Ïn hanne d’Alle, ïn paiyisain, que feut achi hussie, nos é l’chie quéqu’ tèchtes que raicontant dés loûenes que f’sïnt rire les dgens, tiaind qu’è f’sait sai touènèe d’hussie. En voili énne, qu’ât aivu enrôlèe èt qu’i aî graiyenèe èt tradut, aivô dous tras r’maîrtçhes.

                                                                                                                         L’micou

-TRADUCTION-

Les histoires du temps passé

Un homme d’Alle, un paysan, qui fut aussi appariteur, nous a laissé quelques textes qui racontent des blagues qui faisaient rire les gens, quand il faisait sa tournée d’appariteur. En voici une, qui a été enregistrée et que j’ai transcrite et traduite, avec deux trois remarques.

                                                                                                                   Michel Cerf

Robert Voëlin

L’hichtoire dés suppositoirs raicontèe poi Robert Voëlin

I vôs veus raicontaie l’hichtoire dés suppositoirs. C’était ïn

hanne de lai Hâte-Aîdjoûe qu’s’en était v’ni en lai foére de Poérreintru. Èl aivait qu’équ’ commissions, èt peus è paît d’çoli, èl aivait ïn mâ d’ventr’ formidable. È n’poyait pu allaie â sèlle èt peus çoli yi bèyait dés côlitçhes, è n’saivait pu c’ment faire. Suffit qu’èl allé trovaie lo pharmacien Gigon qu’était ïn d’cés pharmaciens d’famille, èt peus lo pharmacien yi dit :

 

– Qu’ât-ce que vôs aimoénne de bon, Djosèt ?

– È bïn s’vôs saivïns, Monsieur Gigon. È y é… i seus… I aî ïn mâ, i n’sais’pe ç’que çoli veut bèyie, i n’sairais pu allaie â sèlle èt peus i aî ïn mâ â ventre c’ment ïn fô. I n’sais’pe c’ment i en veus paitchi !

Lo pharmacien y dié :

– È bïn aittentes, i vôs veus bèyie âtçhe po çoli, i vôs veus bèyie dés suppositoirs. Vôs lés paréz â rectum, èt peus tiaind vôs n’airèz pris dous trâs, vôs vouérèz qu’çoli veut meu allaie. È yi boté dains ènne petète boéte, èt peus ïn moment aiprés è s’en allé en l’hôtâ, è dié en sai fanne :

– È y é lo pharmacien Gigon qu’m’é bèyie dés suppositoirs po voiri ci mâ d’ventre. Mains è lés fât pare â rectum… Àt-ce que nôs n’ains ïn d’rectum ?

– Ma fois, i n’crais’pe – qu’èlle dié – è t’fât allaie tché ç’te Josèfine di bout di pont, ç’ât dés dgens bïns, i seus chur qu’ès n’aint ïn. Ma fois èl allé tchie çte Joséfine. Èlle yi dié :

– Bondjoué Djosét qu’ât-ce que vôs aimoénne de bon ?

– Èt bïn ma fois vôs voîtes, è y é lo pharmacien qu’m’é bèyi dés r’médes… po pare â rectum… èt peu nôs n’aîmpes. Ât-ce qu’vôs n’airîmpes ïn… vôs ?

– O poidé chié, nôs n’aivïns ïn bon, mains nos l’ains prâtè dous trâs côps èt peus an nôs n’l’on d’jmais r’bèyi.

Alors ma fois è s’en r’venié tot tiaimu en l’hôtâ èt peus è diè en sai fanne :

– Voici qu’ès n’aîmpent de rectum… c’ment ç’qu’i veus faire ?

– Èt bïn è t’fâs allaie tchie ç’te Mélanie du Bout d’Dôs, i seus chur qu’ès n’aint ïn… ç’ât achi dés dgens qu’aint l’moïyen !

Çoli fait qu’èl allé tchie ç’te Mélanie èt peus è yi dié :

– Bonjour Mélanie.

– Qu’ât-ce que vôs aimoénne de bon, Djosèt ?

– Èt bïn ma fois i aî dés r’médes en l’hôtâ, qu’i dairos pare â rectum èt peus nôs n’aimpes. Àt-ce vôs n’airïns ïn ?

– O chiè – qu’èlle yi dit – nos n’aivïns ïn bon, mains èl ât aivu tot p’tchujie èt peus nos l’ains botè tchu not’ solie.

Ma fois è s’en r’venié tot tiaimu, vu qu’è n’poyait’pe aivoi d’rectum. Èt peus sai fanne yi dit :

– Ėcoute, è n’y é’pe taint d’cés questions. Nos n’aimpes de rectum, mains te parés cés r’médes dains ènne étçhéyatte en not’ tieûjainne, èt peus çoli v’allaie. Ma fois, èlle prenié cés suppositoirs, èlle lés baitçhé aivô ènne fortchatte c’ment an bait lés ûes, dains l’étçhuyatte, èt peus yi dit :

– Bois çoli. Èt peus te veus étre étchaipe ! Ma foi, è boiyé çoli c’ment ïn sentimue (?). In quât d’houre aiprés, ma fois, él eut mâ, èl eut mâ, è s’rôlait dains yot’ poiye, è n’en poyait pu foûeche qu’èl aivait mâ, qu’èl aivait dés côlitçhes. Èt peus po fini, ma fois, çoli v’niait.

Dâli ïn mois aiprés, voici qu’èl allé en lai foére, èt peus è voyé l’pharmacien Gigon. Èt peus, ma fois, l’pharmacien s’raipp’lait ç’qu’è y aivait bèyie…

– Èt peus – qu’è yi dié – çoli vait mit’naint aivô çte constipation ?

– O, vos m’éz vendu ènne sakeurdi d’poûerie. Ïn âtr’ côp, i sais bïn ç’qu’i veus faire, i veus m’lés fôtre â tiu !

-TRADUCTION-

L’histoire des suppositoires racontée par Robert Voëlin

Je veux vous raconter l’histoire des suppositoires. C’était un homme de la Haute-Ajoie qui s’en était venu à la foire de Porrentruy. Il avait quelques commissions, et puis, à part ça, il avait un mal de ventre formidable. Il ne pouvait plus aller à selle, et puis cela lui donnait des coliques, il ne savait plus comment faire. Suffit qu’il alla trouver le pharmacien Gigon qui était un de ces pharmaciens de famille, et puis le pharmacien lui dit :

– Qu’est-ce qui vous amène de bon, Joseph ?

– Et bien, si vous saviez, Monsieur Gigon. Il y a… je suis… J’ai un mal, je ne sais plus ce que cela veut donner, je ne peux plus allez à selle, et puis j’ai un mal de ventre comme un fou. Je ne sais pas comment j’en veux sortir. Le pharmacien lui dit :

– Et bien attendez, je veux vous donner quelque chose pour cela, je veux vous donner des suppositoires. Vous les prendrez au rectum, et puis quand vous en aurez pris deux, trois, vous verrez que cela veut mieux aller. Il les lui mit dans une petite boîte. Et puis un moment après, il s’en alla à la maison, et dit à sa femme :

– Il y a le pharmacien Gigon qui m’a donné des suppositoires pour guérir ce mal de ventre. Mais il faut les prendre au rectum..,. Est-ce qu’on en a un, de rectum ?

– Ma foi, je ne crois pas – qu’elle lui dit – il te faut aller chez cette Joséphine du bout du pont, c’est des gens bien, je suis sûre qu’ils en ont un.

Ma foi, il alla chez cette Joséphine. Elle lui dit :

– Bonjour Joseph. Qu’est-ce qui vous amène de bon ?

– Et bien ma foi vous voyez, il y a le pharmacien qui m’a donné des remèdes… pour prendre au rectum… et puis nous n’en avons pas. Est-ce que vous en auriez un… vous ?

– Oh ! pardi oui, nous en avions un bon, mais nous l’avons prêté deux trois fois, et puis on ne nous l’a jamais redonné.

Alors, ma foi, il s’en revint tout confus à la maison et puis il dit à sa femme :

– Voici qu’ils n’ont pas de rectum, comment est-ce que je veux faire ?

– Et bien il te faut aller chez cette Mélanie du Bout d’dôs, je suis sûre qu’ils en ont une… c’est aussi des gens qui ont le moyen !

Cela fait qu’il alla chez cette Mélanie et puis il lui dit :

– Bonjour Mélanie !

– Qu’est-ce qui vous amène de bon, Joseph ?

– Et bien, ma foi

s, j’ai des remèdes à la maison, que je devrais prendre au rectum, et puis nous n’en n’avons pas. Est-ce que vous en auriez un ?

– Oh ! oui – qu’elle lui dit – nous en avions un bon, mais il a été tout percé et puis nous l’avons mis sur notre solier.

Ma foi il s’en revint tout confus vu qu’il ne pouvait pas avoir de rectum. Et puis sa femme lui dit :

– Ecoute, il n’y a pas tant de ces questions. Nous n’avons pas de rectum, mais tu prendras ces remèdes dans une tasse, dans notre cuisine, et puis cela veut aller.

Ma foi, elle prit ces suppositoires et les battit avec une fourchette comme on bat les oeufs, dans la tasse, et puis lui dit :

– Bois ceci et puis tu veux être quitte ! Ma foi il but ceci comme un médicament (?). Un quart d’heure après, ma foi, il eut mal, il eut mal, il se roulait dans leur chambre, il n’en pouvait plus, tellement il avait mal, qu’il avait des coliques. Et puis pour finir, ma foi, ça venait.

Ensuite, un mois après, voici qu’il alla à la foire, et puis il vit le pharmacien Gigon. Et puis, ma foi, le pharmacien se rappelait ce qu’il lui avait donné…

– Et puis – qu’il lui dit – ça va maintenant, avec cette constipation ?

– Oh ! vous m’avez vendu une sacrée cochonnerie. Une autre fois, je sais bien ce que je veux faire, je veux me les foutre au cul !

Une chronique de Michel Cerf, publiée le 7 mars 2019 dans notre rubrique web « PATOIS »

NOTES
– On remarque que Robert Voëlin utilise parfois des mots français dans sa narration, alors que l’équivalent existe parfois en patois : pharmacien (apothitçaire), constipé (schtopf), suppositoire, formidable… N’ayons pas peur de faire comme lui : l’essentiel est de communiquer en patois.
– La langue de nos ancêtres fait un grand usage du passé simple, qui est le temps de la narration. Dans ce texte, on trouve notamment : è dié (il dit), èl allé (il alla), è boiyé (il but), èlle prenié (elle prit), èlle lés baitçhé (elle les battit), èl eut mâ (il eut mal)…
– L’équivalent du nombre un en français serait ïn en patois, mais on trouve aussi yun, ènne ou yènne. Dans la bouche de Robert Voëlin, on entend plutôt ûn. Peut-être est-ce une particularité villageoise.
– Comme les rues n’étaient pas baptisées dans les villages, on utilisait des particularités géographiques pour s’y retrouver : Bout d’tchu (haut du village),
Bout d’dos (bas du village) Enson lai Côte (en haut de la côte), En Môtie (autour de l’église)…