Et si on regardait l’Ajoie depuis dessous?

Gouffre de Prescendaine. © Greg et Guillaume Voisard

VILLARS-SUR-FONTENAIS Notre riante Ajoie, ses prairies fleuries et ses rivières ondulantes. Si notre district n’a plus – ou presque – de secrets pour vous, qu’en est-il de son sous-sol? Car, le savez-vous, de par sa nature calcaire, la chaîne du Jura est un véritable paradis pour les spéléologues.

Le rendez-vous est fixé au local du Groupe Spéléo Porrentruy (GSP), à l’ancienne laiterie située au milieu du village de Villars. A l’intérieur, les murs ne laissent aucun doute quant à la nature de la société qu’ils abritent: photos de grottes, plans de gouffres. A gauche, un portrait en noir et blanc: Albert Perronne (scientifique bruntrutain qui, notamment, explora le sous-sol ajoulot dans les années 1920-1940, ndlr) y figure au centre. Car la spéléologie, en Ajoie, c’est une vieille histoire. «Au départ, les gens recherchaient surtout de l’eau, explique Guy Voisard, membre et ex-président du GSP (et de la Société Suisse de Spéléologie). D’autres partaient à la recherche de vestiges préhistoriques

Et aujourd’hui, qu’est-ce qui motive vos troupes? «L’aventure et la beauté des sites», s’exclament d’une seule voix Guy et son fils Guillaume qui l’accompagne. C’est lui, le nouveau président du GSP. Du haut de ses trente ans, il fait partie de la génération montante de la spéléo en Ajoie. «Le club a été créé en 1973. Au début, ils n’étaient que quelques uns, puis l’effectif s’est longtemps stabilisé à dix ou quinze membres. Mais aujourd’hui, nous sommes trente et nous sommes toujours heureux d’accueillir de nouvelles personnes», se réjouit-il.

Le Gouffre de Prescendaine, à Fontenais, est idéal pour l’initiation à la spéléologie. ©G.&G. Voisard

Des sites d’exception

Cet engouement est dû en bonne partie par l’arrivée de jeunes dans la société. «Entourés des anciens, ils ont vraiment apporté un nouveau souffle au club», relève Guy. Des jeunes, le GSP en côtoie aussi chaque année dans le cadre du Passeport Vacances. «Les gosses adorent ça, se pendre dans le vide après une corde, ramper, se salir. C’est vraiment chouette de les entendre!»

Car l’Ajoie regorge de cavités permettant aux amateurs de tous niveaux de profiter du sous-sol. «Le Gouffre de Prescendaine près de Fréteux, sur la commune de Fontenais, avec son puits de 12 mètres et son petit lac souterrain, est idéal pour les initiations, souligne le président. Comme sites remarquables, il y a aussi bien sûr la résurgence du Creugenat, la Grotte de Réclère ou la traversée souterraine de Milandre entre le Mairat et Boncourt.»

Une aventure scientifique aussi

En plus d’être une aventure humaine, la spéléologie permet de documenter scientifiquement les sous-sols. «On prend des mesures, on réalise des plans des différentes galeries, poursuit Guillaume. Topographie, photo, exploration… il y en a vraiment pour tous les goûts! Actuellement, nous travaillons par exemple du côté de Chevenez, à Montvoie ou dans le  Gouffre du Dafalgan près de Courgenay (qui doit son nom à sa découverte faite un lendemain de Saint-Martin, ndlr). Nous avons également travaillé sur le chantier de l’A16, notamment du côté du Creugenat pour s’assurer qu’il n’y avait pas de cavités souterraines à proximité des piliers du viaduc.» Et les activités du GSP ne se limitent pas à notre seul district. «Depuis plusieurs années, nous explorons le lapiaz du Hohlaub, sur les hauteurs d’Interlaken dans l’Oberland bernois, ajoute encore le président. Là-bas, c’est vraiment le paradis du spéléo!»

Le Groupe Spéléo Porrentruy organise toute l’année des sorties souterraines. ©G.&G. Voisard

Un sport pour tous?

Aller crapahuter sous terre est-il vraiment donné à tout le monde?  Guy et Guillaume sont unanimes: «Le plus important, c’est de savoir rester calme dans les passages délicats et connaître ses limites. Mais il y a des cavités pour tous les niveaux et chacun peut y trouver son compte. Il y a très peu d’accidents dans notre discipline, mais lorsque ça arrive, ça peut demander d’énormes moyens pour les secours, c’est vrai.» Et le père de tempérer: «Mais c’est bien moins dangereux que le foot! Avant de commencer la spéléo, je traînais pas mal sur les talus ajoulots et j’étais tout le temps amoché!»

Reportage d’Élise Choulat, publié le 3 mai 2018, N° 447

http://www.speleoporrentruy.ch


Un crime jamais résolu à Charmoille
Si certains sites de spéléologie sont connus pour la beauté de leurs concrétions (stalagmites ou stalactites), le Gouffre des Aidjolats, à Charmoille, a, lui, acquis une renommée d’une tout autre nature: en juin 1926, alors qu’il remonte la galerie, Albert Perronne découvre un squelette humain. Il ramène à la surface les ossements qui permettront rapidement d’identifier la victime: il s’agit un certain Henri Germiquet, fondeur de Courgenay établi à Porrentruy, disparu quatre ans auparavant. Déchaussé, le cadavre avait également le crâne fracturé. L’enquête conclura au meurtre; trois suspects seront arrêtés, mais libérés après un non-lieu. ECH