La chouette chevêche et l’Ajoie

Le baguage des jeunes chouettes est l'une des nombreuses tâches du Collectif Chevêche. © Nadine Apolloni
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DISTRICT Elle a failli disparaître au début des années 2000. Mais grâce aux efforts menés depuis près de deux décennies par le Collectif Chevêche, sa population se développe progressivement dans  notre région. Et même si beaucoup d’améliorations sont encore possibles, on peut dire qu’aujourd’hui la chouette chevêche se plaît chez nous.

Il était une fois un joli rapace nocturne au regard sévère et à la robe brune et grise. Plus petit qu’un pigeon, il aime à se blottir dans les cavités où il élit domicile généralement pour la vie. Fidèle, il l’est également en amour et passe son existence aux côtés d’un seul et même partenaire avec qui il partage ses repas constitués essentiellement de rongeurs, d’amphibiens et de gros insectes. Mais aussi attachante soit-elle, la chouette chevêche a néanmoins failli disparaître en Suisse voilà une vingtaine d’années, victime de l’intensification agricole et de la raréfaction de ses habitats. Alertées par des observateurs locaux, différentes associations – Pro Natura, BirdLife, Nos Oiseaux, la Société des sciences naturelles du Pays de Porrentruy (SSNPP) et l’Association pour la sauvegarde de la Baroche – ont décidé d’agir en créant en 2002 le Collectif Chevêche.

Une évolution positive

«À cette époque, il ne restait qu’une petite douzaine de chanteurs, se souvient Nadine Apolloni, responsable du projet. Aujourd’hui encore, la Suisse ne compte que trois populations installées en Ajoie, au Tessin et dans la Champagne genevoise, mais la situation s’améliore. Une petite population est actuellement en train de se former dans le Seeland fribourgeois», se réjouit-elle. Dans notre district, «l’évolution est très positive avec 46 territoires recensés en 2020 et un nombre de couples estimé à environ 35». C’est qu’avec ses nombreux vergers, ses paysages structurés et son agriculture un peu plus extensive que dans d’autres régions de plaine, l’Ajoie offre de nombreuses possibilités de développement aux chouettes chevêches. «Pour l’heure, elles se trouvent essentiellement dans la Vendline, la Cœuvatte, la Basse-Allaine et la Haute-Ajoie, mais il reste encore beaucoup de sites potentiels à coloniser dans l’ensemble de la région», relève la spécialiste.

La Suisse ne compte que trois populations de chevêches, dont une en Ajoie. © Nadine Apolloni
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La précieuse aide des agriculteurs

Vous l’imaginez bien, ces nouvelles réjouissantes ne sont pas le fruit du hasard mais bien le résultat d’un travail acharné mené en étroite collaboration avec les autorités. «Depuis les débuts, nous entretenons d’excellentes relations avec le Canton qui a lancé un plan d’action en faveur de la chevêche. Nous sommes régulièrement consultés en qualité d’experts pour les projets touchant à l’aménagement du territoire et l’État participe financièrement aux différentes mesures.» C’est que pour les bénévoles du Collectif Chevêche – qui, structurellement, s’est mué en association en février dernier -, le travail ne manque pas: recensement des rapaces au printemps, suivi des naissances, pose de nichoirs… «Parmi nos mesures phares figure aussi le démarchage auprès des agriculteurs. Par le biais de contrats spéciaux, ceux qui le souhaitent s’engagent, en échange d’un soutien financier, à améliorer la structure paysagère par exemple en plantant des arbres hautes tiges ou en aménageant des haies; les fauchages échelonnés ou la mise en place de prairies fleuries favorisent, quant à eux, la biodiversité», exemplifie l’ornithologue de Charmoille.

Les efforts du Collectif Chevêche portent leurs fruits: les populations se portent mieux. © Nadine Apolloni

Appel aux privés et aux bénévoles

Et si le monde agricole – qui, soit dit en passant, trouve en la chouette chevêche un excellent allié grâce à son goût prononcé pour les campagnols – est certes l’un des principaux acteurs de cette lutte, les privés aussi ont un rôle important à jouer. «La mise en place par exemple de petites structures comme un tas de bois ou de pierres dans un jardin permet le développement de nombreux insectes et autres petites proies, explique Nadine Apolloni. C’est pourquoi nous sommes à disposition de tout un chacun pour donner un coup de main, tant d’un point de vue pratique que financier. Impliquer davantage les privés fait partie de nos priorités, tout comme la création d’un réseau de bénévoles motivés à promouvoir nos actions dans leur village et nous aider sur le terrain. Car bien que la situation de la chouette chevêche se soit améliorée ces dernières années, il reste encore tellement de choses à faire!»

Élise Choulat

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REPÈRES

Date de création: 2002
Présidence: vacante
Comité: Raphaël Ayé (BirdLife), Marie-Noëlle Lovis (Pro Natura Jura), Olivier Biber (Nos Oiseaux), Muriel Schüpbach (SSNPP) et Michel Juillard (Association pour la sauvegarde de la Baroche).
Membres actifs: Nadine Apolloni, Arnaud Brahier et Laura Vorpe soutenus par des aides ponctuelles.

Article paru dans notre édition abonnés n° 557 du 20 août 2020

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