Le gardien du patois ajoulot

Le patoisant Michel Cerf aime aussi travailler le marbre. © Manuel Montavon

PORRENTRUY Michel Cerf met sa retraite à profit pour perpétuer la langue de nos aïeux. Cet «Aidjolat» pur souche, sculpteur à ses heures, est notamment à l’origine de l’illustration sonore du Glossaire des patois de l’Ajoie. «L’Micou» sera de retour l’an prochain dans nos colonnes avec ses chroniques.

Très appréciée, la chronique dédiée au patois de notre région fera son retour dès l’an prochain dans votre Journal L’Ajoie. Toujours sous la plume de Michel Cerf, alias «L’Micou», qui se fera un plaisir de distiller à nouveau ses anecdotes et autres petites histoires.

Retraité et établi à Porrentruy depuis 16 ans, Michel Cerf a eu une vie très active, qui l’a vu notamment enseigner durant 40 ans comme maître de soutien à Courgenay. Il fut caissier de la Banque de Courgenay et s’est également beaucoup investi dans la vie politique. Membre de la Constituante entre 1977 et 1979, l’élu PDC fut aussi membre du Parlement durant huit ans et président de ce dernier en 1993. «On s’était chamaillé à l’époque à propos de la mention du patois dans la Constituante, ce qui a été fait», se réjouit-il.

Militant séparatiste, il a présidé la section de Courgenay du Rassemblement jurassien (RJ) et reste aujourd’hui délégué du Mouvement Autonomiste Jurassien (MAJ).

Le patois à la retraite

C’est à la retraite que Michel Cerf s’est véritablement remis au patois. Une langue qu’il a apprise enfant dans la ferme familiale de Roche d’Or où il a grandi avec sa sœur et son frère. «Mes parents la parlaient entre eux quand ils ne voulaient pas qu’on les comprenne, comme souvent à l’époque, sourit-il. Par contre, beaucoup de gens de Haute-Ajoie venaient à la maison et parlaient le patois. Gamin, on comprend vite et j’ai toujours gardé les sonorités dans ma tête.»

Aujourd’hui, pour s’exercer, il le parle à chaque fois que l’occasion se présente, en famille, au magasin, dans la rue. «Et pour me perfectionner, j’utilise surtout les deux dictionnaires de Simon Vatré et de Jean-Marie Moine édités par la Société Jurassienne d’Emulation. Ce sont mes livres de référence, surtout quand j’écris.»

On mentionnera aussi que Michel Cerf est le créateur du site jurapatois.ch, sur lequel on peut retrouver plus de 10’000 mots et expressions qu’il a compilés et enregistrés avec sa voix durant près de 18 mois à partir du Glossaire des patois de l’Ajoie, de Simon Vatré.

Avec les Patoisants

Michel Cerf apprécie tout particulièrement de partager sa passion avec ses amis de l’Amicale des Patoisants d’Ajoie et du Clos-du-Doubs, dont il est secrétaire et membre de la chorale. «On s’appelle tous entre nous par nos sobriquets, il y a Le Bian, Le Gros de Bure, Lo P’tèt, Dodelé, etc., c’est assez cocasse.»

«L’Micou» réalise également chaque année les décors du théâtre et le programme des «Lôvrèes», les soirées-spectacles des Patoisants, dont les huit prochaines représentations sont d’ailleurs agendées à fin janvier et début février 2019, toujours à Charmoille. On peut déjà dévoiler qu’il s’agira toujours d’une pièce de boulevard  «r’chiquèe» par Michel Choffat et qui aura pour titre «Poueres hannes» («Pauvres hommes»): tout un programme, qui sera précédé de productions de la chorale.

Sculpteur et concepteur

A 77 ans et trois fois grand-papa, Michel Cerf est donc un homme bien occupé, qui exerce aussi ses talents de sculpteur, sur marbre et sur bois. «J’aime bien taper sur les cailloux», plaisante-t-il. En plus de ses créations qui ornent son jardin, Michel Cerf a aussi réuni les sculptures disséminées à Porrentruy, ainsi que celles d’autres artistes, sur son site www.allaine.com. Celui-ci regorge d’autres informations sur les fontaines et les enseignes de la ville, notamment.

En attendant de le retrouver l’an prochain sous la forme d’une chronique mensuelle dans notre édition papier et également de manière régulière sur notre site internet, «L’Micou» vous souhaite de Boénnes Fétes de Nâ èt di Bon An!

Un portrait de Manuel Montavon, publié dans notre numéro trimestriel du 6 décembre 2018, N°476