L’hiver, cette saison si particulière pour les agriculteurs

Quand l’hiver règne sur les terres © Benoît Monnin
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AJOIE Quand la terre est trop dure pour être travaillée, quand rien ne pousse et que le bétail ne peut être mené aux champs, que font les agriculteurs? Trois d’entre eux, à Courtedoux, Cornol et Porrentruy, ont accepté de répondre à cette question. Ils lèvent ainsi le voile sur une facette méconnue mais fondamentale de leur profession.

«La première fois que je suis allé au bois, c’était avec mon père. J’avais 16 ans et pour vous dire franchement, c’était une vraie corvée pour moi. Mais il fallait bien trouver d’autres sources de revenus sur l’exploitation.» Aujourd’hui, Thierry Blaser a 50 ans. Il gère l’exploitation familiale à Courtedoux et, l’hiver venu, il s’occupe des coupes de bois et du débardage pour différentes communes ajoulotes, en fonction des contrats qu’il parvient à décrocher. «Avec le temps, je me suis pris de passion pour cette activité. Aujourd’hui, j’en arrive même à me réjouir quand vient le mois d’octobre», confesse-t-il, un sourire dans la voix.

Pour Thierry Blaser, hiver rime avec coupe de bois. © Benoît Monnin

Pour Thierry Blaser, comme pour beaucoup d’agriculteurs, la saison froide est un moment à part dans l’année. Un moment où la nature se fige, où le temps ralentit. Ce qui ne signifie pas pour autant que l’ouvrage se fait plus rare: «C’est presque aussi chargé que l’été. Mais le travail est différent. Pendant la belle saison, je travaille beaucoup tout seul. L’hiver, avec le bois, c’est aussi l’occasion de voir du monde, de m’aérer la tête, de sortir de ma routine pour mieux recommencer au printemps. C’est important!»

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Ne pas arriver en retard au printemps

L’hiver, pour les agriculteurs, dure grosso modo de fin octobre à fin mars. Une période cruciale sur une exploitation, comme l’explique Benjamin Roy: «On fait ce qu’il faut pour ne pas arriver en retard au printemps! Cela va de l’entretien des bâtiments à la réparation des machines. Il y a du travail, mais c’est plus souple. Puisqu’on est moins dépendant de la météo, on peut s’organiser comme on veut et prendre un peu de temps pour sa famille et pour soi.»

En hiver, Benjamin Roy prépare le printemps! © Benoît Monnin

Prendre du temps pour soi, un concept tout relatif dans le monde agricole. À Porrentruy, Benjamin, son oncle et son père gèrent un biogaz qui accueille les déchets verts de plusieurs communes. Une activité qui ne connaît pas de saisons. «C’est comme la traite, on doit le faire toute l’année», confirme le jeune papa avant de poursuivre: «L’hiver est aussi un bon moment pour entreprendre des travaux particuliers, comme rénover une partie de la ferme. C’est ce qu’on a fait plusieurs années de suite chez mes parents.» Et comme si cela ne suffisait pas, Benjamin Roy profite aussi de ces mois froids pour passer sa maîtrise.

Former la relève, une activité hivernale

La formation, c’est un domaine que Jean-Claude Girardin connaît bien. Ingénieur agronome et agriculteur à Cornol sur une exploitation qu’il gère avec son frère, il donne des cours aux jeunes Jurassiennes et Jurassiens qui visent un CFC d’agriculteur. Et ceci principalement, vous l’avez deviné, durant l’hiver. «Je travaille à 50% à Courtemelon, mais ce pourcentage annuel est concentré entre mi-octobre et fin avril. Donc pendant l’hiver, je suis enseignant à presque 100%», explique Jean-Claude Girardin. Former la relève permet à l’agriculteur ajoulot de s’engager pour l’avenir de sa profession, mais également de varier les plaisirs: «J’aime bien le contact avec les jeunes et comme, pendant le reste de l’année, je travaille à plein temps sur l’exploitation, je suis aussi crédible à leurs yeux: ils savent que je sais de quoi je parle.»

Jean-Claude Girardin, agriculteur à la belle saison, enseignant en hiver. © Benoît Monnin

Plus calme, variée sans pour autant être reposante, la saison froide est un moment important pour les paysans. Et Michel Darbellay, directeur de la Chambre jurassienne d’agriculture, de conclure: «Dans le milieu, on dit souvent que si l’été, les agriculteurs travaillent à 250%, l’hiver est bien plus calme: entre 100 et 150% seulement! C’est une boutade mais pour certains, ça colle assez bien avec la réalité!»

Sébastien Fasnacht

Article paru dans notre édition abonnés n° 436 du 15 février 2018

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