L’art et la politique aux cimaises de la Galerie du Faubourg

Conny Wagner à l'heure de l'accrochage. Claire Jeannerat © Éditions L'Ajoie

PORRENTRUY Après Washington, Hambourg et Lucerne, la Galerie du Faubourg accueille ces jours l’exposition «Conversations politiques: esquisses en route avec Andi Gross» de l’artiste allemande Conny Wagner. Où l’on suit les pérégrinations de l’ancien Conseiller national, aujourd’hui établi à Saint-Ursanne, dans plusieurs pays européens à l’occasion de récentes élections.

L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence française en 2017, la plupart d’entre nous l’ont suivie via leur petit écran. Idem pour les élections fédérales allemandes qui ont permis à Angela Merkel d’obtenir un quatrième mandat de chancelière. Conny Wagner, elle, était sur place, aux côtés de son compagnon d’alors Andreas Gross, ancien Conseiller national et ancien élu au Conseil de l’Europe, journaliste, écrivain et fondateur de L’atelier pour la démocratie, qui vit à Saint-Ursanne. Tous les deux avaient été mandatés par la Basler Zeitung, lui comme chroniqueur chargé de prendre le pouls de ces pays (auxquels il faut ajouter l’Écosse et l’Angleterre) dans ces périodes si particulières que sont des élections, elle comme illustratrice.

«Il interviewait des personnes dans la rue, dans les cafés, pour leur demander leur opinion sur la situation du pays, sur leurs souhaits, explique Conny Wagner. Moi, j’observais et je photographiais.» À partir de ces clichés, l’artiste d’origine allemande, mais qui est née et a grandi dans le Canton de Lucerne, réalisait ensuite des dessins que la Basler Zeitung publiait avec les textes d’Andreas Gross. «On travaillait chacun de son côté et c’est dans le journal que chacun découvrait le travail de l’autre», s’amuse-t-elle.

Mais où sont les Allemandes?

C’est ce travail qui a servi de base à l’exposition «Conversations politiques: esquisses en route avec Andi Gross», visible depuis samedi passé à la Galerie du Faubourg, à Porrentruy. Conny Wagner y présente des peintures à l’acryl réalisées à partir de ses dessins de voyages, complétées par d’autres tableaux sur le même thème: deux élus lucernois en grande discussion dans la salle des pas perdus du Palais fédéral à Berne, une scène qui illustre une récolte de signatures dans la rue, et ces hommes endormis dans un train, une métaphore de la société selon cette artiste engagée: «Cela illustre ce qui arrive quand on ne se parle pas: on s’endort et le train part sans qu’on s’en aperçoive!»

Car Conny Wagner ne se contente pas d’illustrer: elle analyse aussi. Et de ses pérégrinations avec Andreas Gross, elle retient plusieurs observations: «C’était très intéressant de voir la différence entre les pays. En France les gens parlent facilement, ils disent ce qu’ils ont sur le cœur, les femmes comme les hommes. En Allemagne, on n’a pas pu trouver une seule femme qui soit d’accord de nous parler! Et les hommes que nous avons rencontrés étaient résignés, tristes. En Angleterre et en Écosse, par contre, malgré les grandes difficultés qu’ils ont dans la vie quotidienne, les gens n’ont pas perdu leur joie de vivre.»

En contrepoint à cette partie de l’exposition, d’autres esquisses, petit format celles-là, occupent la seconde salle de la galerie. On y suit encore une fois Andreas Gross dans ses divers déplacements, que ce soit en vacances au bord de la mer Baltique ou en Turquie lors d’une rencontre avec le président Recep Tayyip Erdogan. Comme si le monde entier s’était tout à coup donné rendez-vous dans une galerie bruntrutaine.
Un article de Claire Jeannerat, publié le 28 juin 2018, N°455
Galerie du Faubourg, jusqu’au 5 juillet, tous les jours de 18h à 20h