L’esprit du Rai Tiai Tiai coule dans leurs veines

Érin, Mey, Adrien, Ivana et Jacky (de gauche à droite), au four et au moulin pour les préparatifs du Rai Tiai Tiai. Claire Jeannerat © Éditions L'Ajoie
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CŒUVE Parce que c’est une tradition spécifiquement ajoulote et parce que c’est la promesse de  moments mémorables, pour rien au monde les jeunes de Cœuve ne manqueraient le Rai Tiai Tiai. Mais qui dit Rai Tiai Tiai dit aussi montage du char. Nous y sommes allés voir un samedi après-midi.

Dehors, le soleil brille de tous les feux possibles pour un samedi après-midi de février. Mais le soleil, Mey, Érin et Jacky Henzelin, épaulés en la circonstance par leur petite sœur Ivana et leur pote Adrien, n’en profitent guère. Leur après-midi, c’est dans une grange de la ferme familiale, à Cœuve, qu’ils le passent. De leur plein gré, précisons-le. Ce sont même, figurez-vous, des récidivistes. «C’est le troisième week-end qu’on y passe», confirme Mey, qui lorsqu’elle ne manie pas la visseuse étudie au Lycée à Laufon. Il y en aura un quatrième encore, puis viendra l’aboutissement de tout ce travail: la nuit du Rai Tiai Tiai.

Avec deux autres complices aussi tiaissets qu’eux – Alec Beuret, qui officie comme chauffeur, et Kéline Ribeaud, qui se charge plutôt de la partie administrative de l’affaire – les frère et sœurs Henzelin sont en effet les préposés à l’organisation du Rai Tiai Tiai du Groupe jeunesse de Cœuve. Ce qui, concrètement, se traduit principalement par le montage du char. Un char gracieusement mis à disposition par un agriculteur du village et qui, chaque année, se métamorphose pour les besoins de la cause. Cette année (2020, ndlr), c’est le thème «home» qu’a retenu le petit groupe, jouant sur le double sens anglophone (le foyer, la maison) et francophone: «On a invité les vieux, enfin les anciens du Groupe jeunesse, à venir avec nous», explique Mey pendant que son frère et Adrien cherchent le bon angle pour installer une poutre. Le char prendra donc la forme d’une maison – de retraite peut-être – avec son toit, ses murs et sa porte repeinte pour l’occasion: ce sont Érin et Ivana qui s’y colleront, avec plaisir visiblement, cet après-midi-là.

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Un plaisir qui se partage

S’ils ne sont qu’une poignée pour les préparatifs, il y aura foule en revanche la nuit de lundi à mardi, celle du Rai Tiai Tiai. «On sera entre 40 et 50, estiment Mey et Jacky, forts de leur première expérience de l’année précédente, c’est-à-dire une trentaine du Groupe jeunesse plus les invités.» Entendez par-là les anciens déjà mentionnés, mais aussi les amis des jeunes Tiaissets qui voudraient goûter aux joies de ces festivités si typiquement ajoulotes. «Il y a quand même pas mal de villages où ça ne se fait pas, même en Ajoie», constate Jacky. «J’en ai parlé à des copines de la vallée, elles ne connaissaient même pas!», renchérit Mey.

Chaque membre du Groupe jeunesse peut ainsi inviter un ou une ami-e, mais pas davantage. Car sous ses airs débridés, le Rai Tiai Tiai est en réalité une fête bien encadrée où l’on ne badine pas avec la sécurité. «On se retrouve à 20 heures au Mont-de-Cœuve pour le souper, détaille Mey, et on en profite pour rappeler les règles. Ensuite vers minuit-1 heure, on commence la tournée du village, on prend les bouteilles que les gens nous ont laissées et on fait des farces aux autres, mais pas des trucs trop impolis. Et puis on prend la Poste pour aller à Porrentruy pendant que le chauffeur fait le trajet avec le char.» Le tout au son d’une playlist préparée par le DJ (quasi-)officiel du Rai Tiai Tiai de Cœuve, David Martin. «C’est même arrivé qu’il mixe en live sur le char, c’est un peu le luxe des Cœuve», remarque Jacky.

Cette «bonne ambiance», c’est l’une des raisons qui motivent Mey, Érin, Jacky et les autres à s’investir comme ils le font dans les préparatifs de cette nuit pas comme les autres. Mais ce n’est pas la seule. «Ça nous tient à cœur parce que c’est une tradition ajoulote, souligne Mey. Et puis ça nous donne de l’expérience, ça nous amène à prendre des responsabilités, à évoluer vers notre vie d’adulte.» Parions donc que la tradition du Rai Tiai Tiai n’est pas près de s’éteindre à Cœuve.

Claire Jeannerat

Article paru dans notre édition abonnés n° 533  du 20 février 2020

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