«Je suis un enfant de l’Allaine»

© Laurent Voisard
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PORRENTRUY S’il en est un, d’Ajoulot, qu’il n’est plus nécessaire de présenter, c’est bien lui: poète, écrivain, mais aussi figure de la lutte pour la création du Canton… Alexandre Voisard est l’un des personnages phares de notre district. Alors qu’à 89 ans il publie Des enfants dans les arbres, il a accepté de se prêter au jeu de l’interview ajoulote.

Journal L’Ajoie: Alexandre Voisard, vous êtes originaire de Fontenais, vous êtes né et avez vécu de nombreuses années à Porrentruy. Peut-on dire que vous êtes un Ajoulot pur crin?

Alexandre Voisard: Absolument! Je dirais même «pur porc» s’il fallait aller au fond des choses {rires}. Je suis ajoulot de toutes mes fibres et pour toujours!

Qu’est-ce que cela veut dire, pour vous?

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Ça signifie appartenir à un coin de pays, qui a une certaine cohérence. Je le vois fermé au sud par le Mont Terri et allant vers la France en suivant l’Allaine. Vous savez, je suis d’abord un enfant de l’Allaine, je dirais. J’ai vécu au bord de cette rivière durant toute mon enfance, c’est elle qui m’a formé, constitué, qui a fait de moi ce que je suis devenu. Pour moi, l’Ajoie c’est d’abord cette vallée de l’Allaine, depuis sa source jusqu’à Boncourt. L’Allaine est d’ailleurs l’un des sujets importants de mon dernier livre (Des enfants dans les arbres, éditions d’autre part, ndlr).

C’est un livre sur l’Ajoie?

Ce n’est pas un livre sur l’Ajoie, mais un livre qui se passe en Ajoie. C’est une salutation à ce pays, des histoires d’enfance qui se déroulent sur ce territoire. Le livre est en deux parties, l’une concerne la forêt, l’autre la rivière. La première partie se passe avant-guerre, de 1936 à 1940, la seconde pendant la guerre, de 1940 à 1944. Le début du livre concerne la forêt et l’enseignement paternel, l’initiation à la nature. Et ensuite, comme le père est mobilisé, la mère prend plus d’importance et doit faire face à d’autres problèmes, avec des enfants turbulents, comme moi j’ai pu l’être…

D’une manière plus générale, l’Ajoie vous inspire-t-elle?

Elle est toujours présente, sans le savoir. Quand j’évoque un paysage, les eaux et forêts comme j’aime dire, ce qui m’inspire c’est ce pays d’Ajoie. Il est en moi, je n’ai pas à chercher lorsque je veux faire une description.

Y a-t-il un endroit que vous affectionnez particulièrement dans le district?

Vous savez, je n’habite pas loin, à Courtelevant, de l’autre côté de la frontière près de Boncourt. Alors je reviens très souvent à Porrentruy, au moins deux fois par semaine. Je me promène, j’aime beaucoup la vieille ville. Et puis l’Hôtel des Halles est le lieu où j’ai commencé mon activité professionnelle. J’avais 17 ans, j’ai travaillé à La Poste et j’ai commencé à Porrentruy. Et c’est là, dans ce bâtiment qui est devenu aujourd’hui le palais de la culture, que se trouvait l’agence… Comme je dis: Porrentruy est ma base arrière, j’y reviens constamment. J’y suis chez moi.

Et les Ajoulots? Comment les définiriez-vous?

L’Ajoulot est d’abord une personne assez frondeuse, qui a une fierté, une générosité… et une vivacité. Il répond toujours vivement aux questions qu’il se pose. Et l’Ajoulot aime le débat. C’est important, c’est un élément qui le distingue des autres régions, même jurassiennes. L’Ajoulot a la passion de la discussion.

C’est en cela que l’Ajoie a été importante dans la création du Canton du Jura, vous pensez?

Sans l’Ajoie, il n’y aurait pas eu de canton, c’est évident! Historiquement, le district a toujours été déchiré entre les rouges et les noirs, mais il s’en est toujours bien sorti, car il y a toujours un moment ou un lieu où les velléités se réconcilient. Après les grandes passions, il y a les solutions. En Ajoie, toujours!

Vous habitez depuis bientôt trois décennies à quelques encablures de la frontière ajoulote, on l’a dit. Mais vous avez énormément voyagé. Vous auriez pu partir plus loin, non?

Pas du tout! La distance maximale que je pouvais prendre par rapport à mon pays natal est celle-là. Je n’aurais jamais pu imaginer m’installer durablement en Bretagne ou en Provence, même si j’apprécie ces régions. Le seul endroit où je peux vivre à mon aise, c’est en Ajoie. Et dans les régions qui la bordent, car pour moi, à Courtelevant, je suis encore en Ajoie. Je n’ai que des rapports administratifs avec la République française. Je suis ajoulot avec un grand A et jurassien pour l’éternité.

Propos recueillis par Élise Choulat

Une interview publiée dans notre édition abonnés du 3 octobre 2019.
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