Deux Parigots en pays ajoulot

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PORRENTRUY/MONTVOIE Au fil des années, la Saint-Martin est devenu l’espace-temps privilégié qui permet aux Ajoulots d’ici et d’ailleurs de faire découvrir la région à ceux qui ne la connaissent que peu ou guère. C’est ainsi qu’un week-end de novembre 2016, nous avions suivi un couple de jeunes Parisiens lors de leur découverte des coutumes ajoulotes.

C’est vendredi, à la mi-journée. L’apéro est encore loin devant, mais Marie Descure et François Pineau sont déjà là. De la Suisse, ils ne connaissent que Zurich. Ils ont pris un des premiers trains de Paris pour rejoindre Belfort. Ils arrivent à Porrentruy avec des sacs de randonneurs et un sourire grand comme ça. «Où peut-on manger un petit quelque chose?» Vous êtes à la bonne place.

On s’attable en vieille ville, on demande si le voyage a été bon. «Ce n’est pas si loin en fait.» Ben non. «Euh, l’euro, c’est à peu près la même valeur que le franc suisse?» Maintenant, oui. On apprécie les retrouvailles et on expose le petit programme touristique prévu: un tour en vieille ville de Porrentruy, la visite d’une radio locale, une promenade et un repas léger (il faut en garder sous le coude) à Saint-Ursanne et une bonne vieille Saint-Martin à Montvoie, dans une cabane. Nos hôtes ont l’air emballés. Marie se met à feuilleter Le P’tit L’Ajoie qui traîne innocemment sur la table. Elle s’écrie: «Quoi?! Il y a neuf plats ?» Eh oui.

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Après une partie culturelle dédiée à la visite du château et du lycée, nous invitons nos visiteurs à prendre l’apéro au marché. La froid, transperçant, nous emmènera bien vite dans le chaud d’un bistrot. Comme souvent en Ajoie, nous n’en bougerons pas et, tournée après tournée, nous apprendrons à mieux nous connaître et à nous confier, bien aidés par les verres de vin et les théories sur les cépages suisses et français. La soirée se terminera dans un bar de nuit de la place, avec des Valaisans fortement alcoolisés qui pousseront la chansonnette jusqu’au carnage musical.

Saint-Martin, deuxième partie

Samedi. Après avoir sillonné le canton pour montrer ses atouts patrimoniaux, nous avons rendez-vous à 17 heures au Marché de Porrentruy. Le froid est un peu plus supportable. C’est vin chaud, pour commencer. Les convives arrivent petit à petit, de toute la Suisse: Zurich, Lausanne, Neuchâtel, Bienne, etc. La soirée s’annonce haute en couleurs. Nous prenons la route de Montvoie, une cabane-restaurant à la cuisine élégante qui saura, nous en sommes certains, ravir les papilles et les yeux des touristes d’un week-end.

L’arrivée est plus que chaleureuse. Et déjà le premier plat, le toetché, est une «belle surprise» pour nos Parisiens. Le bouillon qui suit remporte un grand succès. La première réserve arrive sur la gelée de ménage, «un peu écœurante quand même». Le boudin et sa purée de pomme? «Mmmmh, c’est trop trop bon, s’exclame Marie. J’adore le boudin.» Mais déjà, la faim n’est plus là. «Je ne suis pas sûre de survivre à ce repas. Je n’ai plus faim.» Place à un moment musical hors du commun où tout le restaurant se met à chanter La Balade des gens heureux, La Rauracienne. Du Brassens, du Brel, de l’Aznavour. On pastiche: «Il me semble que la misère serait moins pénible… au Jura

On recommande du vin rouge. Et Marie d’ajouter vivement: «Et de l’eau s’il vous plaît!» Viennent les atriaux. «C’est un peu comme les paupiettes, j’aime beaucoup.» Lorsque les grillades sont servies, le patron de l’endroit, enjoué, se met à danser. Il faut dire qu’il a merveilleusement accompli son travail, il le mérite. Son équipe aussi. François demande, presque naïvement: «Et la damassine, c’est quand?» Ça tombe bien, c’est maintenant, avec le sorbet. Miam. Après cela, difficile d’imaginer que va arriver la choucroute garnie. «Ah, la vache!» Euh non, du cochon. Les Parisiens calent, pour la première fois. Il est 22h15.

Après la choucroute, tout le monde s’excite. Les damassines coulent à flot. «C’est à babord, qu’on chante, qu’on chaaante le plus fort...» Comme toujours, la fin de soirée se déroule de manière festive. Et les retours en taxi ont lieu tranquillement.

Un dernier commentaire au moment de prendre le train, Marie et François ? «On ne s’attendait vraiment pas à ça. C’était parfait. C’est dingue qu’une si petite ville parvienne à drainer tant de monde.» N’est-ce pas.

Sébastien Jubin

Article paru dans notre édition abonnés n° 288 du 15 novembre 2016

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