Gare à vous, délateurs sans foi ni loi!

Dans le To'Porren cuvée 2020. © To’Porren
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PORRENTRUY Traditionnellement, leTo’Porren sort de presse le vendredi qui précède Mardi-Gras. Un moment qui, chaque année depuis 2008, fait planer sur le district une ombre de douces moqueries et de fous rires garantis. Un moment que certains redoutent et que d’autres attendent avec impatience en se posant une question fondamentale: «Est-ce que je serai (enfin) dedans?»

On ne sait pas grand-chose d’eux. À ce jour, personne ne les a encore formellement identifiés. Eux, par contre, semblent particulièrement bien renseignés sur les faits et gestes des habitants du district. À tel point qu’ils n’hésitent pas à publier, chaque année à pareille époque, un journal dans lequel ils se font un malin plaisir de dézinguer leurs compatriotes. Et personne n’est à l’abri: le fait d’être un puissant chef d’entreprise ou un politicien élu aux plus hautes fonctions étatiques ne suffit pas à échapper aux boulets rouges de cette bande de polémistes anonymes. Bien au contraire même. Mais alors, que cherchent réellement ces francs-tireurs, ces échotiers de bas-étage, ces pisse-copie sans scrupules qui sévissent dans district?

Naviguer sous les radars

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Si personne ne sait réellement qui ils ou elles sont, des rumeurs plus ou moins fondées circulent malgré tout à leur sujet. Selon certaines sources qui, et cela se comprend, tiennent absolument à rester anonymes, cette bande de pamphlétaires serait riche. Très riche même. Les quelques publicités qui ponctuent chaque année les colonnes de leur canard ne serviraient donc qu’à brouiller les pistes, à faire croire qu’ils subissent eux aussi de plein fouet les réalités de la presse écrite romande. Une richesse qui d’ailleurs leur conférerait un statut confortable d’intouchables. Certaines et certains ont bien essayé de les attaquer en justice… sans succès. Certaines et certains ont essayé de les piéger et de les démasquer… sans succès là encore. Mais comment diable font-ils, ou font-elles, pour continuer à naviguer sous les radars dans une région où il est impossible de se cuire un pételas ou d’aller aux pives sans que la moitié de l’Ajoie ne soit instantanément au courant?

Perpétuer une tradition

Il paraîtrait aussi que ces chroniqueurs patentés possèdent leurs entrées dans pratiquement tous les partis politiques de la place, Les Verts y compris. Des soutiens de poids, et parfois de taille, qui leur permettent année après année d’avoir accès sans aucune limite aux secrets les plus inavouables des ennemis de leurs amis, et vice versa. Une stratégie immorale qui dans d’autres républiques se nomme «chantage» mais qui a le pouvoir de leur assurer une totale immunité.

En lisant cette dernière ligne, certaines et certains de leurs plus fidèles soutiens ne manqueront pas de s’insurger et d’assurer que cette bande de salonniers ne fait que perpétuer une tradition et opposer aux fades médias de la place une alternative de choix en ne disant que ce qui est vrai. Ils avanceront aussi que ces journalistes (peut-on les nommer ainsi?) trempent leur plume dans l’encre d’un code moral particulièrement strict qui leur interdit de parler des histoires (trop) coquines de leurs concitoyens et qui proscrit d’office toute insulte ou attaque directe et gratuite sur une personne. Ils prendront pour preuve de leur bonne foi le fait que, chaque fin février, le journal de leurs petits protégés s’arrache littéralement le matin même de sa sortie, faisant craindre des débordements, voire même des débuts d’émeutes, aux kiosquières et kiosquiers ajoulots les plus aguerris.

Une sortie prévue demain en kiosques

Cette année (2020, ndlr), ce fameux jour de publication du To’Porren, c’est le nom de ce pamphlet, est fixé à demain. Un 21 février qui en fait déjà trembler certains et ricaner d’autres. Et pendant ce temps, la bande d’irréductibles satiristes carnavalesques se tapera sur les cuisses et tournera une bonne fondue en se réjouissant une fois encore d’avoir pu tourner en ridicule les petits et les puissants du district. Mais prenez garde, anonymes mouchards! Un beau jour c’est vous qui serez la cible des quolibets et des railleries car, sans que vous le sachiez, il se cache peut-être parmi vous un délateur suprême, une personne sans foi ni loi qui n’aura pas peur de balancer au grand jour vos identités respectives…

Sébastien Fasnacht

Article paru dans notre édition abonnés n° 533 du 20 février 2020

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