L’Ajoie et ses orgues, un patrimoine remarquable

Gabriel Wolfer à l'orgue de l’église des Jésuites. Claire Jeannerat © Éditions L'Ajoie
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PORRENTRUY/SAINT-URSANNE Ils ont été construits dans les règles de l’art par des artisans héritiers d’un savoir-faire ancestral. Chacun d’entre eux est représentatif d’une école particulière. Ils sont dix, de Belfort à Bellelay en passant par l’Ajoie. C’est la Ligne des orgues remarquables.

Il est magnifique, l’orgue de l’ancienne église des Jésuites, même pour un œil non expert. Mais pour les musiciens et les mélomanes, il est bien plus que cela. Son conservateur Gabriel Wolfer en parle avec éloquence: «Il y a une qualité de toucher et de son, un raffinement… Ce sont des instruments, mais aussi des maîtres, car quand on en joue ils vous guident.» Ils? Ce sont ces orgues remarquables, reconnus comme tels par les spécialistes, qui se distinguent par la qualité exceptionnelle de leur facture – «À Porrentruy pas un seul clou de quincaillerie n’a été utilisé, seulement des clous forgés à la main», illustre Gabriel Wolfer – et par leur excellence dans un répertoire précis: «Cet orgue-ci est représentatif de l’école d’Allemagne centrale. On en rencontrait fréquemment de semblables à l’époque de Jean-Sébastien Bach.» C’est donc dans le répertoire des 17e et 18e siècles que la qualité de l’orgue des Jésuites se révèle pleinement. Et réciproquement: c’est sur un orgue tel que celui-là que les œuvres de Bach et de ses contemporains donnent leur pleine mesure. Ce n’est pas un hasard si une cinquantaine de disques ont été enregistrés aux Jésuites, certains par des musiciens venus d’aussi loin que le Japon ou l’Amérique du Sud.

Une richesse unique en Europe

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Des orgues de cette qualité, la région en compte d’autres. Celui de la Collégiale de Saint-Ursanne, tout d’abord. Tout aussi remarquable que celui des Jésuites, il en diffère par son âge (celui de Porrentruy date de 1985, celui de Saint-Ursanne de 1776) et par son style, représentatif de l’école française. Il y a aussi Bellelay et ses orgues de style Allemagne du Sud. Et il y a Beurnevésin, où sera inauguré l’an prochain (EDIT: l’inauguration a eu lieu au mois de de mai 2019) un orgue de style flamand.

Mais ce n’est pas tout. Car de l’autre côté de la frontière, d’autres orgues remarquables sont présents: trois à Belfort (styles français, nordique et italien) et un à Grandvillars (espagnol). L’éventail complet des écoles de facture d’orgue en Europe de la fin de la Renaissance à la période baroque. Une richesse unique sur le continent, que des passionnés (organistes, conservateurs, etc.) ont décidé de mettre en lumière sous l’appellation de Ligne des orgues remarquables: un clin d’œil aux lignes ferroviaires, en particulier celle qui relie Belfort à Bienne et qui suit à peu près le même tracé que celle qui relie, virtuellement, ces dix instruments.

Pour les gens d’ici aussi

Pour ses promoteurs, la Ligne des orgues remarquables est une corde supplémentaire à l’arc touristique de la région. Plusieurs projets sont envisagés, comme l’organisation de voyages thématiques. «Un professeur du Conservatoire de Paris qui aurait parlé de ces écoles avec ses étudiants pourrait ensuite venir ici et les leur faire découvrir sur un tracé d’une quarantaine de kilomètres, au lieu d’aller en Espagne, en Italie et en Allemagne!», souligne Gabriel Wolfer. Le potentiel est donc bien réel. Quant au financement, il fait l’objet d’une demande de fonds Interreg (un programme de soutien à la coopération franco-suisse), affaire à suivre.

Mais ce projet est «aussi fait pour les gens d’ici», le conservateur de l’orgue des Jésuites et organiste titulaire de celui de Saint-Ursanne y tient. «Au moins un week-end par année», un événement tout-public sera organisé. L’occasion de découvrir un pan du patrimoine régional certainement trop peu connu.

Claire Jeannerat

Article paru dans notre édition abonnés n° 464 du 13 septembre 2018

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