissance. Et puis nos cabanons sont équipés de panneaux solaires qui nous permettent de recharger les batteries – et d’alimenter le frigo! C’est important aussi, le frigo…», rigolent les deux compères. ¨

Une préférence pour les voilures fixes

Dans ce club d’une petite cinquantaine de membres, la moyenne d’âge est plutôt basse. «Aux alentours de quarante ans, estime Christian Glaus, même si les très jeunes sont peu nombreux. Il faut dire que c’est une passion qui demande quand même quelques moyens. Pour un petit avion et une télécommande basique, il faut compter au minimum 400 francs… C’est pourquoi nous mettons à disposition des avions et une télécommande double pour les personnes qui souhaiteraient essayer avant d’investir.» Et à l’ACA, on est plus vol à voile ou vol à moteur? «On a clairement une préférence pour les planeurs (voir encadré), répond le secrétaire, même si on a aussi des avions à moteur et même quelques avions à réaction! Nous serons d’ailleurs en démonstration avec un jet – entre autres – à l’aérodrome de Bressaucourt le 16 juin prochain. Les autres rendez-vous cette année, c’est la rencontre amicale interclubs de planeurs-remorqueurs le 30 juin et la rencontre annuelle des trois clubs du canton mi-septembre, ici sur notre terrain.»

Fréteux, un site magnifique

Si, généralement, les modélistes se retrouvent, comme nous en cette belle matinée, sur le plateau du Varandin notamment pour des raisons de sécurité, il arrive parfois qu’ils partent à la recherche de belles déclinaisons de terrain. «On fait ce qu’on appelle du vol de pente ou de montagne, explique Pierre-Yves Érard. Le principe est de profiter de la pente, des vents ascendants et des courants thermiques pour faire décoller puis voler nos planeurs sans avoir recours à un remorqueur.» « Nous sommes déjà allés voler dans les Vosges, sur les volcans d’Auvergne et au Monte Catria, en Italie, complète Christian Glaus. Nous avons aussi un super site ici en Ajoie, du côté de Fréteux, à Villars-sur-Fontenais. On se base sur le vol des oiseaux, comme ceux que l’on voit là-bas, poursuit-il en montrant du doigt deux rapaces en l’air. Ça nous arrive même de voler à leurs côtés, mais on est vite ridicules! En quelques secondes, ils nous prennent plusieurs centaines de mètres…»

 

Les modélistes ajoulots ont créé leur club au tout début des années 80. © ACA

 

Une passion partagée

Alors que «Bidule» a retrouvé la terre ferme suivi, le temps de quelques acrobaties, par le planeur d’Alex , les Lachat père et le fils nous rejoignent. «Nous avons commencé ensemble en 2013», se souvient le garçon de 13 ans. «J’avais un avion qui traînait depuis dix ans à la maison, confirme son père. Un jour, Jules m’a dit que ce serait bien de l’essayer…» Et à 7 ans, c’est facile d’apprendre à piloter? Télécommande XXL en mains, Jule explique: «À gauche, c’est les gaz, en haut c’est full, en bas zéro. L’autre manette, c’est pour les ailerons…» Roulis, direction et profondeur, que de choses à gérer… «Après y a les freins, le train rentrant… Il faut assimiler tout cela et en même temps, il faut inverser la gauche et la droite lorsque l’avion arrive de face… Mais Jules a assez vite compris», sourit son père, admiratif. «Même si je me suis aussi planté des fois, admet le jeune homme. Celui qui dit qu’il a jamais cassé est un menteur!» Ou une menteuse. Mais des femmes, «il n’y en a presque pas, on ne sait pas pourquoi…, s’étonne Christian Glaus. D’ailleurs, s’il y a des amatrices, elles sont les bienvenues!»

Élise Choulat

SIX PLANEURS EN CONSTRUCTION
Si, généralement, les passionnés de modèles réduits aiment construire leurs appareils en solitaire, à l’ACA on a réuni les forces pour créer… six planeurs de type ASK 21 de près de six mètres d’envergure chacun! «On les réalise à l’échelle 1:3», précise Christian Glaus, le secrétaire de l’Aéromodèle Club Ajoie. Après deux ans de travail, l’équipe a terminé le gros-œuvre. «On a créé des moules pour multiplier les pièces. Mais tout cela demande des compétences dans des domaines très divers comme l’électronique, la mécanique, la menuiserie, le dessin technique… Par chance, nous avons tous ces corps de métiers représentés au sein de notre groupe. Sans compter que le projet a été initié par notre ancien président, Frédy Métille, qui avait lui-même déjà construit un avion – un vrai – il y a quelques années.» Malgré tout, il faudra encore patienter avant de pouvoir admirer ces aéroplanes dans le ciel ajoulot. «Au rythme de deux soirs par semaine, on devrait encore en avoir pour une bonne année.» ECH

 

www.acajoie.ch

 

POUR EN PRENDRE PLEIN LES YEUX!
 
Toutes les images: © ACA