Des montres imaginées, réalisées et commercialisées dans le district

Les montres André Mouche, un savoir-faire 100% ajoulot. © André Mouche

FAHY Face aux grands groupes horlogers, c’est un peu comme David face à Goliath: André Mouche est une petite entreprise indépendante d’une dizaine d’employés qui propose depuis plus d’un demi-siècle des montres 100% suisses, entièrement réalisées en Ajoie, et qui se démarquent de leurs concurrentes – notamment – par leur décoration.

Une montre André Mouche, c’est d’abord un bijou. Un bracelet ou un pendentif qui donne l’heure. Car les montres André Mouche sont fines, petites voire très petites, mais surtout elles sont toutes recouvertes d’émail, sur le cadran mais aussi le bracelet semi-rigide ou le boîtier parfois fermé par un couvercle, lui aussi décoré. C’est la spécificité de cette entreprise. «La marque a été créée en 1961 par André Mouche et son épouse Gracia, relate l’actuel directeur, Didier Peter. Madame Mouche aimait peindre. À l’époque déjà, l’émaillage se faisait habituellement sur le cadran, mais très peu à l’extérieur. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à faire ça en Suisse. Chaque pièce est décorée à la main, chaque pièce est donc unique

Étampage, polissage, montage…

Avec une collection de pas moins de 250 modèles, André Mouche propose des montres d’entrée de gamme, valant de 200 à 550 francs pour le Lipstick, un pendentif que l’on ouvre comme un tube de rouge à lèvres et qui cache habilement un cadran et des aiguilles. «Chaque année nous sortons quelque chose de nouveau, relève le directeur. Pour 2019, nous avons des parures, c’est-à-dire des montres assorties à des boucles d’oreilles et/ou à des pendentifs. Nous ne faisons que des modèles pour dames, car l’émail, c’est très féminin. On a imaginé lancer une ligne de montres de poches pour hommes, mais ça demande des investissements trop importants…» Car dans la petite entreprise familiale de Fahy, la dizaine d’employés réalise tout, à l’exception du mouvement à quartz. «Toutes les pièces sont étampées et usinées chez nous, on fait le polissage, l’émaillage, l’assemblage, mais aussi on imagine les modèles, le design… Les 25’000 pièces que nous sortons chaque année sont vraiment des montres 100% suisses!»

La Suisse, un marché stable

Pourtant, malgré ce label, pas facile de faire sa place dans une économie menée par des grands groupes et qui comptabilise encore plus de 2000 marques helvétiques. «Il faut se battre sur les marges, mais on ne peut pas concurrencer des pièces fabriquées en Chine, regrette Didier Peter. Aujourd’hui, notre entreprise n’est pas en danger, mais il faut constamment lutter, imaginer des nouveaux modèles, les adapter à la demande, comme dans la mode. Mais surtout, il faut être présent dans les magasins. La Suisse reste notre marché principal, nous avons des points de vente dans toutes les grandes villes du pays et nos principaux clients, ce sont les touristes.» Si aujourd’hui André Mouche peut compter également sur des revendeurs en Allemagne, en Autriche, en Roumanie, en Pologne et en Espagne, ainsi qu’en Arabie saoudite, en Asie et en Iran, le petit poucet ajoulot de l’horlogerie espère encore décrocher de nouveaux clients. C’est pour cela que la marque sera présente dans un mois à Baselworld, la grande Mecque de l’horlogerie à Bâle. Et le directeur de conclure: «Déjà en 1993 on disait qu’il n’y a guère d’avenir pour une petite entreprise face aux géants. Alors 25 ans plus tard, nous sommes heureux d’être toujours là et espérons poursuivre encore longtemps notre petit chemin

Un article d’Élise Choulat publié dans le N° 485, 21 février 2019