Cultiver l’amour comme son jardin

Denise et Fernand Desbœufs, un amour qui dure depuis plus de septante ans. Élise Choulat © Éditions L'Ajoie
Publicité

COURGENAY On les appelle les noces de jasmin: dimanche dernier en l’église de Cornol, Denise et Fernand Desbœufs ont célébré leurs soixante-six ans d’union à l’occasion de la Fête de l’amour, une messe dédiée aux anniversaires de mariage. À l’heure où deux couples sur cinq divorcent en Suisse, ils ont accepté de partager avec nous quelques-uns de leurs secrets.

Douceur, tendresse et harmonie. S’il fallait résumer en trois mots Denise et Fernand Desbœufs, ce sont ceux-là qui viendraient en premier. S’y ajouteraient gentillesse et joie de vivre. Et plein d’autres encore, car il en faut bien plus pour, comme eux, s’aimer pendant plus de septante ans!

Sept ans auparavant

Dans les faits, c’est le 26 décembre 1953 que Denise et Fernand s’unissent devant Dieu. Mais les deux amoureux, aujourd’hui âgés respectivement de 88 et 93 ans, n’étaient encore que des adolescents lorsque leurs regards se sont croisés pour la première fois. «Nous, on habitait tout en haut du village et la famille de Denise tout en bas. On n’a pas fait nos classes ensemble, on aurait bien pu ne pas se rencontrer», souligne Fernand. Mais ç’aurait été sans compter sur le caractère cabotin du jeune homme alors âgé de tout juste 20 ans. «Quand on allait amener le lait à la laiterie, les garçons nous faisaient des farces. Un jour, en repartant, j’ai retrouvé ma bouille pleine d’eau… Quelqu’un m’a alors dit: “Celui qui t’a fait ça doit avoir un œil pour toi“», se souvient Denise en regardant son époux qui rétorque dans un sourire complice: «Bah, on ne pensait pas à ça!»

Publicité

«Il m’avait tout ramené»

Depuis ce jour, les deux jeunes gens se croisent, discutent, échangent. «On se rencontrait sans se rencontrer.» Entre les vêpres et l’Hôtel de la Gare où l’on danse alors tous les dimanches, Denise et Fernand se découvrent petit à petit. Jusqu’au jour où il décide de se déclarer. «Je lui ai écrit une lettre. Je me suis dit que c’était peut-être la fille qui me conviendrait…» Pourtant, il s’en fallut de peu que tout capote. Touché par de graves problèmes cardiaques, Fernand passe six semaines à l’hôpital de Bâle. Face à son avenir incertain et une espérance de vie annoncée dépassant à peine la trentaine d’années, il décide de rompre et rapporte à sa dulcinée tous ses petits cadeaux. «Mais je me suis cramponnée!», rigole Denise qui finira par épouser son Fernand après sept ans de fréquentation.

Entre forêt et jardin

Sur le plan professionnel, Fernand, contraint par sa santé de cesser son activité de paysan, devient horloger. Denise, elle, travaille dans un commerce. «On a pensé à reprendre un magasin à Delémont, ou même partir sur Saint-Imier ou dans le canton de Vaud», mais le couple abdique finalement devant l’opposition des parents. C’est donc à Courgenay qu’il construira sa maison qui, malheureusement, restera vide d’enfants. «Ça n’a pas marché… ça a été très dur», lâche Denise. Renonçant face aux difficultés liées à l’adoption, les époux choisissent néanmoins de rester tournés vers les autres. Ils se dévouent sans compter pour leurs familles respectives et participent durant de très longues années au financement de projets humanitaires.

Côté loisirs, Fernand passe une bonne partie de son temps libre en forêt. «C’était mon dada! J’y restais des heures, j’y ai planté des milliers d’arbres et je suis un morilleur acharné.» Denise, pendant ce temps, s’épanouit dans son jardin. «Il y avait des fleurs tout autour de la maison, c’était magnifique! On avait aussi deux potagers, il y avait tout ce que vous vouliez. On n’a jamais acheté un légume.»

L’amour, toujours

Aujourd’hui, le temps a passé. Fernand, qui a fêté hier, le 13 novembre, ses 93 ans, a donc largement dépassé l’âge du Christ. «J’ai un jour décidé d’arrêter mes médicaments, confie-t-il. Je n’ai jamais fumé, je ne bois de l’alcool qu’exceptionnellement et je mange du miel tous les matins.» Denise, elle, continue de cultiver leur amour avec autant d’attention qu’elle en avait pour ses plantes, et pas un jour ne se passe sans qu’une prière ne soit adressée par l’un ou l’autre au Bon Dieu ou à la Vierge Marie. Mais là n’est pas la seule clef de cet amour inaltérable: «Quand on s’est mariés, on s’est promis de ne jamais s’endormir fâchés. Si on a un conflit, ce qui est rare, on fait la paix. Mais ce qui compte avant tout, conclut Denise, c’est de s’aimer. Et de se savoir aimé, comme dans la chanson.»

Élise Choulat

Un article publié dans notre édition du 14 novembre 2019.
Pour ne rien rater de l’actualité locale: https://bit.ly/36QN5aC
Publicité