José Ribeaud: «J’ai découvert un homme sensible, loyal et discret»

José Ribeaud, un regard tourné vers le monde. Claire Jeannerat © Éditions L’Ajoie

CŒUVE/BERLIN À bientôt 83 ans, José Ribeaud n’a pas fini de nous surprendre. Le journaliste ajoulot, installé à Berlin par amour depuis plus de dix ans, vient de signer un livre en forme de long entretien sur la vie et la carrière politique du Conseiller fédéral fraîchement retraité Didier Burkhalter.

Journal L’Ajoie: José Ribeaud, après un ouvrage sur la décharge de Bonfol, vous signez un livre sur Didier Burkhalter. Pourquoi lui, pourquoi maintenant?

José Ribeaud: En tant que dernier correspondant suisse romand à Berlin, j’ai eu l’occasion de le rencontrer durant son mandat de Conseiller fédéral à plusieurs reprises à l’Ambassade de Suisse lors de visites officielles. L’idée m’a traversé l’esprit lorsque j’ai appris sa démission et, le premier jour de sa retraite, je lui ai écrit un email…

Et il a accepté tout de suite?

Une fois le livre publié, il m’a écrit un très gentil message qui disait: «Si je devais refaire ce livre, ce que je ne souhaite pas, je le referais sans aucun doute avec vous.» (rires) J’ai pris ça pour un compliment! Et sur les 134 questions que je lui ai envoyées, il a répondu à 132.

Tout l’entretien publié dans votre livre s’est donc fait par email?

Absolument! Étant moi-même à Berlin et lui en Suisse avec un agenda particulièrement rempli, c’était la meilleure solution. Et cela a l’avantage de pouvoir aller plus au fond des choses. Quand vous devez écrire une réponse à une question, vous êtes obligé de peser chaque mot, de bien réfléchir.

Qu’avez-vous découvert sur l’homme et sur le politicien lors de l’écriture de ce livre?

Avant de faire ce livre, je connaissais assez mal Didier Burkhalter. J’ai découvert un politicien libéral, classique et cosmopolite. Pas un radical borné. Il lui est par exemple arrivé, dans le cadre d’un vote sur l’aide au développement, de voter pour les socialistes. Et j’ai senti, dans ses réponses, un homme sensible, loyal et discret qui ne manigance pas mais qui avance en fonction de ses convictions profondes et d’un respect absolu des institutions helvétiques.

On sent chez vous une certaine admiration…

Je dirais plutôt une sympathie active (rires)!

Parlons un peu de vous. Vous avez bourlingué autour du monde, vous avez pratiqué de nombreux métiers (voir ci-dessous)… et aujourd’hui vous écrivez. Quelle est cette force qui vous pousse?

À mon âge, chaque jour est un cadeau. J’essaie juste d’en profiter au maximum en me disant que le grand voyage n’est pas si loin…

Et l’Ajoie dans tout cela?

Je dis souvent que la terre est mon horizon, l’Europe est ma maison, la Suisse est ma raison, le Jura est ma passion et l’Ajoie est ma fascination… Mes racines sont en Ajoie, elles y sont restées malgré toutes mes pérégrinations. Mais je crois aussi que si l’on est un peu souple, on arrive facilement à prendre de petits bouts de ces mêmes racines pour aller les planter et les faire pousser ailleurs. C’est ce qui s’est passé dans mon cas. Et comme je ne me sens étranger nulle part, je suis bien partout!

«Didier Burkhalter, humaniste et homme de convictions», par José Ribeaud aux Éditions Livreo-Alphil.

Propos recueillis par Sébastien Fasnacht pour l’édition du 3 mai 2018, N°447

Carte d’identité

Âge: 82 ans

État-civil: marié, 2 enfants, 5 petits-enfants

Domicile: Berlin

Emploi actuel: journaliste, écrivain et retraité

Parcours professionnel: étudiant au Collège Saint-Charles à Porrentruy, secrétaire de direction à l’École prévôtoise à Moutier, sténodactylographe, enseignant en Algérie durant la guerre, premier présentateur du journal télévisé de la RTS, rédacteur en chef de La Liberté, formateur de journalistes à Madagascar, écrivain.