L’Ajoie, royaume canin

Les chiens sont comme chez eux en Ajoie. © Alexia Tantardini-Sutterlet
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DISTRICT Avec un chien pour 7,8 habitants, le Jura est le canton le plus cynophile de Suisse, nous apprenait une statistique en fin d’année 2019. À l’autre extrémité se trouve le canton de Bâle-Ville, avec un chien pour 38,4 personnes. Et l’Ajoie dans tout ça? Eh bien elle se situe dans la moyenne jurassienne, avec tout de même d’importantes disparités entre les communes.

Les Ajoulots aiment les chiens. Ce n’est pas une impression, non. C’est un fait statistique. Car, ainsi que la loi l’exige, nos amis à quatre pattes sont tous répertoriés dans des registres communaux. Ce qui permet, en croisant ces chiffres que nous avons collectés auprès des administrations avec la statistique de la population la plus récente (fin 2018), d’arriver à cette conclusion: avec 2774 chiens pour un total de 24’400 habitants, soit une moyenne d’un chien pour 8.8 habitants, le district de Porrentruy est véritablement cynophile. À titre de comparaison, selon une enquête publiée par le site comparis.ch fin novembre 2019, on compte un chien pour 25.3 habitants dans le canton de Zurich. Et à Bâle-Ville, un chien pour 38.4 personnes – c’est le canton où la densité canine est la plus basse de toute la Suisse.

Beurnevésin et Fahy, les champions

Les Ajoulots ne se distinguent pas véritablement des autres Jurassiens: la moyenne cantonale, toujours selon comparis.ch, s’élève à un chien pour 7.8 habitants. Le Jura est ainsi le canton le plus cynophile de Suisse. Mais certaines communes ajoulotes font bien plus fort encore: à Beurnevésin, on recense ainsi un chien pour trois habitants! Et ce n’est pas la présence d’un élevage de bouviers de l’Entlebuch qui explique cette forte densité: «La propriétaire de l’élevage n’a que deux chiens enregistrés, note la secrétaire communale Karine Gury. Les petits partent très vite, ils n’entrent jamais dans le registre. Mais on a beaucoup de citoyens qui possèdent deux chiens, ça fait vite grimper la moyenne!»   

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Il en va exactement de même à Fahy, où la densité canine atteint un chien pour 3.8 habitant. Là encore, le village compte un élevage. Mais là encore, ce n’est pas de ce côté que se situe l’explication: «On a vraiment beaucoup de chiens au village, constate la secrétaire communale Séverine Rondez. Et je peux vous dire que ça a diminué, à une époque on en avait passé cent! (nonante début 2020, ndlr). Certaines personnes en ont plusieurs, parfois même jusqu’à quatre.» Pas de doute, les habitants de Beurnevésin et Fahy sont vraiment les champions de la cynophilie.

Une taxe modérée

À l’inverse, Porrentruy est, et de loin, la commune où les chiens sont le moins appréciés: on n’en dénombre qu’un pour 17.6 habitants. C’est aussi celle où la taxe des chiens est la plus élevée, et d’assez loin encore une fois: 100 francs par an et par animal. De là à faire un rapprochement entre ces deux informations, il y a cependant un pas qu’il ne serait pas judicieux de franchir. Car pour en revenir une fois encore aux données de comparis.ch, le lien entre le montant de la taxe et la densité canine dans les cantons n’est pas avéré. Dans les cantons de Nidwald (un chien pour 25,5 habitants) et de Zoug (un chien pour 25,9 habitants), par exemple, le nombre de chiens est faible, et pourtant la taxe y est plutôt basse. Et puis les esprits cartésiens l’auront déjà calculé, il en coûte plus cher de posséder quatre chiens, et même deux, à Fahy où la taxe s’élève à 60 francs, qu’un seul à Porrentruy.

Malgré des différences notables, il n’y a pas de lien évident entre le montant de la taxe et le nombre de chiens dans une commune. Laetitia Dell’Estate © Éditions L’Ajoie

Le fait est cependant que la taxe des chiens est peu élevée dans le district de Porrentruy. Elle se monte en moyenne à 53 francs 80, bien loin du maximum de 130 francs autorisé par la loi cantonale et qu’applique depuis le début de l’année la ville de Delémont; bien loin aussi des 190 francs perçus par la ville de Lausanne, ou encore des 320 francs exigés par la ville de Bâle pour un deuxième chien (il n’en coûte «que» 160 francs pour le premier)!

Le chef-lieu mis à part, la taxe varie dans le district entre 30 (à Boncourt et Vendlincourt) et 70 francs (Clos du Doubs, Fontenais, Haute-Ajoie et La Baroche). Quelques communes pratiquent par ailleurs un tarif différencié selon que le chien vit dans une ferme isolée ou à l’intérieur de la localité. Lugnez offre même, c’est un cas unique, la gratuité pour leur premier chien aux habitants de l’unique ferme isolée du village. C’est aussi la seule commune qui propose un «prix de gros»: au-delà de dix chiens, elle perçoit un forfait de 500 francs, pour une taxe individuelle de 45 francs. «On a eu un habitant qui avait 48 chiens», explique la secrétaire-caissière Jacqueline Klötzli. Une histoire qui appartient au passé: Lugnez compte aujourd’hui en tout et pour tout 35 chiens, ce qui n’est déjà pas mal pour un village de 186 habitants. Ce ne sont pas les Bâlois qui nous contrediront.

Claire Jeannerat 

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Le canton augmente sa part de la taxe

Plusieurs communes ajoulotes ont augmenté leur taxe des chiens en 2020, le plus souvent d’un montant de 10 francs. Elles répercutent ainsi une hausse de la part cantonale de cette taxe, qui passe de 10 à 20 francs. Une hausse que le Gouvernement justifiait, lorsqu’il en a fait la demande au Parlement, par une «tendance croissante du nombre de dossiers traités dans le domaine de la protection des animaux de compagnie». Le Service de la consommation et des affaires vétérinaires, expliquait-il, doit traiter les cas de détention inappropriée ou illégales, maltraitance, blessures par morsures ou encore comportements agressifs, ce qui implique «tant une allocation de ressources humaines qu’une logistique non négligeables». Du côté des communes, le produit de la taxe est principalement affecté à la tenue du registre et à la facturation… de la taxe. Au vu de ce qui précède, ce n’est certainement pas demain la veille que les Jurassiens voteront sur l’abolition de la taxe des chiens, comme l’ont fait les Genevois au début du mois de février. Le projet était défendu par la droite, qui considérait cette taxe comme injuste et discriminatoire, le chien étant le seul animal de compagnie à être soumis à un impôt. Mais deux tiers des votants ont rejeté cette proposition. CLJ 

Article paru dans notre édition abonnés n° 537 du 19 mars 2020

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