Des devinettes au dictionnaire, les terrains de jeux d’un latiniste

Pierre Siegenthaler
Pierre Siegenthaler a commencé l'apprentissage du latin au Collège Stockmar de Porrentruy. Luc Vallat © Éditions L’Ajoie SA
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PORRENTRUY Source d’histoires et de représentations culturelles, le latin accompagne Pierre Siegenthaler depuis près de 25 ans. Après avoir réalisé un doctorat portant sur des énigmes de l’auteur Symposius, il travaille désormais à Munich pour un dictionnaire de latin. Rencontre à Porrentruy, où Pierre a récité ses premières déclinaisons.

«Le latin me renvoyait aux Romains et à leurs représentations dans la bande dessinée et les films. A la bibliothèque des jeunes de Porrentruy, il y avait de très beaux livres d’images à ce propos. Pour un enfant de 12 ans, ce qui était fascinant concernait moins la langue en tant que telle que ce qu’elle représente.» C’est ainsi que Pierre Siegenthaler, né en 1986, décrit ses premiers pas dans l’apprentissage du latin au Collège Stockmar de Porrentruy.

Continuant dans cette voie au Lycée cantonal, Pierre «touche enfin à de vrais auteurs, et non plus à des textes élaborés aujourd’hui pour des écoliers». Pour son travail de matu,
il se penche sur les jeux des amphithéâtres et s’intéresse plus spécifiquement à l’attrait des Romains pour des spectacles qui nous paraissent violents et cruels. Cependant, à aucun moment Pierre ne projette de suivre une carrière de latiniste. «À chaque étape, en secondaire, au lycée et à l’université, j’ai continué le latin parce que j’aimais cela. Je ne faisais pas de projets élaborés sur le plan professionnel, mais je saisissais les opportunités qui se présentaient.»

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D’énigmatiques recherches

Mais le latin est tout de même la discipline dans laquelle Pierre estime être le plus à sa place intellectuellement. En 2021, Pierre soutient brillamment sa thèse, intitulée Nouvelles perspectives ludiques dans les Aenigmata de Symposius: jeu poétique et jeu de langage. Pour cette recherche, il s’est intéressé à un livre de devinettes de Symposius (IV-Ve
siècles après J.-C.). «Il y a cent énigmes, dont le titre donne à chaque fois la solution. On pourrait donc croire qu’il ne reste rien à deviner; mais parfois, la solution donnée
n’est qu’un leurre dissimulant un sens caché. Dans ma thèse, je montre que ce sens caché peut renvoyer aux poèmes eux-mêmes ou aux éléments qui les composent, comme les lettres. J’ai décelé des jeux que personne n’avait compris depuis 1500 ans, cela procure des sensations très fortes.»

Spécialiste de la lettre «r»

Loin de confiner son champ disciplinaire à l’espace prenant place entre son bureau et les rayons de la bibliothèque universitaire, il est important pour Pierre de partager sa passion du latin. Pendant plusieurs années, Pierre a fait partie du Groupe de Théâtre Antique de l’Université de Neuchâtel, au sein duquel les comédiens cherchent à rendre accessibles
à un public généraliste des pièces traduites du latin. Par ailleurs, en 2018, il a obtenu le premier prix et le prix du public lors du concours Ma thèse en 180 secondes de l’Université de Neuchâtel. À cette occasion, il a présenté en trois minutes, sur scène, ses recherches à un public de néophytes. «La vulgarisation est importante pour moi. J’aime le fait que des sujets qui ont parfois l’air poussiéreux ou élitistes puissent devenir intéressants s’ils sont présentés de la bonne manière.» Aujourd’hui Pierre vit à Munich, où il travaille pour le Thesaurus Linguae Latinae, soit un dictionnaire de latin rédigé en latin et donnant «des informations systématiques et historiques sur les mots». Dans le cadre de ce projet entamé
au début du XXe siècle, Pierre et ses collègues s’appliquent en ce moment à noircir les pages de la lettre «r». Un travail minutieux et de longue haleine que le latiniste poursuivra
jusqu’à la fin de l’année, avant de rejoindre la Suisse afin d’enseigner aux universités de Lausanne et de Neuchâtel.

Luc Vallat

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