Les mille vies de Claudio Cussigh

La musique, toute une histoire pour Claudio Cussigh. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie
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PORRENTRUY À 7 ans, Claudio Cussigh tombe amoureux des chanteuses et chanteurs soul américains. Un demi-siècle plus tard, son penchant pour les rythmes chaloupés et les voix profondes n’a rien perdu de son ardeur. Des mélodies qui continuent d’accompagner au quotidien la vie de celui qui est aussi le responsable des foires de la ville.

Vous l’avez peut-être repéré l’an dernier, derrière son micro, lors de l’une des grandes foires du samedi organisées en ville de Porrentruy, Si ce n’est pas le cas, peut-être alors lui avez-vous acheté une entrée pour la piscine de plein air. Installé depuis une quinzaine d’année en Ajoie, Claudio Cussigh fait pratiquement partie des meubles de la cité bruntrutaine. Et pourtant, au vu de ses tribulations existentielles, il n’était pas forcément écrit que l’homme choisirait l’Ajoie comme point de chute. «J’ai vécu pendant pas mal d’années à La Chaux-de-Fonds et j’en avais un peu marre des hivers rudes. Et ici, vous savez ce que c’est, il y a une chaleur humaine et une ambiance particulière qui sont vraiment agréables.»

Né en Italie, il débarque en Suisse alors qu’il sait à peine marcher et s’en va retrouver ses parents dans le Jura bernois. C’est là-bas, à Loveresse, qu’il fera la rencontre de celle qui changera sa vie à tout jamais, la musique. «Je devais avoir 7 ou 8 ans, ma cousine qui vivait en France est venue nous rendre visite et elle a apporté avec elle des 45 tours de soul. Des disques d’Aretha Franklin, de Wilson Pickett, de James Brown que ses voisins du dessus, un couple d’Américains en poste dans une caserne française, lui avaient donnés. J’ai croché pour toujours.»

Une milice communiste hongroise

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Depuis ce moment-là et jusqu’à aujourd’hui, la musique restera aux côtés de Claudio, quoi qu’il arrive. «Après la soul, j’ai découvert le funk, le blues, le jazz. Cette musique, cette chaleur, ces voix, ces rythmes, c’est mon truc à moi.» Plutôt généreux de nature, le jeune Claudio découvre alors qu’il peut partager avec le public les sons qui lui sont chers. «J’ai été DJ pendant quelques années, c’était une belle époque.» Une belle époque pimentée de toute une série d’aventures, plus ou moins rocambolesques et quoi qu’il en soit trop épicées pour être racontées ici. À une exception près peut-être. «Je devais avoir un peu plus de 20 ans. J’étais en voyage en Hongrie et, comme c’était mon truc, j’ai eu envie de voir à quoi ressemblait une boîte de nuit là-bas. J’en ai trouvé une, j’ai sympathisé avec le DJ et, comme il avait un truc à régler en privé avec une fille, il m’a demandé de le remplacer. Là-bas, à cette époque et régime communiste oblige, ils n’avaient pas accès aux vinyls, ils passaient de la musique avec des cassettes. Bref, le type s’en va, et, tout un coup, la milice gouvernementale débarque, matraques à la main. L’un des soldats me demande ce que je fais là et devient tout rouge lorsqu’il découvre que je ne parle pas un mot de hongrois…» Au final, après un ou deux coups dans les côtes, Claudio sera sauvé par son nouvel ami DJ, revenu des coulisses in extremis.

Les charmes de Porrentruy

Après ses péripéties de disc-jockey, Claudio reviendra à son métier de compositeur-typographe, qu’il exercera à La Chaux-de-Fonds pendant plus d’une décennie. Un jour, il décide pourtant que c’est assez et commence une nouvelle vie professionnelle. «Je me suis lancé sur les marchés, comme forain. Je n’avais aucune expérience et je me suis pas mal fait avoir au début, rigole l’intéressé. Finalement, je me suis associé avec un copain et ça a pas mal marché pour nous. Mais c’était du temps où les foires attiraient encore beaucoup, beaucoup de monde.»

Et c’est ainsi, au gré des foires justement, qu’il redécouvre Porrentruy et les charmes de l’Ajoie. «Je connaissais déjà la ville. Quand j’étais en apprentissage à Moutier, je venais déjà de temps en temps à cause de ce super magasin de disques, sur la droite en montant la Grand-Rue… » La musique, toujours. Ce n’est donc pas un hasard si, aujourd’hui, Claudio Cussigh occupe ses journées de retraité à faire tourner des disques et recevoir des passionnés comme lui, dans sa petite échoppe bruntrutaine.

Sébastien Fasnacht

Article paru dans notre édition abonnés n° 532 du 13 février 2020

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