Corinne Gerber: «J’ai toujours une vraie passion pour ce métier»

Corinne Gerber, agricultrice à la Ferme du Château de Porrentruy. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

PORRENTRUY Agricultrice à la Ferme du Château mais aussi présidente des paysannes jurassiennes depuis 13 ans, Corinne Gerber a une position privilégiée pour observer l’évolution de la profession et la place des femmes dans le monde agricole. Entretien.

Journal L’Ajoie: La question est assez bateau mais elle est importante: quel est le rôle, aujourd’hui, de l’Association des paysannes jurassiennes?

Corinne Gerber: Il est double. Nous devons rappeler aux paysannes l’importance d’avoir un statut! Elles ne peuvent plus se permettre aujourd’hui de simplement vivre sur une exploitation, notamment pour des questions financières lorsqu’arrive le temps de la retraite. Mais on constate que ça change! De plus en plus de femmes paysannes ont des formations, des diplômes ou même des professions indépendantes de la vie et du travail sur l’exploitation.

Le rôle et le statut des femmes paysannes est donc en pleine évolution…

Tout à fait! Sans vouloir mettre les gens dans des cases, on peut dire qu’aujourd’hui, il existe trois «types» de femmes paysannes. La jeune femme qui exerce son propre métier mais qui se marie avec un agriculteur et qui n’est que peu concernée professionnellement par l’exploitation, la femme qui travaille à l’extérieur mais qui s’implique à temps partiel, par exemple en s’occupant de la comptabilité de la ferme, et la femme qui est totalement impliquée dans les travaux de l’exploitation. Mais la tendance est clairement à la baisse pour cette dernière catégorie.

Et de manière générale, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la profession?

Je pense que nous vivons une période paradoxale. D’un côté, les gens ont un fort intérêt pour les produits locaux, pour le terroir et, par conséquent, pour le travail de l’agriculteur mais d’un autre côté ils ont tendance à diaboliser certaines pratiques. Je pense notamment au débat récent sur les produits phytosanitaires dans lequel on a tout entendu. Vous savez, on n’est pas aux États-Unis, le Round-up déversé par centaines de litres dans les champs, en Suisse, ça n’existe pas! Et de manière plus générale, on a des fois l’impression que, dans un monde où tout se modernise à grande vitesse, les gens aimeraient en même temps que les agriculteurs continuent à travailler comme dans le temps. Il faut trouver un juste milieu.

Du coup, si vous aviez une baguette magique, vous changeriez quoi?

Si j’avais une baguette magique? (rires) Le prix du lait! Immédiatement! Mais vous savez, il ne faut pas rêver. Cela ne changera pas.

Et pour les femmes paysannes, dans le Jura et ailleurs, quelle est l’urgence?

C’est le même constat que dans toutes les sociétés, tous domaines confondus. Le problème, c’est la relève. On a de moins en moins de membres qui sont motivées à s’impliquer, à mouiller la chemise pour représenter et défendre la profession et le statut de la femme paysanne. Mais c’est la même chose partout en Suisse. Les jeunes ont de moins en moins de temps à disposition et, peut-être, moins de volonté de s’impliquer et de s’investir. C’est dommage mais c’est comme ça.

Malgré ces constats, pas forcément tous réjouissants, vous envisagez l’avenir comment?

Je suis confiante! Vous savez, rien n’est simple aujourd’hui et pas uniquement dans le monde agricole. Mais j’ai toujours une vraie passion pour ce métier et je vais continuer de m’engager autant que je peux pour les femmes paysannes, quoi qu’il arrive! (rires)


CARTE D’IDENTITÉ
État-civil: mariée, 4 enfants
Domicile: Porrentruy
Profession: agricultrice
Formation: CFC d’agricultrice en 1988, brevet de paysanne en 1996
Hobbies: le bricolage, la couture et la lecture (quand j’ai le temps!)