Le rappeur Nepthune, des apparences aux profondeurs

Nepthune incarne une génération d'artistes qui diffusent leur art par le biais des réseaux sociaux comme Facebook ou Instagram. Alessandro Forte © GNK
Publicité

PORRENTRUY Dans les rues jurassiennes, on commence à l’interpeller par son blase: Nepthune. Les premiers signes du succès ? C’est que, sur la toile, plusieurs clips du rappeur bruntrutain ont largement dépassé les 15’000 vues. Rencontre avec un jeune homme travailleur et plein d’humour qui tente de percer dans le milieu du hip hop helvétique.

Dans une semi-obscurité, nous descendons prudemment les marches menant à la cave du domicile de la famille Zola, route de Belfort. Nolan, 6 ans, le petit frère du rappeur passe la tête par l’embrasure d’une porte donnant sur le hall d’entrée, curieux de savoir ce qui se trame. Nepthune éclaire le chemin et nous ouvre la porte de son royaume… « Sur les vidéos, ça paraît plus grand », observe-t-il, nous invitant à pénétrer dans son studio. Bryan Zola, 22 ans, fils d’immigrés congolais et troisième d’une famille de quatre enfants, semble détendu mais impatient de vivre l’expérience. Dans la minuscule pièce de quelques mètres carrés, synthés, guitares, tables de mixage – et tout le matériel nécessaire pour enregistrer et diffuser ses chansons – remplissent une bonne partie de l’espace. Deux sofas douillets occupent le reste. À quelques mètres de cette cave, une cabine acoustique « faite main » permet au jeune homme de s’isoler pour poser ses rimes sur le beat. Il est environ 22h30.

Les passions du jeune homme, la musique et le football, le maintiennent toujours sur la brèche. Après une journée passée à l’Hôpital de Porrentruy où il accomplit son service civil en tant qu’assistant en physio et ergothérapie, Bryan avait rendez-vous avec son équipe, les SR Delémont, pour disputer un match, avant de pouvoir démarrer l’interview. « Tout a commencé en 2014. J’ai été nominé pour un concours freestyle sur Facebook. Ensuite, je me suis lancé. J’ai créé un profil au nom de Nepthune et une chaîne sur la plateforme Youtube afin de pouvoir partager ma musique avec le public », explique-t-il.

Petit frère

Publicité

Bryan est bercé par la musique rap depuis son plus jeune âge ; ses grands frères jumeaux, Jimmy et Jonathan, co-fondateurs du groupe RDB Style, ont connu un certain succès dans la région dans les années 2000. «Quand j’étais petit, je descendais à la cave qui leur servait de studio. Je ne comprenais pas forcément tout ce qu’il se passait, mais je savais qu’ils faisaient de la musique et qu’ils étaient cools ! Je me revois encore sur scène avec mes frères lors d’un de leurs concerts. J’étais fier ! », évoque-t-il avec un large sourire. « Il sont ma plus grande source d’inspiration et ces expériences ont grandement façonné la personne que je suis aujourd’hui. »

Désormais, ses grands frères ont quitté le devant de la scène, mais l’accompagnent et l’épaulent dans sa démarche artistique. Jonathan, en tant que DJ, le seconde presque toujours sur scène. Jimmy, quant à lui, compose, mixe et masterise une grande partie de ses instrumentales. « Quand ce n’est pas lui qui compose pour moi, j’ai recours à des sons qu’on peut acheter sur Internet. Quand je trouve quelque chose qui sonne bien, qui me parle ; je n’hésite pas», précise Nepthune.

Amis et racines

La gare de Porrentruy, le parking souterrain de l’Esplanade, la Galerie du Faubourg ou les toits de la ville… Dans la plupart de ses clips, le rappeur bruntrutain se met en scène au cœur de la cité qui l’a vu naître. Il tient à faire rayonner Porrentruy, à la montrer sous un jour différent. Il sait se l’approprier. « Porrentruy, c’est nous, c’est moi, c’est là où nous sommes nés, pour la plupart. J’aime la représenter, la mettre en valeur. »

Ce « nous », c’est la bande de potes qui gravitent autour de Bryan. Le collectif d’inséparables s’appelle GNK et comprend Alessandro Forte, Jordy Prince-Mawete, tous deux de Porrentruy, et Ymran Sofra, de Alle. « On passe tout notre temps ensemble, ils m’aident, me conseillent et exercent leurs talents sur les tournages des clips», insiste Bryan.

Versatilité et identité

Dans son style, on sent les sources d’inspiration multiples dont se nourrit le rappeur. Bien qu’il s’inscrive clairement dans la mouvance rap des années 2010, il pose son flow précis et percutant sur des instrumentales tantôt très actuelles et synthétiques allant jusqu’à l’Afro Trap ou à l’utilisation de l’auto-tune, tantôt plus mélodiques et teintées de mélancolie, rappelant le rap français du début des années 2000. « J’adore les sons Boom Bap, livre-t-il, et d’ailleurs, ils seront plus présents dans ma nouvelle mixtape, un projet qui sortira fin mars». À l’écoute, l’artiste semble encore être à la recherche de sa propre identité sonore. En attendant, il impressionne par sa versatilité.

Certaines thématiques reviennent constamment à travers rimes et punchlines de Nepthune: l’argent, la famille, l’amitié et les filles… Nous l’avons interrogé sur ses valeurs et, là encore, le rappeur peut surprendre : « Depuis toujours, je baigne dans la religion protestante, grâce à l’éducation de mes parents. Ainsi, ils m’ont transmis certaines valeurs issues de la Bible : aimer son prochain comme soi-même, savoir pardonner, éviter les influences néfastes et rester positif. Plus que tout, mon moteur, c’est l’amour. Donner et recevoir, c’est pour ça que je vis, je pense », dévoile-t-il. Un garçon tout en complexité, dont on devine – derrière les apparences – les profondeurs insoupçonnées.

VERSION LONGUE d’un article de Laetitia Dell’Estate, publié dans le N°485 du 21 février 2019

Découvrez le studio de Nepthune et retrouvez-le dès à présent sur notre page Facebook @journallajoie pour une interview vidéo sur le thème de l’argent

Publicité