La Vacherie Mouillard, un havre de paix ouvert à tous

La chapelle a fêté ses 130 ans cette année. © Jura Pastoral
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COURGENAY Le domaine agricole se situe à un jet de pierre du village de Seleute, mais fait encore partie de la commune de Courgenay. La Vacherie Mouillard est un site exceptionnel qui a célébré en 2018 un anniversaire: les 130 ans de sa petite chapelle.

C’est un endroit bien connu des randonneurs, puisqu’à cheval entre le Clos du Doubs et l’Ajoie. La Vacherie Mouillard, située sur la chaîne du mont Terri et aujourd’hui dédiée à l’agriculture biologique, est une métairie historiquement intéressante à plus d’un titre. «La ferme possède une tourelle d’escalier datant de 1628. Ce type de construction est très rare pour une maison rurale, souligne Marcel Berthold, conservateur des monuments historiques du Canton du Jura. C’est signe d’une architecture soignée, peu courante dans ce genre de bâtiments.» Mais en 2018, c’est sur un autre élément du domaine que l’attention s’est portée: la chapelle, érigée il y a pile 130 ans.

Vestige du Kulturkampf

Dédiée à Notre Dame des Ermites, la chapelle de la Vacherie Mouillard est un petit édifice tout ce qu’il y a de plus simple. «Elle est d’un type commun, avec un bâtiment de style néo-gothique et un campanile», confirme Marcel Berthold. Plus que la structure, c’est l’époque de sa construction qui est intéressante: «Elle est érigée en 1888 par la famille Daucourt qui décide d’agrandir le petit oratoire existant. Nous sommes juste après le Kulturkampf, la situation s’est déjà apaisée. Mais le dernier tiers du 19e siècle a vu la construction de plusieurs de ces chapelles de campagne en-dehors des localités, comme à la Vacherie-Dessus à Roche-d’Or. L’idée était de créer des nouveaux lieux où le culte catholique romain pourrait se dérouler hors de portée du Conseil-exécutif bernois qui, pendant le Kulturkampf, avait relevé l’évêque de Bâle de ses fonctions et avait envoyé un clergé de remplacement, à sa solde. C’est dans ce contexte que ces chapelles privées ont vu le jour, pour avoir des endroits où dire la messe si ces événements revenaient.»

La chapelle de la Vacherie Mouillard est, paraît-il, ouverte jour et nuit! © Jura Pastoral
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Mais pas seulement! Pour Philippe Charmillot, responsable de l’Unité pastorale Saint-Gilles- Clos du Doubs, il faut également y voir une forme de reconnaissance: «Le Kulturkampf se termine, l’Église catholique-romaine, qui a été interdite pendant plusieurs années, a pu retrouver sa place au sein du Canton de Berne. Je pense qu’il y a aussi une dimension de remerciement.»

«C’est important qu’elle soit ouverte»

En 130 ans, le domaine de la Vacherie Mouillard a changé quelques fois de mains, passant de celles de la famille Daucourt à l’Évêché de Bâle pour être aujourd’hui la propriété de la famille Bebler qui exploite la ferme et se charge de l’entretien de la chapelle. «Au début, on n’était que fermiers, se souvient Régine Bebler. Après cinq ou six ans, le propriétaire a voulu vendre, alors on a acheté le domaine en 1984.» Pour la maîtresse des lieux, le petit édifice religieux revêt une importance toute particulière. «C’est une belle chose, et c’est très important pour nous qu’elle soit toujours ouverte. Elle est vieille et aurait besoin d’un coup de pinceau, admet-elle, mais on l’entretien tous les jours. On la nettoie, en été on met des fleurs. Il y a aussi des lumignons à disposition avec une boîte à côté, et on envoie l’argent à une bonne œuvre. Souvent, quand je passe, il y a des lumignons allumés…» Car la Vacherie Mouillard est un lieu de passage. «Elle est bien située, entre l’Ajoie et le Clos du Doubs, il y a souvent des marcheurs. Alors les gens y entrent, se reposent. En été, il y fait très frais dedans

Et des cérémonies? «Il n’y en a que très rarement, regrette Regine Bebler. En août, l’abbé Rebetez y a célébré une messe pour marquer l’anniversaire, mais c’était vraiment une exception. On peut les compter sur une main.» Quoi qu’il en soit, si vous passez par là, n’hésitez pas à pousser la porte, elle vous est, paraît-il, ouverte jour et nuit!

Élise Choulat

Article paru dans notre édition abonnés n° 478 du 20 décembre 2018

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