David Brito, pour l’amour de la contrebasse

David Brito et sa contrebasse dans son jardin à Courtedoux. Élise Choulat © Éditions L’Ajoie

COURTEDOUX C’est l’amour, celui de la musique d’abord, puis de son épouse ensuite, qui a poussé David Brito jusque vers nos contrées. Contrebassiste de talent né au Vénézuela, c’est à Courtedoux que le musicien vit aujourd’hui avec sa famille. Coup d’œil sur un parcours tout en harmonie.

Son père voulait qu’il soit informaticien au Vénézuela. Il est devenu contrebassiste professionnel en Suisse. Rien ne prédestinait David Brito à se réaliser dans le domaine de la musique classique et du jazz. Mais la vie est facétieuse et David, mû par sa soif d’apprendre et son envie d’aventure, est devenu aujourd’hui un musicien accompli. Membre – entre autres –  de l’Argovia Philharmonic et du Musicum Collegium Basel, du groupe Ochumare de la violoniste et chanteuse cubaine Yilian Cañizares avec lequel il se produit en Europe et en Amérique, David Brito enseigne aussi la contrebasse à l’École jurassienne et conservatoire de musique (EJCM) à Delémont ainsi qu’au Conservatoire de Lausanne; il est également compositeur et a déjà sorti trois disques. Rien que ça!

De Guns n’Roses à Haydn

Au vu de cette impressionnante énumération pourtant non exhaustive, on pourrait croire que David a baigné dans la musique depuis son plus jeune âge. Mais non! Fils d’un papa biophysicien et d’une maman employée d’état, ce n’est qu’à l’adolescence qu’il commence à s’y intéresser. «Je jouais de la basse électrique dans un groupe de rock. C’est là que j’ai eu un déclic. J’ai alors décidé d’entrer au conservatoire.» Mais à Maracaibo, sa ville natale, il n’y a pas de cours de guitare basse. Le jeune homme se dirige donc vers la contrebasse et découvre la musique classique. «Je n’y connaissais rien du tout, le terme «musique classique» était déjà abstrait pour moi, rigole-t-il. Mais une fois qu’on est dedans, qu’on entend les orchestres, c’est tout un univers qui s’ouvre.» Un univers dans lequel il plonge tête baissée.

Marc-Antoine Bonanomi, le mentor

En parallèle David cherche sa voie professionnelle. Après une année d’université en électronique, puis une autre en musicologie, il arrête tout pour se concentrer sur le conservatoire. Il a 22 ans quand se produit LA rencontre.

Nous sommes en 2002, un festival est organisé à Maracaibo. «On pouvait suivre des cours avec des professeurs internationaux. Comme l’organisateur avait fait une partie de sa formation en Suisse, la plupart des profs venaient de là.» Le jeune homme se fait alors remarquer par un contrebassiste de renom, Marc-Antoine Bonanomi, alors enseignant à la Haute école de musique de Lausanne. «À la fin, il m’a demandé si j’étais intéressé à venir suivre ses cours en Suisse. Moi, la Suisse, je ne la visualisais même pas sur la carte! J’ai eu des doutes, c’était quand même loin, il fallait quitter ma famille. Mais l’envie d’aventure et de musique surtout a été plus forte.» C’est ainsi que David débarque un jour de janvier 2003 sur la Riviera vaudoise.

L’Ajoie, sa neige, sa montagne

Pendant plusieurs années, entre Lausanne et Neuchâtel, David suit son mentor. «Ce n’était pas facile, surtout à cause de la langue. Je ne parlais pas un mot de français…» Par chance, dans sa classe, il trouve le soutien de Maryline, une Ajoulote qui étudie le piano et parle très bien l’espagnol. Les deux amis deviennent un couple et Maryline invite David dans sa famille à Courtedoux. «Je me souviens surtout de la route dans la montagne. Et d’un hiver où la neige bouchait l’entrée des maisons, il fallait prendre la pelle pour déblayer…» Aujourd’hui, David et Maryline sont mariés, parents de trois enfants et vivent eux aussi à Courtedoux.

Sur le plan professionnel, David a terminé ses études classiques il y a une dizaine d’années. Ses diplômes d’enseignement et de concert en poche, il s’est ensuite intéressé au jazz et a obtenu le diplôme Master jazz performance à la Hochschule für Musik de Bâle. Aujourd’hui, il partage son temps entre son enseignement à l’EJCM et au Conservatoire de Lausanne, les concerts et sa famille en Ajoie. «Le Vénézuela me manque, c’est sûr, c’est mon pays aussi. Mais je me plais ici, j’aime ce côté nature. J’ai un seul regret, ce sont les distances pour aller à Lausanne. Mais c’est le prix à payer pour profiter de cette qualité de vie.»

Un article d’Élise Choulat, paru le 28 juin 2018, dans le N°455