La maturité théâtre: un atout unique et atypique!

PORRENTRUY Elle a presque 25 ans et, malgré son jeune âge, elle a déjà connu son lot de tribulations. Cette année, la maturité théâtre du Lycée cantonal perdra Laure Donzé, figure incontournable de ce cursus. L’occasion de faire le point, à quelques heures de son spectacle annuel.

Assise à la table commune des loges de L’Inter à Porrentruy, elle a l’œil qui pétille et le sourire qui va avec. Dans une petite demi-heure, ses élèves, ses derniers élèves, vont arriver pour le filage de l’ultime spectacle qu’elle mettra en scène dans le cadre de la maturité théâtre du Lycée cantonal de Porrentruy. «Si je suis triste? Mais c’est clair que je suis triste!» Une réponse passionnée et entière, qui colle parfaitement au personnage. Laure Donzé est aujourd’hui et pour quelques semaines encore l’âme de cette formation pédagogique unique en Suisse et spécifique à l’établissement scolaire bruntrutain. Née en 1994 – la maturité, pas Laure Donzé –, elle accueille chaque année des élèves désireux d’embrasser un cursus artistique et de goûter à une autre manière de voir l’enseignement.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. «La maturité théâtre permet aux élèves de s’ouvrir, de prendre position, de s’exprimer et de se révolter, tout cela dans un cadre qui reste scolaire. Cette formation prend en compte l’ensemble de la personnalité de l’élève, c’est ce qui, à mon sens, fait toute sa richesse», explique Laure Donzé.

Dernières répétitions et dernières instructions pour Laure Donzé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Se mettre en danger

Un point de vue partagé, à quelques nuances près, par le directeur du Lycée cantonal Jean-Marc Scherrer: «Cette filière est très atypique. On n’y enseigne pas de la même manière que dans un cours de maths ou de physique. Il a d’ailleurs fallu que les enseignants s’habituent aux élèves qui, dans le cadre de performances, peuvent par exemple se mettre à crier dans les couloirs. Mais globalement, je pense qu’une telle formation où les élèves se mettent en danger et sont amenés à s’exprimer est positive pour l’ensemble de notre établissement.»

Un nouveau souffle

Après 15 ans d’enseignement au sein de la maturité théâtre, Laure Donzé quitte donc son poste pour de nouveaux horizons professionnels et pédagogiques. Mais pas sans un dernier spectacle. «On va jouer dès ce soir un texte de Wadji Mouawad, qui met en scène… des élèves de théâtre et qui, à partir d’un événement tragique, aborde les problématiques du changement et parle des histoires qui peuvent intervenir dans un groupe de jeunes…» Une mise en abyme parfaite pour un dernier lever de rideau. «Le texte est très fort et, puisque je pars, l’émotion en est décuplée!»

Les élèves de la maturité théâtre en pleine répétition.

Mais le départ de Laure Donzé ne sonne pas le glas de la matu théâtre. «Au contraire, je pense qu’il est temps d’y apporter un souffle nouveau. C’était mon premier job, j’y suis depuis 15 ans et je ne suis pas toute seule de toute manière.» Actuellement, la trentaine d’élèves, tous degrés confondus, qui fréquentent la maturité théâtre sont encadrés par deux enseignants, Laure Donzé et Frédérick Darcy. Une direction bicéphale qui convient. «Nous allons conserver ce principe qui est beaucoup plus enrichissant pour les élèves. Le poste de Laure a été mis au concours et quelqu’un sera nommé prochainement», note Jean-Marc Scherrer.

Et l’avenir?

Reste la question de l’avenir de cette formation spécifique à l’établissement scolaire bruntrutain. Une formation qui, on s’en souvient, avait failli disparaître en 2010 mais qui avait pu survivre grâce à une mobilisation populaire et politique sans précédent. «La maturité théâtre est un atout pédagogique fondamental pour le canton. C’est quelque chose que l’on met en avant dès qu’on le peut. Mais elle est toujours considérée comme un projet-pilote, donc nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles discussions au niveau fédéral», souligne le ministre de la formation Martial Courtet avant de poursuivre: «Pour l’instant, elle n’est pas menacée. Et chaque année qui passe, chaque diplôme distribué la rend un peu plus solide.» Chaque spectacle aussi, comme celui de cette fin de semaine, qui, hasard ou non, s’intitule très justement petites Victoires

Sébastien Fasnacht, le 26 avril 2018, N°446