«Je regarde la personne comme une œuvre d’art»

Muriel Billig-Hänggi
Muriel Billig-Hänggi préfère rester dans l’ombre et mettre ses modèles tatoués en lumière. © Muriel Billig-Hänggi
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PORRENTRUY Des tatouages, elle pourrait en parler pendant des heures. La volubile Muriel Billig-Hänggi sait communiquer son enthousiasme pour son sujet de prédilection. Mais ce n’est pourtant pas avec des mots que la quinquagénaire partage le mieux sa passion du tatouage, c’est en images. Rencontre avec la photographe d’origine bruntrutaine.

Aussi loin qu’elle se souvienne, Muriel Billig-Hänggi a toujours «eu un appareil photo à la main». Il faut dire qu’il s’agit d’une histoire de famille puisque sa mère, Eddie Hänggi, qui était photographe, entre autres, «développait ses photos dans la baignoire» quand Muriel était enfant. Et si la fille n’utilise pas la salle de bain familiale pour son activité professionnelle, elle a repris le flambeau maternel et vit aujourd’hui de ses clichés. «La Mu», le petit surnom qu’elle porte dans son Ajoie natale, a épousé un Alsacien et vit désormais dans le village français de Courtavon, tout près de la frontière. 

Son studio photo, ouvert il y a 5 ans et installé au rez-de-chaussée de sa maison, lui permet d’assurer ses revenus et d’accueillir un public tant français que suisse. La photographe professionnelle propose notamment des séances pour les familles, les anniversaires ou les entreprises. Et même des photos dites «coquines». Mais sa vraie obsession, ce sont les clichés de tatouages. «Je suis passionnée par leur histoire qui remonte à des milliers d’années. J’aime aussi discuter avec les gens de leurs tatouages, du pourquoi, du comment. Je regarde la personne comme une œuvre d’art.»

© Muriel Billig-Hänggi
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Entre larmes et joies

En parallèle de son activité professionnelle, Muriel Billig-Hänggi consacre donc du temps à photographier des modèles tatoués, pour le plaisir. Dans son petit studio, propice aux confidences, les personnes se dévoilent: quand les peaux s’exposent, les états d’âme se livrent. «Certains modèles me racontent des parcours de vie très lourds, certains pleurent. Des jeunes filles me parlent d’une agression. Les tatouages, c’est de l’esthétisme, mais beaucoup ont aussi une signification. Parfois, on parle de douleurs, parfois de joies.» Bien sûr, ces confidences ne sortent pas du studio, la photographe tient à rester discrète. Elle reconnaît en tout cas aimer cette relation de confiance qui s’installe lors de séances qui peuvent durer plusieurs heures. «Quand les gens que je photographie me disent qu’ils sont à l’aise, c’est la meilleure récompense pour moi.»

© Muriel Billig-Hänggi

Pour trouver ses modèles, l’artiste et mère de deux enfants n’hésite pas à aborder des personnes dans la rue. «En été, c’est plus facile qu’en hiver pour repérer les tatouages, plaisante-t-elle. Je me rends par exemple à Bâle ou à Mulhouse. Dès que je vois quelqu’un qui me plaît, qui a l’air sympathique et cool, je l’accoste. Même si la personne n’a qu’un ou deux petits tatouages. Bien sûr, je passe aussi par les réseaux sociaux.» En général, les gens que Muriel Billig-Hänggi repère sont partants pour être photographiés, en tout cas ceux qui affichent une peau largement tatouée. «Rares sont ceux qui font beaucoup de tatouages et qui ne veulent pas ensuite les montrer», explique-t-elle.

Parmi tous les sujets qui se sont ainsi dévoilés face à son objectif, Muriel Billig-Hänggi a dû opérer une sélection pour sa première exposition en Suisse. Au total, une quinzaine de clichés seront donc rassemblés à la Petite Galery de Delémont. «Le plus dur, cela a été de choisir», raconte celle qui avait déjà pu présenter son travail au sélectif Salon des 40 à Saint-Louis, en France, avant la pandémie. «Après, mon activité a été ralentie par le Covid, mais je ne suis pas pressée. J’aime prendre mon temps.»

© Muriel Billig-Hänggi

La force du dragon

Dans le dos, sur les bras, les mains, bientôt sur une jambe… Muriel Billig-Hänggi ne fait pas que photographier les tatouages des autres, elle s’est aussi laissée tenter. C’est en 1996 que la jeune femme, accompagnée de son père, l’artiste peintre Angi, part dans le sud de la France pour son premier croquis encré. «On avait chacun fait un dessin sans le montrer à l’autre. Moi j’avais opté pour un dragon dans le dos… et mon papa avait choisi un mini-cube», se rappelle-t-elle, amusée. Après 37 heures de travail – «pas en une seule fois, bien sûr» –  le dos de Muriel Billig-Hänggi s’est habillé d’un tatouage japonais, qui symbolise la force. À 50 ans, l’artiste aimerait aujourd’hui tester de nouvelles tendances, glanées auprès de ses nombreux modèles. «La plupart de mes tatouages sont japonais, sauf sur les mains, explique la passionnée. Mais à présent je vais m’ouvrir à d’autres choses, m’ouvrir au monde.» 

Alice Lehmann

Muriel Billig-Hänggi exposera ses photos à la Petite Galery, Rue de Chêtre 4, à Delémont, jusqu’au 22 juillet 2022.
Visites sur rendez-vous: 078 621 21 58
www.lapetitegalery.com/archives-expos-2/
Instagram: @lamuinkphoto
Facebook: laMu inkphoto

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