«La culture jurassienne est un ferment de tolérance et de paix»

Martin Choffat est le 27e président central de la Société jurassienne d’émulation.© Martin Choffat

PORRENTRUY Treize pères fondateurs, 171 ans d’existence, 1800 membres, plus de 700 publications… Les chiffres ne manquent pas pour définir la Société jurassienne d’émulation. A trois jours de la clôture de l’exposition qui lui est dédiée au Musée de l’Hôtel-Dieu, rencontre avec le président central de la SJE, Martin Choffat.

Journal L’Ajoie: Martin Choffat, vous êtes un enfant de Cœuve, issu d’une famille paysanne, enseignant de métier. Quel chemin vous a conduit jusqu’à la présidence de la Société jurassienne d’émulation?

Émulateur depuis près de 40 ans, j’ai suivi assez fidèlement les activités de la section de Porrentruy. Lorsque j’ai quitté la direction du Collège Thurmann, on m’a sollicité pour reprendre la responsabilité des Actes et, de ce fait, j’ai accédé au Comité directeur. Ma nomination à la présidence se résume très simplement: il n’y avait pas de candidat-e et j’entrais en retraite anticipée… J’ai accepté de relever le défi.

Sur la liste des présidents centraux de la SJE, votre nom apparaît après ceux de personnages entrés dans l’histoire de notre coin de pays tels que Jules Thurmann, Xavier Kohler ou Frédéric Koby. Ça vous inspire quoi?

Tout d’abord de la modestie. Je n’ai de loin ni la renommée ni le bagage de connaissances et de compétences de nombreux de mes prédécesseurs, mais je fais tout mon possible pour apporter à la SJE le meilleur de moi-même. Ensuite, une certaine fierté et de la reconnaissance à l’égard de celles et ceux qui me font confiance: c’est très enthousiasmant et enrichissant de conduire une société qui se donne pour mission de faire mieux connaître notre patrimoine culturel et de promouvoir la culture vivante du Jura tout entier.

La Société jurassienne d’émulation s’étend sur un large territoire puisqu’elle compte des cercles sur l’ensemble du Jura historique, mais aussi à Bâle, Fribourg, Genève ou Zurich. Pourtant, les racines, la base de la SJE restent en Ajoie…

Bien sûr, la SJE est née à Porrentruy, y a son secrétariat central et la section bruntrutaine est la plus nombreuse. Cependant les sections et les cercles d’études ont leur rôle à jouer et celles et ceux qui s’impliquent dans l’organisation des activités, où que ce soit, font un travail remarquable qu’il s’agit de saluer.

La SJE a été créée en à Porrentruy notamment par Xavier Stockmar, dans un contexte politique et historique bien différent de nos jours. Quel est son rôle aujourd’hui et en quoi a-t-il évolué depuis sa création?

Elle doit toujours être un moteur rassembleur. Depuis de nombreuses années, j’ai fait de l’unité culturelle du Jura historique mon credo. Nous ne cesserons jamais d’affirmer que la culture jurassienne ne connaît pas de frontière, qu’elle s’offre à toutes et à tous et qu’elle est un ferment de tolérance et de paix.

Une société scientifique, historique et littéraire du 19e siècle a-t-elle encore un avenir à l’ère d’internet et des nouvelles technologies?

Notre patrimoine culturel ne nous appartient pas; nous devons le transmettre à nos enfants, petits-enfants… Nos publications restent une valeur sûre et sont le témoignage de la richesse que nous mettons à la disposition du public. Par ailleurs, nos sites internet (www.sje.ch, www.diju.ch), notre page facebook et nos Actes en ligne (www.e-periodica.ch) montrent également que nous sommes en mesure d’intéresser les plus jeunes.

Pour la première fois depuis sa création, la SJE s’est présentée cet été au-travers de plusieurs expositions (Musée de l’Hôtel-Dieu à Porrentruy, Musée jurassien d’art et d’histoire de Delémont, Musée de Saint-Imier et Musée jurassien des arts à Moutier). Pourquoi avoir décidé de faire cela cette année?

En fait, ces expositions étaient prévues en 2017, année du 170e anniversaire de la création de la SJE. Des contraintes de temps et d’organisation nous ont poussés à les reporter d’une année.

Ces expositions touchent à leur fin (précisions sur le site www.sje.ch); quel bilan tirez-vous?

Je ne peux seul tirer le bilan de nombreuses manifestations, dont certaines sont encore à venir. Nous aurons l’occasion de le faire avec tous les acteurs qui se sont investis pour que les objectifs soient atteints: comité directeur, secrétaire générale, conservatrices des musées, stagiaires, autres bénévoles… Ce vaste projet nous a poussés à mener une réflexion profonde sur ce que nous voulions présenter au public et à mieux identifier quelques-uns de nos points forts et de nos points faibles.

Quels sont les prochains travaux sur lesquels va plancher la SJE?

Nous devons poursuivre nos activités de publication, même si cela devient de plus en plus difficile. Les deux grands projets annoncés, L’Armorial jurassien et La Nouvelle Histoire du Jura ne doivent pas porter préjudice aux autres éditions.

Enfin, il nous appartient de poursuivre nos efforts pour recruter de nouveaux membres et assurer le renouvellement de nos organes, si possible avec la jeune génération.

Propos recueillis par Élise Choulat, publié dans le N°463 du 6 septembre 2018

CARTE D’IDENTITÉ
Âge: 64 ans
État-civil: Marié, 3 enfants adultes, 6 petits-enfants
Domicile: Porrentruy
Formation: Maturité latin-grec, Brevet littéraire d’enseignement secondaire à l’Université de Berne
Emploi actuel: En retraite
Parcours professionnel: Enseignant durant 37 ans au Collège Thurmann à Porrentruy, dont 13 avec la charge de bibliothécaire puis 12 en qualité de directeur
Loisirs: VTT, marche, nature, lecture, jeux de lettres et de mots, plaisirs de la table… et SJE