Ces deux communes ajoulotes qui emploient des bergers

Charles Maillat dans son royaume du Pilay. Claire Jeannerat © Éditions L'Ajoie

COURTEDOUX Chaque été depuis 2004, Charles Maillat veille sur un troupeau de génisses dont aucune ne lui appartient: il est le berger du Pilay, à qui les agriculteurs du village confient leurs bêtes pour l’estivage sur le pâturage communal du même nom. Une particularité que Courtedoux partage avec une seule autre commune ajoulote, Courgenay.

En ce jeudi matin une sale petite bruine brouille le paysage. On le devine pourtant grandiose à la belle saison. Cela tombe bien: la belle saison, c’est celle où Charles Maillat endosse son rôle de berger du Pilay.

Nous sommes en dessus du village de Courtedoux, au milieu d’un pâturage de 20 hectares dont est propriétaire la commune. Comme tous les jours depuis le 1er mai et jusqu’au 31 octobre, cet ancien employé communal est venu voir les génisses qui estivent sur ces hauteurs. En ce début de saison, elles sont 68 et à cet instant précis, la plupart sont paisiblement couchées dans l’herbe, dédaignant la loge voisine malgré la pluie. «C’est plutôt quand il fait chaud et qu’il y a des mouches qu’elles rentrent à l’écurie», signale Charles Maillat.

Aimer la nature et connaître les animaux

Il sait de quoi il parle. Car à défaut d’une formation d’agriculteur, Charles Maillat a accumulé une solide expérience, depuis 2004 qu’il occupe cette fonction pourtant remise au concours chaque année. «Il n’y a jamais personne d’autre qui postule», s’amuse-t-il. Mais lui, qu’est-ce qui le motive? «Ça met du beurre dans les épinards», admet-il, mais surtout «ça me plaît de venir ici. Il faut aimer la nature, sinon ce n’est même pas la peine.»

Il faut aussi, c’est une évidence, connaître au moins un peu les bêtes. Car en plus de s’assurer qu’aucune ne manque à l’appel, ce qui heureusement n’arrive jamais, le berger doit aussi veiller à la santé des génisses: «Il y a par exemple cette maladie des yeux: c’est une mouche qui pique, l’œil devient blanc et si on ne fait rien la bête peut devenir aveugle.» Dans un tel cas, ou lorsqu’il constate qu’une génisse boite, est en chaleur, va mettre bas ou a avorté, pour parler de situations plus courantes, le berger avertit le propriétaire de l’animal, comme le prévoit son cahier des charges.

Le chien des bergers

Au fur et à mesure de la saison le nombre de bêtes diminue, parce que l’herbe se fait moins abondante et  que les propriétaires ramènent à l’écurie les génisses portantes. Mais la liste des tâches du berger, elle, ne raccourcit pas: vérifier qu’il y a de l’eau dans les abreuvoirs et de la paille à l’écurie, entretenir les alentours de la loge, contrôler l’état des barrières, traiter les chardons… Il y a toujours quelque chose à faire au Pilay, et ce n’est pas pour déplaire à Charles Maillat et à sa bergère Martine, qui l’accompagne presque tous les jours avec leur chien… de chasse, qui lui aussi a fait du Pilay son royaume.

Un reportage de Claire Jeannerat, publié le 24 mai 2018, N°450

Une fête à la loge de Courgenay
On l’a dit, Courgenay est la seule autre commune ajoulote qui emploie un berger. Le titulaire, Frédéric Hügli, agriculteur, a été nommé il y a quelques années. Comme son homologue de Courtedoux, il rend visite chaque jour, de mai à octobre, aux bêtes qui ont été admises à l’estivage sur le pâturage communal de 17 hectares. «Un endroit exceptionnel, assure le maire de Courgenay Didier Jolissaint, la commune est souvent sollicitée par des gens qui voudraient y acheter du terrain.» À défaut d’y construire, la population peut cependant profiter de l’endroit une fois par année au moins, lors de la fête de la loge qui marque le début de la saison. Cette année, elle a lieu ce dimanche dès 11h30, avec au programme grillades et animation musicale. CLJ