L’illustration by Dexter Maurer

PORRENTRUY Il a déjà travaillé pour des clients aussi prestigieux que Nike, Adobe ou la célèbre université américaine Harvard. Enfant de Delémont, c’est à Porrentruy que Dexter Maurer crée et réalise aujourd’hui ses illustrations. Un travail qui, depuis deux ans, s’est fait remarquer bien au-delà des Rangiers, notamment avec l’aide d’internet.

Peut-être avez-vous pu vous frotter à son univers fantastique lors de sa dernière exposition, en fin d’année dernière à la Galerie du Sauvage, à Porrentruy. Mais le meilleur moyen pour découvrir le travail de Dexter Maurer – qui se dit inspiré par les studios Ghibli et Disney mais aussi les estampes japonaises, Gustave Doré ou les frères Hildebrandt – est encore d’aller jeter un œil sur internet. Car le jeune artiste de 25 ans est de cette génération qui manie aussi bien la souris que les crayons. Même s’il avoue une préférence tout de même pour les traditionnelles mines de plomb.

Guznag, l’exemple
Ce n’est pas tout à fait un hasard si c’est dans l’illustration que Dexter a trouvé sa voie. Avec un papa prof de dessin, il baigne depuis petit dans l’art pictural. «Nous allions souvent dans des expos, se souvient-il. On a aussi vu beaucoup de films, de dessins animés… Mon père faisait des dessins que je coloriais. Et puis assez vite, j’ai eu envie de créer mes propres images.» Formé au dessin classique et académique, c’est à l’adolescence qu’il décide de prendre son envol. «L’artiste bruntrutain Guznag, que j’admirais, était l’élève de mon père. Un soir, il est venu manger à la maison, il finissait l’EPAC à Saxon (école spécialisée dans la BD, l’illustration et les jeux vidéo, ndlr). J’ai dit: “Moi aussi je veux faire ça!”» Mais même avec un papa dans la branche, l’idée ne séduit qu’à moitié. «J’étais jeune et mon père aurait préféré que je fasse le gymnase…» Il lui impose donc deux choses: que ses notes passent toutes en A et qu’il réalise 200 dessins. «À la fin de l’année, c’était fait! Il n’avait plus le choix.» Le jeune Jurassien s’en va donc en Valais pour quatre ans explorer le monde de la création.

La consécration américaine
De retour dans le Jura, il s’entraîne à l’illustration sur ordinateur. «C’est plus pratique pour s’adapter aux demandes des clients. Car un jour, ils veulent une voiture rouge, et la semaine suivante une bleue… Ça permet donc d’économiser du temps et du matériel. Et au niveau de la réalisation, c’est génial! Dans un sens, il n’y a plus aucune limite.» Il se lance et publie ses dessins sur Behance, une plateforme internet dédiée aux travaux de création. C’est là qu’il se fait remarquer.

«À l’époque, je n’avais pas un style des plus faciles, avec des dragons, des armures, des monstres… Je cherchais quelque chose qui puisse intéresser des domaines plus larges, les marques, la presse…» Il crée alors les Brand Knights («chevaliers des marques» en français), une série d’illustrations de jouets intégrant des logos connus. Et ça marche! «Au départ, je ne voulais même pas les publier, j’ai juste fait ça pour m’amuser, sourit le jeune homme. Et puis un jour, je suis tombé sur un article d’Adobe (créateur de logiciels graphiques tels que Photoshop, ndlr) où on déconstruisait la manière dont j’avais fait ces figurines. J’étais hyper content!»

S’ensuit un partenariat avec l’entreprise américaine, puis un autre avec l’université Harvard pour un article dans une revue financière. Et un jour… «J’ai reçu un mail de Nike. Ils lançaient une campagne pour dix paires de chaussures rééditées, se souvient-il. J’ai d’abord cru que c’était de la pub… En fait, ils avaient contacté dix artistes à travers le monde pour illustrer chacune de ces chaussures.» Pour le jeune artiste, c’est la consécration!

Retour annoncé du brut

Installé aujourd’hui dans un lumineux appartement de la vieille ville de Porrentruy, c’est sur un projet beaucoup plus local – mais non moins intéressant! – que travaille actuellement Dexter Maurer. «J’ai été mandaté pour réaliser toutes les animations du futur Circuit secret de Delémont. C’est un nouveau challenge, je suis hyper content!» Et pour la suite? «J’ai quelques projets, mais j’aimerais d’abord développer quelque chose pour moi. J’en ai un peu ras le bol de bosser sur l’ordi, parce qu’une fois les croquis réalisés à la main, ce n’est plus que de l’exécution. Et moi, ce que j’aime, c’est dessiner… Je vais donc essayer de revenir à un truc plus brut, un dessin moins léché. Juste pour moi, pour me défouler.»

Élise Choulat