Des livres en forme de fenêtres ouvertes sur le monde

Patricia Crelier, éditrice, graveuse et artiste. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

CHEVENEZ Depuis treize ans, les éditions Du goudron et des plumes créent et publient des livres d’artistes en tirages limités. Des ouvrages imaginés et réalisés entièrement sur place, lettre après lettre, page après page, illustration après illustration.

Une lumière claire et matinale inonde l’atelier. Sur un plateau en métal finement ciselé, un thermos de café, une carafe d’eau, deux verres et deux tasses invitent à la confidence. Dans l’air flottent les notes virtuoses de Django Rheinardt. Dans un coin de la pièce trône une presse typographique à épreuves, dans un autre une presse taille-douce. Face à la fenêtre, des ouvrages de formes et de couleurs différentes attendent d’être ouverts, d’être sentis, d’être emportés. De l’autre côté de la table recouverte de papier kraft, Patricia Crelier, la cinquantaine souriante, attend la première question.

Une aventure artistique

«Ce qui m’inspire? C’est difficile comme question! Des phrases d’enfants, des rencontres, des expériences, des échecs… Je ne crois pas que j’arriverais à trouver une unique source d’inspiration ou un dénominateur commun aux ouvrages qui sont sortis de cet atelier. C’est un ensemble, un tout. En tout cas, ce n’est pas la page blanche!» Ces treize dernières années, Patricia Crelier s’est faite tour à tour auteure, éditrice, graveuse. Une aventure artistique vécue aux côtés de son mari et de nombreux créateurs d’ici et d’ailleurs qui a débouché sur la naissance de 22 ouvrages. Ceci tout en travaillant et en élevant ses enfants.

Aux éditions Du goudron et des plumes, qui dit ouvrage, dit artisanat, dans le sens le plus pur du terme. Ici, tout est fait à la main. Tout est construit sur place. «Ceux qui disent que l’on ne peut rien faire sans argent se trompent. En se retroussant les manches et en utilisant ce que l’on a sous la main, que ce soit notre environnement ou nos outils, il est possible de créer quelque chose de beau.»

Patricia Crelier, éditrice, graveuse et artiste.
Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

Un fil de laine qui devient livre

Complètement libres et indépendantes, les éditions Du goudron et des plumes sont, depuis peu et suite à une succession d’événements plus ou moins chaotiques et plus ou moins heureux, la seule occupation professionnelle de Patricia Crelier. «Je me donne une année pour voir où ce bateau me mène. Mais cela devrait aller. J’aime quand il y a de la résistance!»

Son atelier et sa maison, Patricia Crelier en a fait une fenêtre ouverte sur le monde. Les livres et les gravures qui en sortent en sont l’illustration. «Je profite des rencontres avec des illustrateurs, des auteurs, des artistes pour enrichir mon processus de création. Mais ce que j’essaie avant tout, c’est de m’amuser», sourit Patricia Crelier. De cette manière, dans l’univers de l’artiste ajoulote, un fil de laine tiré d’un pull devient matière à écrire un livre; un échec devient un terreau fertile pour une gravure; une œuvre lyrique se transforme en un livre-accordéon.

De A à Z

Aux éditions Du goudron et des plumes, on l’a déjà dit, les livres sont imaginés et réalisés de A à Z. Avec des formes variées, grâce à des techniques diverses. «On fait avec ce qu’on a sous la main, nos deux presses, nos inspirations. Parfois c’est la forme qui influence le fond, parfois c’est l’inverse. Mais c’est toujours la même jubilation de faire un livre soi-même.»

Des livres réalisés sur place, de A à Z. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie
Reportage de Sébastien Fasnacht, publié dans notre N°445 du 19 avril 2018

Un vernissage pour quatre ouvrages
L’atelier de gravure de Chevenez ouvre ses portes au public ce week-end à l’occasion du vernissage de quatre ouvrages fraîchement édités. Quatre ouvrages qui racontent, en mots et en images, des histoires touchant à «la maternité, à la surdité, à la musique ou à la beauté de l’éphémère.» Des livres à découvrir samedi et dimanche de 15 heures à 18 heures. SF