La grande histoire de la petite chapelle de Lorette

Carte postale de la chapelle de Lorette à la fin du 19e siècle. © Coll. Musée de l’Hôtel-Dieu
Publicité

PORRENTRUY L’édifice est modeste par sa taille, mais grand par l’intérêt qu’il suscite depuis bientôt quatre siècles. La chapelle de Lorette fait l’objet d’un ouvrage signé par le Bruntrutain Michel Hauser, ancien chef de l’Office du patrimoine historique du Canton.

25 mars 1634. Alors que la guerre de Trente Ans déchire l’Europe depuis plus de quinze ans, Porrentruy est menacée par des troupes suédoises. Mais à l’heure où les militaires s’apprêtent à franchir les portes de la ville, un épais brouillard monte du sol, cachant la bourgade aux yeux des envahisseurs qui finiront par s’en aller sans heurts. Pour remercier la Vierge Marie de sa clémence, on décide de construire à l’endroit-même du miracle un petit édifice: la chapelle de Lorette.

Un livre, une évidence

Auteur de La chapelle de Lorette à Porrentruy au fil du temps paru dernièrement aux Éditions D+P, Michel Hauser est un habitué des lieux, puisqu’il habite le quartier depuis près de trente ans. «J’ai constaté depuis longtemps que le bâtiment était couramment fréquenté, explique-t-il. Je me suis alors dit qu’il y avait sans doute matière à le mettre en valeur.» L’ancien chef du patrimoine historique du Canton du Jura, alors à la retraite, commence ses recherches en 2015 et «les informations que j’ai trouvées, notamment dans les archives de la bourgeoisie et de la paroisse de Porrentruy, ont dépassé mes espérances», se réjouit-il. En résulte un ouvrage de 240 pages publié à 700 exemplaires fourmillant d’informations historiques, mais aussi culturelles et architecturales. Car non, l’intérêt pour la chapelle de Lorette ne réside pas uniquement dans son rôle sur le plan religieux.

Publicité

Des origines… italiennes!

Son nom d’abord. D’où vient-il? «Non, Lorette n’est pas un prénom, sourit Michel Hauser. Il s’agit d’un haut lieu de pèlerinage, Loreto, situé dans la province d’Ancône, en Italie. C’est là qu’aurait été transportée la maison de la sainte famille de Nazareth afin de la protéger des Sarrazins au 13e siècle. Mais à cette époque, faire un pèlerinage était une aventure, alors on a décidé de construire des répliques – plus ou moins aux mêmes dimensions que la demeure qui vit naître l’Enfant Jésus – , un peu partout dans l’Empire, en Allemagne, en Autriche, à Prague… et à Saint-Ursanne», rappelle l’historien qui précise que le 17e siècle est aussi celui de la Contre-Réforme des catholiques face au protestantisme. «Les Jésuites, présents à Porrentruy, ont d’ailleurs joué un grand rôle dans la construction de cette chapelle», souligne-t-il.

Comme une banque

Dans son ouvrage, Michel Hauser évoque également d’autres aspects moins connus de Lorette: «Aux 17e et 18e siècles par exemple, les recettes des messes fondées – durant lesquelles on récoltait de l’argent donc – étaient ensuite en partie réinjectées sous forme de prêts, un peu comme le ferait une banque. D’autres sanctuaires et d’autres institutions fonctionnaient comme ça, mais ça s’est particulièrement développé à Porrentruy. Jusqu’à la Révolution française où tout a été pillé, même la caisse!» On pourrait aussi vous parler de sa réhabilitation dès 1817, de son développement à l’approche des deux Guerres mondiales, du tableau de Léon Prêtre et de la fresque de Marcel Lapaire, de l’instauration du fameux pèlerinage régional de l’Assomption dès 1933 – et qui aura lieu demain! – ou de l’effondrement de la voûte en 1935… Mais le mieux, c’est de vous ruer sur l’ouvrage de Michel Hauser disponible sur le site internet de l’éditeur et dans certaines librairies de la région!

Elise Choulat

Un article publié dans notre édition du 14 août 2019.

Vous voulez nous soutenir? Le meilleur moyen reste de vous abonner: https://bit.ly/36QN5aC

Publicité