Luka Maurer: «Avec le design de mode, je prolonge un rêve d’enfant»

Luka Maurer a participé plusieurs fois à Mode Suisse, un rendez-vous «qui permet d’asseoir la crédibilité d’une marque à l’échelle nationale mais aussi internationale», estime le designer bruntrutain. Sébastien Fasnacht © Éditions L'Ajoie
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PORRENTRUY Ses costumes pour hommes squattent les podiums et les showrooms de Moscou, Milan et Zurich. Mais c’est au cœur de l’Ajoie, la région qui l’a vu grandir, qu’il leur fait prendre forme. Féru d’histoire à l’univers éclectique, le jeune designer Luka Maurer, avec sa marque Garnison, fait partie de la génération montante de la mode suisse. Rencontre.

Journal L’Ajoie: Luka Maurer, vous avez grandi en Ajoie, vous avez un gros faible pour les super-héros et signez des collections pour homme de prêt-à-porter de luxe. Racontez-nous comment vous en êtes arrivé là?
Luka Maurer: Enfant, je dessinais des personnages de science-fiction, plus particulièrement des super-héros dotés de super-pouvoirs qui me rassuraient. Aujourd’hui le design de mode me permet de donner vie à ces personnages et d’en faire des héros contemporains. En fait, je prolonge un rêve d’enfant.

Parlez-nous de votre univers de création. Où puisez-vous votre inspiration?
L’inspiration quotidienne ne vient pas du monde de la mode, qui à vrai dire ne m’intéresse pas particulièrement. Je me nourris et structure ma pensée par exemple avec les films d’Andrei Tarkovski, réalisateur soviétique de génie, et les tableaux de Caspar David Friedrich, peintre romantique allemand.

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En trois ou quatre adjectifs, comment qualifiez-vous vos vêtements?
Authentiques, rigoureux et raffinés.

Le vêtement pour homme, plus particulièrement le costume, ça a toujours été une évidence pour vous?
Quand j’étudiais à la HEAD Genève (Haute école d’art et de design, ndlr), un intervenant qui me suivait en dernière année tenait absolument à me pousser en dehors de ma zone de confort. Il voulait repousser mes limites. Son idée était simple, il voulait que je fasse une collection de diplôme avec un thème qui ne me plaise pas: le costume trois pièces. Ma passion était née.

Vous venez de participer à Mode Suisse, et ceci pour la troisième fois. En quoi ce rendez-vous est-il important pour un designer de mode?
Bien que la Suisse soit un marché très petit, cela reste un événement très professionnel qui permet d’asseoir la crédibilité d’une marque à l’échelle nationale mais aussi internationale. Vue de Paris ou de Londres, la mode suisse n’a pas une image très attractive. Cela est dû au fait que l’on nous assimile aux marchés allemand et autrichien qui, c’est vrai, ne vendent pas du rêve. Aujourd’hui je me bats aux côtés des autres designers suisses pour casser ces a prioris qui ont la vie dure. Avec la HEAD Genève, nous sommes les seuls participants romands représentés à Zurich et c’est très important pour moi que «Mode Suisse» ne devienne pas «Mode Suisse allemande».

Quel est l’objectif que vous poursuivez pour votre marque Garnison? Quel public ciblez-vous avec vos créations?
Le public de Garnison réside dans les centres urbains qui ont une forte culture mode comme Paris, Londres, Milan, Moscou, Tokyo. Ainsi j’ai commencé à travailler avec une agence à Milan et à Moscou pour promouvoir la marque à l’étranger.

Vous créez vos costumes à Porrentruy, vous êtes relativement loin des centres névralgiques de la mode. Pourquoi ce choix?
C’est le seul endroit où je me sens chez moi et parfaitement en phase avec moi-même: je commence là où je suis né. Ici, j’ai aussi le recul et le calme nécessaire à la bonne poursuite de mes recherches et au développement de la marque. Pour le moment tout est encore très neuf et malléable, mais si le projet prend de l’ampleur et nécessite un déménagement, je le ferai, mais à contre-cœur.

Vous faites partie de la nouvelle génération de designers de mode suisse, quelle est votre ambition aujourd’hui pour les dix prochaines années?
L’idéal dans dix ans serait d’avoir un petit réseau de clients spécialisés dans la vente de mode masculine à des endroits stratégiques. Pas trop, une quinzaine de boutiques dans le monde suffirait largement. Mon rêve serait de pouvoir assurer la production de A à Z à l’atelier de Porrentruy, d’agrandir l’atelier et de pouvoir continuer à travailler avec des gens que j’aime.

Propos recueillis par Sébastien Fasnacht

CARTE D’IDENTITÉ

Âge: 31 ans (en 2018, ndlr)
État civil: marié, deux enfants
Domicile: Porrentruy / Genève
Formation: Bachelor of Art and Design Major in Fashion Design
Emploi actuel: assistant HEAD Genève, enseignant IPAC Design
Parcours professionnel: Ozwald Boateng (Londres), Paul Davis (Berlin)
Hobbies: l’histoire, l’astronomie et le football

Article paru dans notre édition abonnés n° 435 du 8 février 2018

Retrouvez Luka Maurer dans notre édition n° 581 du 16 février 2021 dans notre nouvelle rubrique « Un artiste, une œuvre »

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