Les déboires du trial ajoulot

En trial, le but est de franchir des obstacles sans poser le pied par terre.Jean-Pierre Quenin © Moto-Club Les Grottes

RÉCLÈRE Il fut un temps où le Jura brillait dans le monde du trial. En Ajoie, les amateurs de ces courses d’obstacles à moto avaient même leur terrain d’entraînement en Haute-Ajoie. Mais ça, c’était avant 1993, avant que la législation fédérale ne fixe des interdictions. Depuis, le Moto-Club Les Grottes, basé à Réclère, survit tant bien que mal.

Dominique Guillaume, sept fois champion suisse; André Buchwalder trois fois, tout comme Guedou Linder. «On peut aussi ajouter Marcel Widmer, deux fois, ou les frères Monnin qui doivent bien comptabiliser une demi-douzaine de titres à eux trois. En Ajoie, on a aussi eu trois titres de vice-champion national, avec mon frère, Jacques Aebi.» Il est nostalgique, Christian Aebi, le président du Moto-Club Les Grottes de Réclère. Car depuis une vingtaine d’années maintenant, le moto trial rencontre par chez nous d’importantes difficultés.

Des compétitions de haut niveau

Pourtant, tout avait bien commencé. «Si on évoque la naissance du Moto-Club Les Grottes, on doit parler de Georges Froté. C’est lui qui a allumé la première étincelle, se remémore Christian Aebi. Il ne faisait pas de trial, mais de la moto de tourisme. Et des motards, à cette époque, il n’y en avait presque plus! De mon côté, j’étais tout jeune, et j’avais envie de faire un sport mécanique, sans savoir exactement lequel. En apprentissage, un de mes collègues m’a parlé de trial; je me suis dit pourquoi pas. Je m’étais déjà amusé à passer des obstacles en équilibre sur mon vélo, mais aussi avec un vélomoteur que j’avais “schindé”, alors j’ai décidé de m’acheter une moto. J’ai eu la chance de reprendre celle du champion de Suisse», sourit-il aujourd’hui. Voyant cela, Georges Froté lance l’idée de créer un club. Ainsi naquit en 1976 à Réclère le Moto-Club Les Grottes.

À la naissance du club en 1976, les frères Aebi s’entraînaient… sur un vélomoteur!© Moto-Club Les Grottes

«Au départ nous étions deux, puis d’autres se sont rapidement joints à nous, nous sommes même passés à 30 ou 40 membres dans grandes années», poursuit le président. Dans le même temps, l’équipe de passionnés de Haute-Ajoie organise le premier Trial d’Ajoie, une manche du Championnat jurassien. «Puis dès 1978 et jusqu’en 2006, nous avons mis sur pied quasiment chaque année une manche du Championnat suisse, à une ou deux exceptions près. Nous avons même mis sur pied une manche de la Coupe d’Europe sur motos anciennes! Nous avions un circuit en Haute-Ajoie à cheval sur les communes de Damvant, Réclère et Roche d’Or.»

 

Le couperet fédéral

Mais en 1993, c’est le coup de massue. Une nouvelle loi fédérale sur la protection des forêts entre en vigueur et interdit tout trafic motorisé dans les bois. «Comme nous étions un club sérieux et bien structuré, nous avons entrepris toutes les démarches pour obtenir l’homologation de notre circuit. Mais une fois que nous avons eu l’autorisation du canton, nos détracteurs nous ont traînés devant les tribunaux… Ça a duré jusqu’en 2006 et depuis, nous sommes privés de terrain d’entraînement. Il ne faut pas s’étonner si la moto sauvage a recommencé…», regrette Christian Aebi, amer.

Pour s’adonner à leur sport, les trialistes ajoulots désormais doivent se rendre en France, du côté de Pont-de-Roide. «On a la chance d’être assez près, mais ça fait quand même des trajets en plus, c’est pas franchement plus écolo…» Malgré tout, Christian Aebi a des projets. «Après une vingtaine d’années en moto ancienne, j’ai décidé de reprendre cette année une licence officielle suisse pour concourir en catégorie Open. Parce que je ne peux plus m’aligner aux côtés des meilleurs, je suis quand même dans ma 65e année!». Et le club dans tout cela? «On pourrait imaginer refaire un circuit comme avant, sur la frontière, mais avec un départ sur France. Par contre, je laisse ça aux jeunes.» Des jeunes qui, visiblement, semblent d’une certaine manière préparer la relève: «Il y a actuellement certains gosses, des enfants de nos membres, qui ont pris bon pied… dans le vélo trial! Et eux, on ne peut pas les empêcher d’aller en forêt!»
Un reportage d’Élise Choulat, publié le 7 mars 2019, N°487

REPÈRES
Date de création: 1976
Président: Christian Aebi
Comité: Barbara Blum, caissière; Jacques Aebi et Fernand Nappez, membres
Effectif: 18 membres