La petite musique intérieure du peintre Claude-Alain Dubois

Claude-Alain Dubois devant l'une de ses œuvres récentes. Claire Jeannerat © Éditions L'Ajoie

PORRENTRUY Il a enseigné le dessin à des cohortes de jeunes Jurassiens. Retraité depuis dix ans, Claude-Alain Dubois est pourtant plus actif que jamais, entre sa carrière de peintre, sa vie de famille et son engagement à l’Université populaire, notamment.

Sur la porte, une affichette annonce «Yes we paint», clin d’œil au célèbre slogan de Barack Obama. L’intérieur tient la promesse: des pinceaux et des couleurs, une table à dessin, un cahier de croquis négligemment ouvert, des tableaux bien agencés… Pas de doute, nous sommes dans l’atelier d’un peintre, mais sans le désordre qu’on associe, un peu trop facilement peut-être, à la création artistique. «J’ai fait un peu de rangement», avoue Claude-Alain Dubois, l’œil pétillant sous sa crinière noire. Il a par exemple pris soin d’accrocher au mur ses œuvres les plus récentes, qui datent du début de l’année.

C’est qu’il peint sans cesse, Claude-Alain Dubois. «Peut-être un peu moins quand je sors d’une expo, corrige-t-il. Là il me faut toujours un moment pour m’y remettre.» Mais nous ne sommes pas dans une de ces périodes-là, puisque sa dernière exposition personnelle date de 2017 – c’était à la FARB à Delémont. Il crée donc beaucoup en ce moment, comme ce fut souvent le cas dans sa carrière: «La peinture, explique-t-il, est pour moi une forme de nécessité intérieure qui part d’une inquiétude. J’ai l’impression que si je ne peins pas, je perds pied.»

Tout vient du jazz

C’est pourtant la musique qui fut sa première passion: «Je suis un fan de jazz. Mon premier concert, c’était Louis Armstrong, j’avais 13 ans.» Un piano trône d’ailleurs en bonne place dans son atelier, il en joue «un peu», trop peu à son goût. Mais s’il «n’a jamais vaincu [son] appréhension de la théorie musicale», la faute à un professeur de piano un peu trop classique, Claude-Alain Dubois est toujours habité par la musique. «Ce qui m’intéresse dans le jazz, c’est le voicing, c’est-à-dire le choix des notes pour les accords.» Il se lève pour une démonstration – mais était-il assis? Car cet homme-là est aussi mobile que volubile. «C’est un peu ce que je fais dans mes tableaux, poursuit-il en désignant ses toiles. Je crée une base – parfois même je reprends d’anciens tableaux que je ne veux pas garder – et par-dessus cela je joue le jeu de l’improvisation.»

Né à Berne, grandi à Zurich, Claude-Alain Dubois est arrivé à Porrentruy en 1970, à la faveur d’un emploi de professeur de dessin au Lycée cantonal qu’il n’a quitté qu’en 2008, trente-huit ans plus tard. «Mais je suis un vrai-faux retraité, précise-t-il. D’abord parce qu’un artiste n’est jamais à la retraite, ensuite parce que j’ai un environnement jeune: mes enfants ont 19 et 20 ans, je côtoie leurs amis et les parents de leurs amis…»

Faire des liens

Ce n’est donc ni pour tromper l’ennui, ni par besoin de rester en prise avec la société que Claude-Alain Dubois donne de son temps, entre autres à l’Université populaire. Membre du comité de la section bruntrutaine depuis une dizaine d’années, il a aussi animé plusieurs cours d’histoire de l’art, dessin et portrait, ainsi qu’une conférence sur Dali et les surréalistes qu’il présentera d’ailleurs une nouvelle fois mardi à 20 heures au Musée jurassien d’art et d’histoire, à Delémont. «Mais j’ai changé le titre, car j’ai élargi le propos à l’avant-garde du 20e siècle. Je pars de Dali, mais ensuite je fais le lien avec d’autres mouvements. Faire des liens, c’est ça qui est intéressant, je le faisais d’ailleurs aussi quand j’enseignais. Dans la vie, les choses ne sont pas cloisonnées.» C’est un peintre amoureux du jazz, amateur de philosophie et de littérature et curieux de tout qui vous le dit.

Un article de Claire Jeannerat, publié le 21 février 2019, N°485