«J’ai retiré du positif de cette maladie»

Romain Denoël
Romain Denoël: «On ne parle pas assez de la sclérose en plaques. Moi-même j’ai tout entendu au sujet de la maladie de ma maman.» © Romain Denoël
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COURTEDOUX Futur médecin et déjà romancier: à 21 ans, Romain Denoël possède un curriculum vitae que beaucoup lui envieront certainement. Moins enviable, pourtant, est la réalité sur laquelle se fonde cette double vocation, puisqu’il s’agit de la maladie, en particulier celle dont est atteinte sa maman: la sclérose en plaques.  

La sclérose en plaques, un sujet de roman? C’est possible, et c’est un jeune Ajoulot qui vient d’en faire la démonstration. Romain Denoël est né à Liège, d’un père belge et d’une mère jurassienne. Lorsqu’il a 2 ans, la famille vient s’installer à Courtedoux, le village natal de la maman. «J’avais des problèmes respiratoires et la vie à la campagne paraissait plus appropriée qu’en ville», explique le jeune homme. Une première fois, donc, la maladie aura influencé le cours de son destin. 

Mais une autre maladie l’influencera davantage. Sa maman est atteinte de la sclérose en plaques. C’est, en partie, ce qui est à l’origine de la vocation de médecin de Romain Denoël, actuellement en 3e année d’études à Fribourg. «Je dois à peu près tout à la médecine, observe-t-il. Sans elle, je ne serais plus là, ma maman non plus, et mon père non plus d’ailleurs.» 

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Au départ, un conte 

La lecture accompagne Romain Denoël depuis l’enfance: les histoires de pirates, la saga Percy Jackson, autour de la mythologie grecque, les histoires à la Dan Brown, dans le genre thriller ésotérique. Au lycée, il découvre la littérature classique: La bête humaine, d’Émile Zola, «un roman qui m’a ouvert l’esprit», Marguerite Duras, son autrice de maturité, Boris Vian, qui l’a inspiré pour son roman. 

Car, à 21 ans, Romain Denoël a déjà publié un roman. Le reflet de l’espoir, illustré par Marie Monnerat, de Fregiécourt, et postfacé par Valéry Rion, professeur de français au Lycée cantonal, est paru en décembre dernier aux Éditions de la Société jurassienne d’émulation, dans la collection littéraire Æncrages. C’est à l’année de ses 17 ans que remonte la genèse du livre. «Je devais trouver une idée pour mon travail de maturité, se remémore-t-il, et je voulais faire quelque chose sur la sclérose en plaques.» C’est ainsi qu’a germé l’idée d’un texte littéraire autour de cette maladie: «Quand j’étais petit, j’avais lu une BD sur le sujet destinée aux enfants. Je voulais d’abord faire quelque chose dans ce style, en partant de mon vécu.» Mais rapidement il se rend compte que la forme du conte, pour laquelle il a opté, l’«enferme un peu trop. C’est comme ça que j’ai choisi de faire évoluer le style de l’écriture en même temps que l’âge du personnage.» 

«On peut vivre et évoluer avec ça»

Ce personnage, c’est un jeune garçon prénommé Abel qui, découvrant un jour sa mère immobilisée sur son lit par une inquiétante plante, part à la recherche d’un remède. Il traversera la mer et la montagne, arpentera des cités et croisera le chemin d’hommes et de femmes… jusqu’à un dénouement que nous ne dévoilerons pas ici, bien entendu. Mais souvenons-nous que Romain Denoël a parlé de Boris Vian un peu plus tôt. «Quand il écrit L’écume des jours, reprend l’auteur ajoulot, tout l’environnement est modulé par les émotions de ses personnages. De la même manière, chaque paysage par lequel passe Abel a une signification pour moi.» 

De la sclérose en plaques, il n’est nulle part question dans Le reflet de l’espoir. Romain Denoël s’est délibérément éloigné des circonstances personnelles de son histoire, s’attachant davantage aux sentiments de son héros et aux changements qui s’opèrent en lui. «Raconter ma petite personne, ce n’est pas intéressant, remarque-t-il. Ce qui l’est, c’est de montrer qu’on peut vivre et évoluer avec tout cela.» 

Sa maman, bien entendu, a lu le livre. «Elle a été très touchée que je consacre tout ce temps à cette problématique. Ça l’a rassurée aussi, parce qu’elle a toujours beaucoup culpabilisé de ce que nous vivions, les hôpitaux, les traitements, etc. Avec ce roman j’ai pu lui montrer que j’ai retiré du positif de cette maladie et c’est aussi le message que je veux transmettre à toutes les mamans qui sont dans la même situation.» 

Claire Jeannerat 

Le reflet d’un espoir est disponible sur le site internet www.sje.ch et dans toutes les bonnes librairies.

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