De plus en plus de bières locales, chez nous aussi

DISTRICT L’époque est au fait maison et au local. C’est peut-être ce qui explique le succès des bières artisanales, de plus en plus consommées en Suisse comme partout ailleurs. Corollaire, les micro-brasseries poussent comme des champignons. Le district de Porrentruy ne fait pas exception à la règle, puisqu’on y recense désormais quatre brasseries artisanales.

Elles ont chacune leur personnalité, leur gamme et leur histoire. Ce qui les unit, c’est la passion de leurs fondateurs pour la bière – pas juste la chope de mousse fraîche, mais son univers, le vaste champ d’expérimentation qu’il offre et la diversité des goûts qui en résulte. Elles, ce sont les brasseries Tonnebière, à Saint-Ursanne, et Damijo, à Courgenay, la Brasserie artisanale de Porrentruy et le Cercle des brasseurs de Bure, les quatre micro-brasseries artisanales qui font exister le district de Porrentruy dans le paysage brassicole romand.

Ce paysage, justement, est en pleine expansion avec 170 microbrasseries recensées en 2016 dans le Guide des brasseries artisanales de Suisse romande, contre seulement 62 cinq ans plus tôt! Pourtant, dans le district en tout cas, l’état d’esprit est à la camaraderie plutôt qu’à la concurrence. «Le but n’est pas de se tirer dans les pattes mais plutôt de prendre des parts de marché à Feldschlösschen, résume Guillaume Stalder, gérant de Tonnebière. Sachant qu’en Suisse les bières artisanales ne représentent que 2 à 3% des ventes, la marge de progression est encore belle. D’autant que tous les brasseurs n’affichent pas la même ambition, comme nous l’a confirmé notre petit tour des brasseries du district de Porrentruy.

Brasserie Tonnebière:

la professionnelle

Née en 2014 à Vicques, la Tonnebière se place aujourd’hui parmi les plus importantes brasseries du Jura (excepté la BFM, loin devant tout le monde) avec une production de 2000 litres par mois. C’est aussi l’une des rares qui a franchi le pas du professionnalisme: Guillaume Stalder, qui l’a fondée avec son frère Cyril et leur ami Régis Dobler, est désormais gérant de la Sàrl et salarié à temps complet. Dans ses locaux à la Maison des Artisans, à Saint-Ursanne, il fabrique six sortes de bières dont trois IPA (India Pale Ale), des bières «très houblonnées et plus fruitées», explique-t-il. L’une d’elles, la Péritonite, a été même été sélectionnée l’an dernier parmi les coups de cœur du Gault&Millau. Poursuivant sa croissance, la Tonnebière devrait déménager l’année prochaine dans des locaux plus vastes, à Saint-Ursanne toujours.

Guillaume Stalder, Christian Petitjean, Cyril Stalder et Régis Dobler (de gauche à droite), les mousquetaires de la Tonnebière. © Brasserie Tonnebière

Brasserie artisanale de Porrentruy:

la pionnière

C’est un peu la grand-mère des micro-brasseries du district: la Brasserie artisanale de Porrentruy a vu le jour en 1997. Aujourd’hui, l’équipe de départ (avec à sa tête Martial Courtet) a cédé sa place à un duo formé d’Alexandre Courtet (le frère) et Michel Reuter, qui brassent pendant leurs loisirs. Papa de trois jeunes enfants, Alexandre Courtet admet toutefois volontiers que ses centres d’intérêt se sont déplacés: il ne produit plus «que» 1200 litres par an et il a réduit ses présences sur les marchés et autres fêtes. C’est d’ailleurs la dernière fois cette année qu’il participera à la Fête de la bière et à la Braderie. A l’avenir les brasseurs se concentreront sur les visites-dégustations et réceptions dans leur caveau, et ça leur convient. «J’aime bien le fait de ne pas avoir de pression, sans mauvais jeu de mots, souligne Alexandre Courtet. Si vous n’aimez pas mes bières, c’est dommage, mais ce n’est pas grave. Pour ceux qui doivent en vivre, c’est autre chose.»

Cercle des brasseurs de Bure:

la bande de potes

Prenez cinq jeunes amateurs de bières, donnez-leur un kit de brassage et attendez un peu: après quelques expérimentations naîtra le Cercle des brasseurs de Bure. C’était en 2006, les brasseurs sont neuf désormais, mais la philosophie n’a pas changé: ce qui prime, c’est le plaisir d’«explorer l’univers de la bière et de le faire découvrir», explique Bertrand Guélat, président de l’association. Dans leurs locaux au hameau du Paradis, ils fabriquent entre 700 et 1000 litres de bière par année à raison d’une demi-douzaine de week-ends de brassage au printemps et autant en automne. Leur production est principalement écoulée lors d’événements, souvent à Bure. C’est que la brasserie est aussi (surtout?) un moyen pour ses membres de garder le lien entre eux et avec le village. Mais cela n’empêche pas qu’ils prévoient d’augmenter un peu leur production, histoire de ne plus friser la rupture de stock comme c’est le cas en ce moment, suite à leur participation au festival Artisa’Malt à Delémont.

Cela ne se voit pas sur la photo, mais les brasseurs de Bure sont l’équipe la plus nombreuse. Ici, de gauche à droite, Jonas Petignat, Yannick Turberg, David Salomon et François Guélat. Manquent sur la photo: Bertrand Guélat, Sébastien Gschwind, Bryan Guélat, Blaise Guélat et Styven Pellet. © Cercle des brasseurs de Bure

Brasserie Damijo:

la (pas si) petite dernière

C’est à la fois la plus jeune (elle a été créée en 2015 à Courrendlin) et la plus fraîchement ajoulote. C’est en effet début 2017 que la Brasserie Damijo s’est installée à Courgenay. Et l’Ajoie semble réussir plutôt bien à Dan Guerdat, Mike Marescot et Jordan Cuttat, puisqu’ils viennent d’acquérir une nouvelle installation qui leur permettra bientôt de produire 500 litres par mois, contre 160 aujourd’hui. Débordants de projets (voir encadré), ils viennent d’ajouter une ambrée triple à leur gamme, jusque-là limitée à une blonde et une ambrée, et travaillent sur d’autres recettes, une blanche et une brune, qui sortiront dans le courant de l’été. «Ça prend de l’ampleur, confirme Jordan Cuttat, mais on reste sur notre idée de départ, on n’a pas l’intention d’en vivre. D’ailleurs c’est une force pour nous, parce qu’on n’a pas d’obligation de rendement.» Juste celle de se faire plaisir.

Dan Guerdat, Mike Marescot et Jordan Cuttat (de gauche à droite) avec la dernière-née de leur gamme, la Terrible. © Brasserie Damijo

Cet reportage réalisé par Claire Jeannerat a été publié dans notre N°445, le jeudi 19 avril 2018


De la bière au cannabis et autres nouveautés
Ce sera peut-être bien une première suisse, même si d’autres travaillent sur des projets identiques: la Brasserie Damijo, à Courgenay, sortira fin mai une bière au CBD en collaboration avec le magasin Biokonopia, à Porrentruy. «C’est une bière blonde infusée au cannabis, précise Jordan Cuttat, l’un des brasseurs. Elle aura le goût mais aucune propriété du CBD.»
De son côté, la Brasserie Tonnebière, à Saint-Ursanne, travaille avec le Parc naturel régional du Doubs sur le développement d’une bière 100% locale. «On aimerait avoir du malt et du houblon produits dans le parc», explique le gérant de la brasserie Guillaume Stalder. Des essais ont été faits, qui demandent encore quelques mises au point, mais les premières bouteilles devraient arriver sur le marché dans le courant de cette année. CLJ