Alouette, gentille alouette

Les populations d'alouettes sont en constante diminution en Ajoie. © Judith Zellweger-Fischer
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DISTRICT Comme une grande partie de la biodiversité (clic), malheureusement, les populations d’alouettes des champs sont en régression en Suisse. Or, l’Ajoie est une région particulièrement propice à ce passereau qui fait l’objet d’un nouveau projet de conservation.

Le saviez-vous? Sur le plan ornithologique, notre district ne se distingue pas des autres régions uniquement par sa population de chouettes chevêches ou par ses nombreuses cigognes blanches. Non, l’Ajoie s’avère être aussi un territoire des plus intéressants pour l’alouette des champs.

Un site unique en Suisse

Ce petit passereau migrateur, qui niche au sol, a besoin de terrains accessibles. Or, avec l’évolution des pratiques agricoles, les parcelles cultivées se sont agrandies, la végétation s’est densifiée, les zones tampons raréfiées et les chemins bétonnés multipliés. «Ce que l’alouette aime, ce sont les trous dans les cultures ou les parcelles de transition entre les champs cultivés, explique Luc Scherrer, biologiste à la Fondation rurale interjurassienne (FRI). Et du côté de Bonfol, il y a plus de 2000 hectares de terres ouvertes d’un seul tenant, c’est unique en Suisse!» Voilà pourquoi la FRI, en collaboration avec la Station ornithologique suisse de Sempach, a choisi le réseau écologique Vendline-Cœuvatte pour proposer de nouvelles mesures agricoles en faveur de l’alouette des champs. «Nous profitons aussi de synergies avec le projet cantonal de promotion du lièvre lancé en 2013 dans ce secteur», complète le scientifique.

L’alouette des champs niche au sol, ce qui la rend particulièrement sensible aux pratiques agricoles.
© Judith Zellweger-Fischer
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Des mesures simples

Pour aider l’alouette, plusieurs actions, rémunérées par le biais des paiements directs, sont possibles: «La mesure phare est la mise en place de céréales clairsemées. Sur cinq rangs, vous n’en semez que trois et vous en laissez deux vides, ce qui permettra à l’alouette d’atterrir et de nicher au sol», protégée par les végétaux de ses prédateurs que sont principalement les chats, les corneilles, les renards et les chiens. Les agriculteurs qui le souhaitent ont également la possibilité de créer des bandes culturales ou extensives – des parcelles sans engrais ni produits phytosanitaires – ou encore de laisser certaines zones en jachère florale. «La Station ornithologique suisse soutient également la création de fenêtres à alouettes, des trous libres de culture en plein milieu des champs. Mais l’avantage des céréales clairsemées, c’est qu’il n’y a que très peu, voire pas d’impact sur la production agricole, relève Luc Scherrer. La densité de culture est de 60%, mais les végétaux s’adaptent et compensent. Les pertes sont estimées entre zéro et 20% au maximum

Prendre soin de son jardin

C’est cette mesure qu’a choisi d’appliquer Jean-Bernard Chavanne, agriculteur en conventionnel à Cœuve. «Je suis de manière générale sensible à l’impact qu’on peut avoir sur la nature. Vous savez, ça fait cinquante ans que je vais sur mes terres, je considère mon exploitation comme un grand jardin que je veux entretenir du mieux possible, explique-t-il. Mais on ne peut pas vivre que de sensibilité, il faut aussi assurer la production.» Sur deux hectares de blé, le sexagénaire a donc appliqué les semis espacés. «Je suis curieux de voir comment les plantes vont se comporter et surtout ce que cela apportera à l’alouette. Mais je sais qu’il faudra patienter avant de voir les premiers résultats. Pour le lièvre, on en voit aujourd’hui les effets mais les premières mesures datent des années 1990», précise-t-il, confiant.

Dans l’intervalle, la FRI poursuit son travail de prospection auprès des agriculteurs et la Station ornithologique suisse, qui a déjà recensé l’alouette des champs l’an dernier dans cette région, se chargera du monitoring. Un premier point sera fait d’ici une année.

Élise Choulat

Article paru dans notre édition abonnés n° 583 du 4 mars 2021

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