Le bison, un ancêtre pour assurer l’avenir

La saison des naissances a commencé au parc des bisons de Boncourt. Élise Choulat©Éditions L’Ajoie
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BONCOURT On les croirait tout droit sortis de la grotte de Lascaux. Et pourtant, malgré leur silhouette archaïque, les bisons de Michel Prêtre sont bel et bien de notre époque. Élevés principalement pour leur viande, ils sont également devenus une attraction touristique renommée. Retour sur un concept de diversification agricole rare en Suisse mais qui a fait ses preuves.

Impossible de les rater pour celui qui arrive à Boncourt par l’autoroute. À gauche de la route d’abord, puis un peu plus loin à droite, les bisons sont rois dans les pâturages de l’ouest boncourtois. L’histoire de ces bovidés ajoulots aux origines américaines commence dans les années 90. Michel Prêtre est agriculteur. Dans son exploitation, il élève des vaches. Alors qu’il est à la recherche de fourrage, il se rend dans une ferme près de Genève. «Mon collègue venait d’importer des bisons d’Amérique, se souvient-il. Ça m’a fait tilt.» Pendant plusieurs années, il suit l’évolution de l’exploitation du bout du lac. Mais pour lui, impossible de se lancer: ses terres sont morcelées et trop petites pour accueillir de ces grands ruminants. Il faudra attendre le remaniement parcellaire de 2003 pour que le rêve devienne réalité.

3,5 kilomètres de clôture

«Au début, en septembre 2004, j’ai fait venir treize bêtes de Genève, puis j’en ai importé six autres directement des États-Unis (l’exploitation en compte une soixantaine aujourd’hui, ndlr). Mais avant cela, il a fallu faire les clôtures.» Car même si, comme les vaches, les bisons ruminent, ont des cornes et meuglent, ce ne sont pas des vaches! «Pour des raisons de sécurité, les barrières électrifiées font deux mètres de haut. Car les bisons restent des bêtes sauvages qu’on ne peut pas approcher. Ils vivent toute l’année dehors, et les soins se limitent à leur donner du fourrage en hiver et à les vermifuger tous les trois mois.» Pour les tuer, pas question de les emmener donc à l’abattoir. «Le boucher du village vient directement les tirer au pâturage», précise l’éleveur.

Un bisonneau de quelques jours auprès de sa mère. Élise Choulat©Éditions L’Ajoie
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Moins gras, plus tendre

Car, même s’il organise régulièrement des animations dans son grand tipi et qu’il fait volontiers visiter ses parcs aux visiteurs, c’est avant tout pour la viande que Michel Prêtre a décidé de se lancer dans le bison. «Nous tuons une vingtaine de bêtes par année. La majeure partie est vendue comme viande crue, en steaks, filets ou autres; le reste est transformé en saucisses, en terrines ou en merguez. Nous écoulons la moitié de notre production en Ajoie, l’autre moitié part dans des restaurants, chez des traiteurs ou chez des grossistes à Zurich et à Genève.» Et le marché se porte bien! «Il faut dire que la viande de bison est reconnue pour être saine, car moins grasse que le bœuf, assure-t-il. Elle est aussi plus goûteuse et plus tendre. La demande est là; le problème, c’est l’espace. Pour agrandir le cheptel, il faudrait plus de terrain. L’idéal serait un partenariat avec un autre agriculteur, mais sur le long terme, car l’installation des clôtures est un investissement conséquent.» L’appel est lancé.

www.jura-bison.com

Reportage réalisé par Élise Choulat, le 9 mai 2018, N°448

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