Les écrits de Djôsèt Barotchèt n’attendent que de revivre

Lors de la Fête des patoisants romands à Saint-Ursanne en 1965. Crédit: © ArCJ 250 J 1.20.1.1

AJOIE Dix-neuf pièces de théâtre, quarante chansons. C’est ce qu’on appelle une œuvre. C’est celle de Djôsèt Barotchèt, de son vrai Joseph Badet, illustre patoisant né en 1915 à Fregiécourt et décédé en 2007 à Saint-Ursanne. Déposés par ses fils aux Archives cantonales jurassiennes, ses textes sont désormais disponibles pour qui voudra bien s’en emparer.

«M. Joseph Badet de St-Ursanne, barde patoisan jurassien, connu sous le pseudonyme de Djôsèt Barotchèt. Photo Bévi». Telle est la légende qui figure au dos de cette image datant de 1968 et prise par Bernard Willemin. Crédit: © ArCJ, 250 J 1.20.1.4

Reverra-t-on bientôt une pièce du Barotchèt à l’affiche dans la région? C’est possible. Car si jusqu’à présent les textes du plus célèbre des patoisants jurassiens étaient demeurés dans le cercle familial (très peu d’entre eux ayant été publiés), ils sont désormais disponibles auprès des Archives cantonales jurassiennes à qui Joseph et Roger Badet, les fils de l’auteur, en ont fait don en 2015. Dûment inventoriées, les dix-neuf pièces de théâtre et les quarante chansons sont à présent accessibles, en patois bien sûr, sur simple demande aux Archives. Les héritiers ont cédé leurs droits, «tout ce que nous demandons c’est que le nom de l’auteur soit mentionné si une pièce ou une chanson devait être reprise», précise Joseph Badet. Ce qui semble être la moindre des choses.

Le fonds Barotchèt comprend de nombreux autres écrits, articles de journaux, correspondance, photographies, archives du Réton di Ciôs di Doubs (L’Echo du Clos du Doubs, l’amicale des patoisants qu’il a fondée en 1956), etc. «C’est notre plus grand fonds en patois, c’est un grand enrichissement pour nous», souligne l’archiviste cantonal Antoine Glaenzer. Cette richesse reflète aussi l’intensité de l’activité déployée par Djôsèt Barotchèt dans la défense de son cher patois. «C’était sa langue maternelle, témoigne son fils et homonyme. Il nous disait toujours qu’il avait appris le patois avant le français.» Mais ses travaux n’en revêtaient pas moins une démarche militante: «Il nous a souvent dit aussi que c’est l’histoire jurassienne qui lui a fait écrire tout ça», poursuit Joseph Badet. Les pièces ont toutes été écrites entre 1960 et 1981, «dans une période identitaire forte», constate Antoine Glaenzer.

L’inspiration cueillie dans les vergers

L’écriture n’était certes pas son métier, puisqu’il était mécanicien de formation et qu’il a travaillé à la Thécla, à Saint-Ursanne, de 1945 jusqu’à sa retraite. Pourtant «il avait de la facilité, se souvient son fils. Tous les soirs en rentrant du boulot il était derrière sa machine à écrire, il y passait des heures.» Mais c’est dans ses vergers de Fregiécourt, son village natal, que «le Barotchèt» trouvait l’inspiration: «Il allait souvent s’occuper des arbres, il avait toujours un cahier sur lui. Toutes ses pièces sont nées là», assure Joseph Badet.

S’il a conservé toute sa mémoire jusqu’à son décès à l’âge de 92 ans, Djôsèt Barotchèt a rangé sa plume au début des années 1980. «A ce moment-là il avait l’âge de la retraite, rappelle son fils. De plus, ma mère, qui jouait dans toutes ses pièces, est décédée en 1974. Après, ça ne lui disait plus trop.» Sa carrière d’auteur a été couronné par le Prix littéraire jurassien, reçu en 1984.

Le 27 février 1984, Djosèt Barotchèt (à droite) se voit remettre le Prix littéraire jurassien par le ministre Jardin Roger et en présence d’Alexandre Voisard (assis). Crédit: © ArCJ 178 J 3 Pe 189

Champion d’athlétisme

Mais il n’y a pas eu que le patois dans la vie de Joseph Badet. Sportif accompli, il a été champion de Franche-Comté du 100 mètres en 1933 et a terminé à la cinquième place du Championnat de France de décathlon organisé dans le cadre de l’Exposition universelle de Paris, en 1937! Le jeune homme vivait alors à Montbéliard où ses parents s’étaient installés après la Première guerre mondiale. «Au départ il voulait faire de la boxe, mais sa mère n’a jamais voulu», rapporte son fils. Djôsèt Barotchèt, un personnage décidément peu banal, désormais passé à la postérité grâce au don fait par ses enfants aux Archives cantonales.

Claire Jeannerat, 29 mars 2018, N° 442