Fabrice Nagel, céréalier… et producteur d’énergie verte

Fabrice Nagel
Père de famille, céréalier et producteur d'énergie verte, Fabrice Nagel est un agriculteur heureux, confiant dans l'avenir de la paysannerie suisse. © Michael Beuchat
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CHARMOILLE A la tête de l’Association des maîtres agriculteurs de la Suisse romande (AMASR), Fabrice Nagel fourmille de projets. L’agriculteur de 38 ans nous reçoit sur son exploitation à Charmoille pour nous parler de son activité et de son actualité.  

Vous avez été élu à la tête de l’AMASR. Que fait un maître agriculteur et quel est le rôle de l’association? 

Un maître agriculteur, c’est un agriculteur qui a suivi la formation supérieure de la maîtrise, qui couvre tout ce qui a trait à l’entreprise agricole, à la fiscalité, à la gestion du personnel, au financement et au business plan. Regroupant environ 1300 membres, notre association s’implique dans toutes les étapes de la formation aux métiers de la terre, que ce soit comme experts aux examens, dans les commissions ou pour organiser les remises de diplômes. Nous avons une moyenne d’âge relativement jeune et on a déjà fait beaucoup de choses ces dernières années, notamment en matière de réorganisation de l’association pour la rendre plus efficace. 

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Ce nouveau rôle s’inscrit dans la continuité de vos engagements en faveur de la profession. Quel a été votre parcours? 

J’ai commencé avec un certificat fédéral de capacité (CFC) de mécanicien sur machines agricoles, puis le CFC d’agriculteur. Ensuite, j’ai complété cette formation par le brevet fédéral d’agriculteur, puis la maîtrise fédérale, et d’autres formations complémentaires, comme sur les énergies renouvelables que j’avais complétée mais qui n’était pas dans mon cursus de brevet. J’étais déjà au comité de l’AMASR depuis 3 ans.

Quelles sont vos activités? 

La principale reste l’agriculture pour la production de denrées alimentaires: céréales, betterave sucrière, colza et tournesol, livrées dans nos coopératives régionales. L’autre axe de l’exploitation, qui devient important, est la production d’énergie renouvelable. Depuis 2012, on produit l’électricité solaire qui est revendue sur le réseau, puis fournie à tous les consommateurs de Suisse. Pour fin 2022, nous prévoyons de construire un chauffage à distance dans le hameau de Miserez qui englobe la résidence Les Cerisiers, qui en sera le principal consommateur. 

Fabrice Nagel

Quels sont les défis spécifiques à l’agriculture en Ajoie? 

On est peut-être un petit pays, mais on a énormément de diversité. En Ajoie, on a beaucoup de similitudes avec ce qui se fait en plaine que ce soit à Genève, Vaud ou Fribourg. En revanche, quand on discute avec les collègues valaisans, pour certaines régions alpines, ils ne trouvent plus d’agriculteurs, ils n’ont plus personne pour ça. La grande différence dans le Jura et en Ajoie, c’est peut-être la proximité du consommateur qui s’intéresse vraiment aux producteurs locaux, qui sont proches de lui. Mais il faut aller chercher ce consommateur, ce qui est bien plus simple dans les grands cantons peuplés. 

La diversification des activités d’une exploitation paraît toujours plus importante. Quelles sont les pistes que vous avez explorées ces dernières années? 

Le secteur de la volaille est en croissance… On a hésité à faire une halle d’engraissement de poulets. On a regardé aussi pour les œufs. Dernièrement, on était plutôt porté sur l’élevage de poussins. À ce stade, on a décidé de ne pas le faire. On reste donc dans la production végétale à grande échelle, qu’on pourrait rendre plus productive avec des serres, peut-être combinée au chauffage à distance. 

Fabrice Nagel

Les produits à base de protéine végétale sont en plein essor et représentent une part de plus en plus importante de la consommation des ménages. Est-ce un axe intéressant pour les paysans suisses?
Toujours plus importante, oui, mais une part importante, je ne sais pas… Je pense plutôt que ça remplace ce qu’on ne peut pas faire en animal. On a quand même toujours plus de population sur Terre, donc toujours plus de bouches à nourrir, et donc plus de besoins en nourriture. 

Au cours du XXe siècle, l’agriculture a remplacé une grande quantité de travail humain par la puissance des machines. On cherche désormais à remplacer l’énergie fossile par des sources renouvelables. Comment et quand? 

Ça fait des années qu’on en parle, mais le gros problème est qu’on a besoin de grosse puissance pour un véhicule agricole… Que ce soit un réservoir à mazout, un réservoir d’hydrogène ou de biogaz. Le biogaz paraît peut-être le plus prometteur, aussi du fait qu’on en produit dans la région. Ça se fera, c’est sûr, plutôt rapidement. Comment? Ça reste ouvert. 

Clément Charles 

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