L’Ajoie, ce poste d’observation stratégique des combats de la Grande Guerre

Le poste d’observation nord du Largin, tel que reconstruit par les troupes du génie. © Hervé de Weck

BONFOL À l’extrême nord-est de l’Ajoie, un petit morceau de terre chargé d’histoire s’enfonce en territoire alsacien. Le Largin. Durant la Grande Guerre, il fut un poste d’observation hautement stratégique pour l’armée suisse. Aujourd’hui, une association fait tout son possible pour conserver intacte l’histoire de ce lieu.

Avec sa ferme, son hôtel et son restaurant, le Largin est, à l’aube de la Grande Guerre, un endroit couru de tous et connu loin à la ronde. Les repas du dimanche entre Ajoulots et Alsaciens font partie des rendez-vous à ne pas manquer, l’hôtel reçoit son lot de visiteurs et le paysan vit tranquillement du produit de son labeur. Puis vient le temps des tranchées, des bombes et des barbelés. Le Largin devient un territoire militaire. Le paysan est prié d’évacuer les lieux, les régiments s’y installent et le propriétaire du restaurant se lance dans une fructueuse carrière de contrebandier, au grand dam des douaniers de Bonfol.

Organiser la défense du pays

Mais sous le vernis de ce tableau presque trop romantique pour être vrai se cache une réalité beaucoup plus sombre. De par sa position géographique, le Largin devient, de 1914 à 1918, un poste d’observation fondamental pour l’armée suisse. Sur les terres ajoulotes, l’objectif de l’armée helvétique n’est pas de résister au potentiel envahisseur, mais d’anticiper ses intentions pour gagner du temps et organiser la défense du pays à partir des Rangiers. «Durant la Première Guerre mondiale, le Largin était un poste que beaucoup de mobilisés souhaitaient occuper: on pouvait y vivre la guerre sans véritablement y risquer sa peau.» Fin connaisseur de l’histoire militaire et de ses spécificités régionales, Hervé de Weck est également le vice-président de l’Association des Amis du Kilomètre 0, une structure franco-suisse qui a pour but de mettre en valeur les vestiges historiques de ce temps passé.


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Le poste sud du Largin, pendant la Grande Guerre. © Hervé de Weck

Voir à 50 kilomètres à la ronde

C’est ainsi qu’au Largin, l’un des deux postes d’observation a été reconstruit à l’identique et inauguré officiellement il y a quatre ans, grâce à l’aide des troupes du génie de l’armée suisse. «L’autre poste se situait dans un chêne. Il s’agissait d’un télescope posé à 25 mètres de hauteur qui permettait, par temps clair, de voir à plus de 50 kilomètres à la ronde». De quoi prévoir une invasion française et/ou allemande. Invasion qui n’aura jamais lieu. «Aujourd’hui, c’est facile à dire. Mais à l’époque, c’était une option envisagée très sérieusement. Et autant pour les Allemands que pour les Français, le Largin et l’Ajoie auraient pu représenter un passage idéal pour contourner les tranchées et prendre ©l’ennemi à revers», explique Hervé de Weck.

Une journée commémorative

Cette histoire, riche et complexe, les Amis du Kilomètre 0 ont à cœur de la mettre en valeur. Toute l’année, sur demande, ils baladent les intéressés sur ces champs de batailles, où fortifications bétonnées et vestiges de tranchées sont toujours visibles. Et le 22 septembre prochain, ils mettront les bouchées doubles pour organiser une grande journée commémorative, en marge du 100e anniversaire de l’armistice, à Bonfol tout d’abord puis, cela va de soi, sur les terres du Largin.

Un reportage de Sébastien Fasnacht, publié le 6 septembre 2018, N°463

Inscriptions à la journée du 22 septembre: herve.deweck@bluewin.ch


REPÈRES:
Date de création: 2000
Président: André Dubail
Vice-président: Hervé de Weck
Effectif (section suisse): 25 membres