Caroline Quiquerez: «Le bar est un endroit qui permet de briser la solitude»

Caroline Quiquerez, avant la fermeture. © Caroline Quiquerez
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PORRENTRUY Comme l’ensemble des bars, restaurants et débits de boisson du canton, l’Ampoule Rouge de Caroline Quiquerez est fermée jusqu’au 15 novembre 2020, au minimum (EDIT: l’avenir aura montré qu’on était optimiste, à l’époque). Une situation qui entraîne dans son sillage des conséquences financières, sociales et humaines.

Caroline Quiquerez, vous avez repris l’Ampoule Rouge début 2019 et aujourd’hui, après avoir subi le confinement du début de l’année, vous devez à nouveau fermer en raison de la situation sanitaire. Comment gérez-vous tout ça?
C’est assez compliqué. En tant que bar de nuit, nous sommes déjà fermés depuis le 23 octobre et si évidemment je me fais énormément de souci pour l’avenir de l’Ampoule, je m’inquiète aussi beaucoup pour nos habitués.

Comment cela?
Chez nous, mais c’est le cas dans beaucoup d’autres bars et restaurants du district, nous avons une bonne partie de la clientèle qui vient très régulièrement. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’ils ou elles sont alcooliques. C’est juste que le bar est un endroit où ils peuvent voir du monde, discuter, rencontrer d’autres personnes, où ils peuvent briser la solitude à laquelle ils doivent faire face dans leur quotidien. Et du jour au lendemain, toutes ces personnes auxquelles on s’est attaché n’ont plus accès à ce lieu de vie. Ça va être très compliqué pour elles et, encore une fois, je m’inquiète beaucoup.

La fermeture a donc été un crève-cœur, tant à titre personnel que professionnel…
Oui, vraiment. Après, moi j’ai trois enfants, ma vie personnelle est bien remplie donc je vais m’en sortir. Mais ce n’est vraiment pas le cas de tout le monde. Du point de vue professionnel, je n’ai aujourd’hui plus le choix: si je veux continuer à pouvoir payer les charges et le loyer de l’Ampoule, il faut que je trouve un boulot à côté, le temps que cela passe.

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On a entendu beaucoup de voix critiquer les mesures cantonales et fédérales. Vous qui êtes directement concernée par une partie d’entre elles, vous en pensez quoi?
Franchement, j’ai tout sauf envie de porter un jugement sur ces mesures. Ce dont je suis sûre, c’est que je n’aurais pas, mais alors pas du tout, voulu être à la place du Gouvernement jurassien ou du Conseil fédéral. Aujourd’hui, il y a des gens qui sont malades, des gens qui meurent, donc si ces mesures permettent de sauver des vies, c’est un effort qu’il faut que l’on fasse.

Même si cela vous coûte ce bar que vous aimez tant?
On n’en est pas encore là mais, vous savez, cette situation sanitaire nous dépasse tous. Encore une fois, je ne suis pas là pour juger. Des décisions ont été prises, on doit les respecter. Grâce aux RHT, aux APG, à quelques idées que j’ai derrière la tête, je devrais réussir à m’en sortir. Après, il faut regarder les choses en face: cette crise va faire beaucoup de dégâts ici et ailleurs. C’est une réalité.

Malgré tout, on vous sent positive et pleine d’énergie…
Je vais rebondir, c’est sûr, je crois que j’ai ça dans les gènes (rires). Mais il ne faut pas se faire d’illusions ici non plus: le Canton et la Confédération ne pourront pas sauver tout le monde. C’est aussi à chacune et chacun de se bouger pour tenter de sortir la tête de l’eau. C’est tout sauf facile mais je ne crois pas qu’on ait le choix.

Revenons au sujet de départ: comment allez-vous faire pour tenter de conserver au maximum ce précieux lien que vous avez réussi à tisser entre votre bar et vos habitués?
Tout simplement en restant humaine, en prenant des nouvelles de temps en temps et en rouvrant le bar à la minute où ce sera possible!

Propos recueillis par Sébastien Fasnacht

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CARTE D’IDENTITÉ

Âge: 41 ans
Domicile: Porrentruy
Profession: gérante de l’Ampoule Rouge

Article paru dans notre édition abonnés n° 568 du 5 novembre 2020

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