Emmaüs-Jura: quand nos vieilleries permettent d’aider les autres

Emmaüs-Jura est installé à Boncourt depuis 1963. Élise Choulat © Éditions L’Ajoie
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BONCOURT Récupérer et revendre, c’est le créneau d’Emmaüs. Créé en 1949 par l’abbé Pierre, le mouvement n’a cessé de s’étendre et s’est développé en Ajoie il y a bientôt soixante ans. Depuis plus d’un demi-siècle donc, l’antenne jurassienne parvient non seulement à s’autofinancer, mais aussi à soutenir des personnes en difficulté, tout en luttant contre la surconsommation. Rencontre dans les bureaux de l’organisation boncourtoise.

Le portrait est là, juste au-dessus de l’ordinateur: coiffé de son éternel béret, l’abbé Pierre, fondateur du mouvement Emmaüs, veille. «Oui, je l’ai rencontré, assez souvent même, se souvient Pascal Freléchoux. Notamment lorsque j’étais délégué national, il était là à toutes les réunions de niveau international. C’était quelqu’un de très accessible et surtout de très écouté. Dès qu’il faisait une intervention, la presse courait! Mais depuis qu’il n’est plus là (l’abbé Pierre est décédé en 2007, ndlr), Emmaüs n’est plus aussi visible», regrette celui qui fut le responsable de l’antenne jurassienne jusqu’en 2019. Mais peu importe, car Emmaüs-Jura est une entité qui fonctionne. «Tout à fait. Grâce à notre source de revenu qui est la récupération, on arrive à nous autofinancer, et même à réaliser des actes de solidarité», confirme Pascal Freléchoux. Mais n’allons pas trop vite.

De part et d’autre de la frontière

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L’histoire d’Emmaüs-Jura commence au début des années 1960. «Après plusieurs tentatives à Alle et Porrentruy, c’est à Boncourt que l’antenne voit le jour officiellement en 1963, relate Pascal Freléchoux. Au départ, il n’y avait que des bénévoles et pas de locaux; ils allaient surtout aider les gens dans le besoin, faire des ménages… Ensuite, ils ont commencé à ramasser le papier, puis le verre, avec les enfants du village.» Les années passant, le bric-à-brac d’Emmaüs-Jura se développe et déménage sur le site actuel, au Crêt des Pierres, en 1986. Aujourd’hui, après plusieurs agrandissements, Emmaüs-Jura, c’est 1200 mètres carrés de vente et 300 mètres carrés de stockage sur deux étages, trois salariés et une trentaine de bénévoles, dont «un tiers vient de France», souligne le responsable. Et l’aspect transfrontalier de l’organisation ne se limite pas à cela: «Nous avons une commission sociale pour des dépannages ponctuels. Il nous arrive de donner un coup de main à des gens par exemple endettés ou suite à une séparation, s’il faut les remeubler ou payer une facture d’électricité… Mais plus du côté français, car ces situations sont mieux gérées dans le système suisse. Les ramassages d’objets, par contre, ne se font qu’en Suisse, alors qu’une bonne partie de notre clientèle vient de l’autre côté.»

La dure concurrence d’internet

Et les échanges vont même au-delà de l’Hexagone: «Depuis les années 1990, nous envoyons du matériel régulièrement dans d’autres centres Emmaüs, notamment en Pologne et en Afrique; plusieurs containers partent chaque année au Bénin et au Burkina Faso. Ça nous permet d’écouler de la marchandise qu’on ne pourrait pas vendre ici.» Car l’offre a fortement changé. «Il y a quelques années, nous récupérions beaucoup de choses anciennes. Maintenant avec les gratiferias, vide-greniers, et surtout internet, c’est beaucoup plus rare de tomber sur des affaires de valeur, regrette Pascal Freléchoux. Dans ce que les gens déposent directement chez nous par exemple, une bonne moitié est à éliminer… Ça coûte et ça implique surtout un énorme travail de tri. C’est pire qu’avant, mais on essaie de revaloriser un maximum de choses.» Des choses que l’on peut ensuite racheter à petit prix chaque semaine dans la surface de vente habituelle, et dans une petite boutique dédiée aux objets un peu plus précieux, ouverte tous les premiers samedis du mois.

Élise Choulat

Article paru dans notre édition abonnés n° 453 du 14 juin 2018

Emmaüs-Jura continue de s’adapter à l’évolution de la société et à se réinventer. On en parle avec l’une des responsables qui a succédé à Pascal Freléchoux, Prisca Moritz, dans notre édition abonnés n° 577 du 21 janvier 2021

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