L’art optique pour transformer le tangible en illusions

Des formes, des couleurs et des calculs, un terrain de jeu infini pour Youri Messen-Jaschin. Sébastien Fasnacht © Editions L’Ajoie

PORRENTRUY Youri Messen-Jaschin est un maître de l’art optique. Ses œuvres, visibles au POPA à partir de samedi, sont de véritables labyrinthes visuels qui ne révèlent leurs secrets qu’après plusieurs coups d’œil. Un art atypique et singulier à ne pas mettre devant tous les yeux…

C’est avec un sourire malicieux aux lèvres, des chaussures de couleurs différentes aux pieds et un quelque chose d’enfantin dans la voix que l’hôte actuel du Porrentruy Optical Art, POPA pour les intimes, nous accueille. Le truc qu’il aime, lui, l’artiste de renommée mondiale, c’est de jouer avec le public. Un jeu fait de formes et de couleurs. Un jeu dont les règles changent à chaque regard. Un jeu que l’on appelle l’art optique. Youri Messen-Jaschin est un maître de cet art si particulier. Enfin presque. «J’ai 77 ans. Peut-être que quand j’aurai 250 ans, j’atteindrai enfin les limites de mon art. Pour l’instant, je me contente de continuer mes explorations!»

Choisir son angle et prendre le temps

Déroutant au premier abord, fascinant pour celui qui s’y penche avec un tant soit peu d’intérêt, l’art optique tel que le pratique l’artiste suisse transforme des calculs mathématiques en illusions d’optique. Une magie qui transforme le tangible en trompe-l’œil. Prenons un exemple pour mieux comprendre: une sculpture faite de plusieurs couches successives de plexiglas sérigraphié, de couleurs différentes. Suivant où l’on se trouve et comment on la regarde, on y verra apparaître des lignes, des formes et des couleurs invisibles au premier coup d’œil. «Il faut choisir son angle, il faut prendre le temps. Regarder plusieurs fois, revenir, repartir. A chaque fois, quelque chose de différent apparaît. Et vous savez qui sont les plus forts pour voir toutes ces choses? Les enfants! Parce qu’ils n’ont pas encore le cerveau trop déformé!» Car c’est effectivement le cerveau, qui, en traduisant ce que l’œil prend en photo, permet ou non au spectateur, de saisir les subtilités du travail de Youri Messen-Jaschin.

Douleurs physiques et malaises

C’est vrai, cette description laisse flotter un certain flou autour de l’art optique et on pourrait aisément se dire qu’il s’agit d’une lubie de plus, inventée par des artistes en mal de reconnaissance. Eh bien non, l’art optique et la manière dont il est perçu par les gens est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Depuis trois ans, Youri Messen-Jaschin mène une étude au CHUV de Lausanne avec des spécialistes en neurosciences qui tentent, IRM à l’appui, de décrypter les réactions de l’esprit devant ces illusions artistiques. «Face à l’art optique, certaines personnes particulièrement sensibles peuvent ressentir des douleurs physiques, notamment des migraines, ou faire des malaises. Nous essayons de comprendre pourquoi!»

Jouer avec l’art optique

Un art tout ce qu’il y a de plus cartésien donc, mais qui provoque des réactions inattendues. «Il y a un tableau dans l’exposition qui, grâce au jeu des formes et des couleurs qui s’y trouvent, ne sera jamais droit. Je me souviens qu’un collectionneur a essayé en vain, en le tournant dans tous les sens, de le mettre droit. Il n’y arrivera jamais!» rigole Youri Messen-Jaschin. Et que dire de cet autre tableau en noir et blanc qui, suivant la manière dont on le regarde, laisse apparaître de subtiles nuances de couleur? Autant de mystères optiques et artistiques avec lesquels il est possible de jouer jusqu’au 20 mai prochain au POPA de Porrentruy.

Du samedi 21 avril au dimanche 20 mai. Ouvert les samedis et dimanches de 10h à 18h.

Un article de Sébastien Fasnacht, publié dans notre N°445 du 19 avril 2018