Les fondements d’une abstraction

Felicitas Holzgang dans son jardin de Bonfol, où ses personnages semblent avoir pris racine.
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UNE ARTISTE, UNE ŒUVRE Felicitas Holzgang n’est pas seulement «la potière de Bonfol» que tout le monde connaît. Elle crée également des pièces artistiques, à l’image de la sculpture qu’elle a réalisée pour l’obtention de sa maîtrise de céramiste et qu’elle nous présente ici.

Felicitas Holzgang est la onzième artiste ajoulote invitée dans cette rubrique. Et comme pour la plupart de celles et ceux qui l’ont précédée, l’exercice – choisir l’une de ses œuvres et nous en parler – n’a pas été simple. Des interrogations vertigineuses («Qu’est-ce qu’une œuvre d’art? Et ce que je fais, est-ce de l’art, de l’artisanat d’art, de l’artisanat?») ont côtoyé la difficulté plus concrète de se remémorer l’intégralité d’une production qui s’étale sur plus de trois décennies.
C’est finalement dans son jardin que la céramiste de Bonfol a trouvé ce qu’elle cherchait. Un ensemble de quatre statues d’environ 80 centimètres de haut, en terre cuite cela va sans dire, s’y dresse. C’est le travail qu’elle a réalisé pour son examen de maîtrise en 1989, en Bavière. «Une partie de la maîtrise porte sur la céramique du bâtiment: tuiles, briques, etc. J’ai décidé de sortir des sentiers battus et, plutôt qu’un fourneau à catelles, de réaliser une sculpture.» Ce seront les quatre personnages de la parabole du Bon samaritain. «J’étais seule à l’étranger, sans personne vers qui me tourner lorsque j’avais une difficulté, explique Felicitas Holzgang. J’ai pensé au voyageur de cette histoire, au fait que les deux premières personnes qui sont passées à côté de lui ne l’ont pas regardé, et j’ai réalisé que dans la vie, c’est ainsi: on est toujours seul(e) face à nos problèmes.»

En pleine réalisation de l’œuvre, il y a 32 ans.

Une étape-clé

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La future maître-céramiste qu’elle était alors ne le savait pas, mais ce projet allait se révéler «une étape-clé de [son] travail de la terre». Car il a fallu, pour que l’idée prenne forme, «trouver un langage et une solution d’abstraction qui tiennent la route.» C’était il y a donc trente-deux ans, et «encore aujourd’hui je reste fidèle à ce que j’ai élaboré là, constate Felicitas Holzgang. Le regard que je porte sur l’objet, l’animal, le champignon, ou quoi que ce soit que je veux sculpter, est toujours le même.» Un style était né.

Deux ans plus tard, Felicitas Holzgang s’installait à Bonfol. Et sa sculpture, initialement prévue pour être une fontaine, l’a suivie. «Il y avait un rosier dans le jardin, et j’ai toujours dit que le jour où le rosier serait malade, je mettrais ma fontaine à la place. C’était il y a trente ans, et le rosier est toujours là!», s’amuse-t-elle. Mais les statues s’y trouvent aussi, parmi les tulipes et la mousse, sans autre eau toutefois que celle qui leur tombe parfois du ciel.

Le bal des pots

C’était il y a trente ans, disions-nous. Felicitas Holzgang, qui organise chaque année une exposition de ses travaux, ne manquera à coup sûr pas le rendez-vous. Le thème est déjà trouvé: ce sera «Le bal des pots». L’artisane d’art – puisque c’est ainsi qu’elle se voit – parera ses créations de leurs plus beaux atours pour cette célébration qui aura lieu cet automne. C’est que vases, pots, cendriers et bols le valent bien: «Ma démarche, mon langage, cela vient de mon premier métier. Quand je fais une cruche, il y a aussi des proportions à respecter pour qu’elle tienne bien dans la main, qu’elle soit stable. C’est aussi une œuvre d’art», conclut Felicitas Holzgang.

Claire Jeannerat

Article paru dans notre édition abonnés n° 592 du 6 mai 2021

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