«En eSport, il n’y a que très peu de places au soleil»

Mathieu "Maniac" Quiquerez est un spécialiste mondial du jeu vidéo Counter Strike.
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PORRENTRUY Mathieu «Maniac» Quiquerez est une véritable référence dans l’univers du sport électronique. Professionnel jusqu’en 2018, il intervient désormais en tant qu’expert sur les plus grandes compétitions mondiales de son jeu de prédilection, Counter-Strike: Global Offensive.

Alors qu’il s’apprête à entrer dans la trentaine et après avoir fait partie de l’élite mondiale du eSport pendant plus de cinq ans, Mathieu Quiquerez profite de sa retraite sportive depuis deux ans maintenant. Mais n’allez pas imaginer le Bruntrutain installé confortablement sur un transat, au bord de la piscine d’une villa somptueuse, un cocktail à la main. Si sa réussite dans l’univers du jeu vidéo de compétition lui a permis de vivre plutôt correctement durant toutes ces années, il n’a pas gagné suffisamment pour imaginer arrêter de travailler. Et ça tombe plutôt bien puisque le bonhomme n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers. Désormais à la tête de sa propre structure professionnelle, il intervient en qualité d’analyste et d’expert pour les plus prestigieuses compétitions de eSport autour de la planète.

Gravir les échelons un à un

Ceci étant dit, n’allez pas imaginer non plus que tout s’est fait en deux coups de souris et trois touches de clavier. Quand il découvre Counter-Strike: Global Offensive, le jeu dans lequel il a excellé au plus haut niveau, Mathieu Quiquerez n’est alors qu’un adolescent en devenir et friand de jeux vidéo. «Avec Counter-Strike, j’ai découvert quelque chose qui a transformé mon approche des jeux vidéo: la possibilité de jouer en ligne. Au départ, j’y jouais vraiment par plaisir et, une chose en entraînant une autre, j’ai progressé.» Compétiteur assumé, il gravit les échelons d’un monde en plein chamboulement. «Il faut remettre les choses dans leur contexte. À l’époque, le eSport n’était pas aussi développé que maintenant et il ne générait pas autant d’argent. Pour vous dire, il était tout à fait possible d’évoluer en semi-professionnel tout en étudiant à côté, ce que j’ai fait pendant plusieurs années. Aujourd’hui, ce ne serait plus possible.»

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En plus d’être au bon endroit au bon moment, Mathieu «Maniac» (un surnom qu’il s’est choisi à l’âge de 11 ans) Quiquerez fait preuve d’aptitudes certaines sur Counter-Strike. «C’est un jeu dans lequel deux équipes de cinq joueurs s’affrontent et où il faut faire preuve d’une grande stratégie. Deux aspects qui me conviennent plutôt bien.» À partir de 2013, tout en terminant ses études universitaires à Lausanne et Neuchâtel, le Bruntrutain tombe dans ce qu’il appelle lui-même un «cercle vertueux». «Les choses se sont enchaînées relativement rapidement: on m’a proposé d’intégrer les meilleures équipes du monde, d’être à l’affiche des compétitions les plus prestigieuses et le tout en gagnant ma vie. C’était impensable de refuser.»

Travail, volonté et sacrifices

Aux quatre coins du monde, Mathieu «Maniac» Quiquerez construit alors sa carrière et sa réputation partie après partie, victoire après victoire. «J’ai vécu des émotions vraiment intenses durant ces cinq années au top niveau, que ce soit dans la victoire comme dans la défaite d’ailleurs. Après, il faut être clair: c’est une vie qui peut paraître idyllique quand on en parle ainsi mais qui est très, très exigeante.» Toujours sur la route et face à des fuseaux horaires très souvent contradictoires, le eSportif d’élite doit être prêt à remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier. «C’est minimum huit heures par jour d’entraînement, si vous voulez rester en haut de classement. La compétition est vraiment rude et tout peut aller très vite. En eSport, il y a très peu de places au soleil. Et vous l’avez compris, c’est un quotidien qui est difficilement compatible avec une vie sociale et même amoureuse que l’on pourrait qualifier de normale et stable.»

Au bout de cinq années au top niveau, Mathieu «Maniac» Quiquerez a donc décidé de tirer sa révérence, mais tout en restant au contact de cet univers qu’il affectionne. «Passer de joueur à analyste, cela s’est fait un peu par hasard. C’est une opportunité qui s’est présentée et que j’ai su saisir. Rien n’était calculé.» S’il est toujours sur les quatre chemins, Mathieu Quiquerez peut désormais choisir les compétitions qu’il va commenter ou analyser et il peut profiter d’un temps libre plus important que lorsqu’il était dans l’arène. «Pour l’instant, cela me convient bien ainsi. On verra combien de temps cela va durer, je n’ai pas de plans précis pour la suite. Si l’aventure du eSport s’arrête, j’aurais toujours mon master en psychologie pour me retourner.»

Sébastien Fasnacht

Article paru dans notre édition abonnés n° 539 du 2 avril 2020

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