Ïn djûnne paiysain de Mieco se s’vïnt de sa djûnnence.

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Dains ci péssaidge des « Seuvnis de mai vie », ïn paiysain de Mieco raiconte sai détieuverte de Pairis et nos confie, pai lai cheûte, ço que feut son afaince. En patois l’orthographe èt lai ponctuachion sont aivus réchpèctès, mains n’eny’vant ran de l’heurse que s’dégaidge de ces seuvnis.

En rentraint de tchie les allemands es y ai longtemps que les plans étins tirès po allais ai Pairis. C’était en mai 1913. Y aivôs mais soeur Germaine que f’sais sais première Com’nion a môtie di Gros Caillô ai Pairis. Mai Grand’mére m’embarqué dains l’train ai Porreintrü ai sché di maitin po airrivais en lai Gare de l’Est pairvâ les quaitres, laivoù mon pére m’aittendais. Y oeuvros des oeiyes c’ment des pouet’ches de graindge tiens nos pait’chainnes d’lai Gare pos allais chie mai tainte Marie. Nos aivins pris in fiacre. En n’voyais-pe enco brâment d’autos ! C’était des t’chvâs que n’risqu’impent de s’évad’naie… I n’poyô’pe prou ravoétie ces dgens, ces maigaisins, est peu tô d’in co lai tour « Eiffel ».

Es m’sannaie aidé qu’elle veulais t’choire ou bin r’vachaie !! Y feu a moins trâs s’nainnes sain poyais d’remi comme y airô voyu, ci brü es n’fayais-pe ravoétie voûlaient les mouet’ches sains coli en s’raient vite aivu ékatiais !

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Dous d’jôs aipré mon airrivaie y feu r’véti de pie en cape pais mais tainte. Pu quèschtion de casquettes. Y feu oblid’gie de bôttais in « tiu de poule » s’lai téte ! Eh bin s’vos aivins vu c’ment y aivo grosse honte, es m’sannais aidé que tos les d’gens m’ravoétins ! Po fini, y m’aiccotumé. Y n’y penso pu. Y m’aindgô tchie mai tainte ai Champs-Elysées es peu i cout’chô t’chie mon Pére. Tos les sois es tôt les maitins, nos pessins lo pont de l’Alma s’lai Séne. Y ai vu bin des belles t’choses dains ci bé Pairis! Y y d’morai jusqu’à mois d’ôt. Y r’venié in duemoine le maitin en gare de Porraintru aipré aivoi faie a r’voir en mon pére es en mai tainte qui n’daivo pu r’vouere, elle meurai en sâze. Not’ Armand me v’niez r’tieuri en lai gare aivo l’bijou â bräeck es m’sannait qui étô dains enne boéte de coton, en oyais pu ran di tôt. Y feu vite eur’faie a Pays ! Y r’feu vite dain mon métie d’bousie ! Lo « cu d’Poule » feu botté a rancard et se pred’gé dains les folies de carimentrans !

Tos les tchâs temps nos aivins aidé des Parisiens en vacances en lai Cigangne. […]

Lo maitin qu’ai r’paitchins po Paris, mai pouere grand’mére se botté a yé et meuri lo yundi des b’niessons de Cornô, lo heute septembre. Y en airô enco aivu bin fâtte, ce feu po moi mai mére, elle m’ai éyevais dâ l’aidge de nuef mois, da tians y b’gé mai mére qu’aivaie vingt-tras ans…

Le micou


TRADUCTION

Un jeune paysan de Miécourt se souvient de sa jeunesse

Dans ce passage des « Souvenirs de ma vie » un paysan raconte sa découverte de Paris et nous confie, par la suite ce que fut son enfance. En patois, l’orthographe et la ponctuation ont été respectées, mais n’enlèvent rien de l’émotion qui se dégage de ces souvenirs.

En rentrant de chez les Allemands, il y a longtemps que les plans étaient tirés pour aller à Paris. C’était en mai 1913. J’avais ma soeur Germaine qui faisait sa première communion à l’église du Gros-Caillou à Paris. Ma grand-mère m’embarqua dans le train à Porrentruy à six heures du matin, pour arriver à la Gare de l’Est vers quatre heures, où mon père m’attendait. J’ouvrais des yeux comme des portes de grange quand nous partîmes de la gare pour aller chez ma tante Marie. Nous avions pris un fiacre. On ne voyait pas encore beaucoup d’autos ! C’était des chevaux qui ne risquaient pas de s’emporter… Je ne pouvais pas assez regarder ces gens, ces magasins, et puis tout à coup, la tour « Eiffel ».

Il me semblait toujours qu’elle voulait tomber ou bien se renverser !!  Je fus au moins trois semaines sans pouvoir dormir comme j’aurais voulu : ce bruit ! Il ne fallait pas regarder les mouches voler, sans ça on  aurait vite été écrasé !

Deux jours après mon arrivée je fus rhabillé de pied en cap par ma tante.Plus question de casquettes. Je fus obligé de mettre un « cul de poule » sur la tête. Eh bien !  Si vous aviez vu comme j’avais grosse honte, il me semblait que tous les gens me regardaient. Pour finir, je m’accoutumai. Je n’y pensais plus. Je mangeais chez ma tante, aux Champs-Élysées et puis je couchais chez mon père. Tous les soirs et tous les matins nous passions le Pont de l’Alma sur la Seine. J’ai vu bien des belles choses dans ce Paris ! J’y restai jusqu’au mois d’août. Je revins un dimanche matin en gare de Porrentruy après avoir dit au revoir à mon père et à ma tante, que je ne devais plus revoir : elle mourut en seize. Notre Armand vint me recueillir à la gare, avec le Bijou, en break. Il me semblait que j’étais dans une boîte de coton, on n’entendait plus rien du tout. Je fus vite réhabitué au pays ! Je refus vite dans mon métier de bousier. Le « cul de poule » fut mis au rancard et se perdit dans les folies de carnaval !

Tous les étés, nous avions toujours des Parisiens en vacances à la Cigogne. […] Le matin qu’ils repartirent pour Paris, ma pauvre grand-mère se mit au lit et mourut le lundi de la Fête de Cornol, le huit septembre. J’en aurais encore eu bien besoin. Pour moi, ce fut ma mère : elle m’a élevé dès l’âge de neuf mois, quand je perdis ma mère qui avait vingt-trois ans…. 

 

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