L’UP de Porrentruy échappe aux baisses durables de fréquentation

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Le président de l’UP de Porrentruy, Claude Rebetez (à gauche) accompagné de la secrétaire Fanny Lepori (au centre) et de la caissière Sylvie Girardin. © Maxime Rérat
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DISTRICT Si l’Université Populaire (UP) jurassienne connaît certaines difficultés, la section locale de Porrentruy a fière allure. Malgré des annulations ces deux dernières années et un changement des modes de vie, la situation est bonne pour l’UP de notre district, dont les responsables voient l’avenir avec optimisme.

L’Université Populaire est une véritable institution du paysage culturel jurassien. Née en 1957, elle est toujours bien en place et joue un rôle très important pour la société jurassienne. «D’une part, notre offre permet à des personnes n’ayant jamais fait d’études d’acquérir des savoirs, commente Michel Angi, coprésident de l’UP jurassienne. D’autre part, elle permet aussi à ceux qui ont étudié de se spécialiser sur certains sujets précis. En ce sens, l’UP est un projet démocratique qui crée du lien social, qui permet de sortir de l’isolement et qui désenclave certains villages

Le secrétariat cantonal de l’UP, installé à Delémont, regroupe quatre sections, dont une basée dans le Jura bernois. Les trois autres représentent chaque district jurassien. «Mais nous sommes très autonomes, précise Claude Rebetez qui préside la section de Porrentruy. Le secrétariat cantonal s’occupe de domaines très précis. C’est lui, par exemple, qui organise les cours de langues. Après, nous sommes libres dans les cours que nous proposons.»

Michel Angi voit l’Ajoie comme un terreau fertile pour les activités culturelles.
© Maxime Rérat
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Le Bibliobus, transmetteur de culture

Au-dessous des sections de district, des relais existent dans certains villages. En Ajoie, Alle, Boncourt, Bonfol, Chevenez, Charmoille, Coeuve, Cornol, Courgenay, Courtedoux, Fontenais et Miécourt sont ainsi représentés. «Les responsables de villages organisent un certain nombre de cours, note Claude Rebetez. Ça permet d’essaimer cette culture dans pratiquement toute l’Ajoie. Par ce biais, des synergies peuvent aussi se créer: si un cours fonctionne bien dans telle localité, nous pouvons ainsi réfléchir à l’exporter dans d’autres communes

Le dernier étage de l’UP jurassienne est le Bibliobus, qui sillonne le Jura pour le plus grand plaisir des amateurs de livres. Cette organisation en plusieurs niveaux semble très bien fonctionner au sein de l’UP jurassienne. «Chez nous, c’est la base qui soutient le haut de l’organigramme, dans le sens où le travail réalisé par les différentes sections et par le groupe du Bibliobus est fondamental», reconnaît Michel Angi.

«Les mentalités changent»

Tout aussi hétérogène, le noyau des participants aux cours semble même rajeunir depuis quelque temps. «Il y a une dizaine d’années, les personnes qui suivaient les cours avaient une moyenne d’âge de 40 à 50 ans, se souvient Fanny Lepori. Cela commence à changer, puisqu’aujourd’hui beaucoup de nos thématiques concernent les familles et les enfants. Nous avons aussi de plus en plus d’hommes, alors que les femmes étaient bien plus nombreuses il y a une quinzaine d’années.Sur ce point, nous sentons que les mentalités changent rapidement», ajoute Claude Rebetez.

Du point de vue financier, les différentes sections s’appuient sur les recettes des inscriptions aux cours, mais aussi sur des subventions cantonales. Ces dernières sont d’ailleurs assurées pour les prochaines années, puisqu’un nouveau contrat de prestations a été validé par le Parlement jurassien le mois dernier. «Cela nous redonne confiance, estime Michel Angi. Nous avons dû expliquer une nouvelle fois quelles étaient les activités de l’UP et en quoi elles étaient importantes pour la population. Maintenant, nous pouvons respirer.» Le Bruntrutain estime que ce soutien permettra à la section cantonale de relever les défis actuels.

La couverture du programme des cours 2021-2022 a été dessinée par Pitch Comment.
© Fanny Lepori

Des difficultés au niveau jurassien

Ces problèmes identifiés par la coordination cantonale de l’UP se divisent en deux catégories principales: tout d’abord, la crise du coronavirus qui a signifié l’annulation d’énormément de cours ces deux dernières années. «En 2019, nous avions fait une saison exceptionnelle, se souvient Claude Rebetez. Depuis, c’est forcément plus difficile. Nous avons bien essayé d’organiser certains cours par vidéoconférence, mais nous avons remarqué que cela ne valait en rien le présentiel

Le second facteur, qui a un réel impact depuis trois ou quatre ans selon Michel Angi, est le changement des modes de vies et de pensées. «Auparavant, l’UP avait un certain monopole sur les activités culturelles. Aujourd’hui, on trouve beaucoup de choses sur internet et en dehors: les cours Migros, ceux proposés par le canton, etc. L’UP est confrontée à cette difficulté et cela l’oblige à se repenser.» Et le coprésident de la section jurassienne de positiver: «Nous devons évoluer avec notre époque. Notre force est notre ancienneté. De plus, les cours proposés sur le web ont leurs limites: apprendre une langue sur internet, cela n’a rien à voir avec une immersion

Baisse de fréquentation: une exception ajoulote?

Pourtant, toutes les sections de l’UP ne sont pas touchées de la même manière par ces changements d’attitudes. En Ajoie, l’impact ne semble pas tellement marqué. «Notre plus grande difficulté fut la crise sanitaire, confirme Fanny Lepori. Maintenant, le public revient presque comme avant. Certains ont perdu leurs habitudes, mais nous remarquons surtout que beaucoup sont impatients de pouvoir à nouveau suivre certains de nos cours. Les inscriptions repartent vraiment à la hausse

Bien que les cours les plus prisés ne soient pas les mêmes aujourd’hui qu’il y a quinze ans, la fréquentation dans le district de Porrentruy est stable sur le long terme. «Je suis optimiste pour la suite, car les premiers résultats depuis le début de l’année sont réjouissants, avance Claude Rebetez. Aujourd’hui, les cours qui touchent au développement durable, mais aussi au bien-être, rencontrent beaucoup de succès

La baisse de fréquentation que pointe Michel Angi sur le plan cantonal, notamment due à une individualisation des pratiques d’apprentissage, ne touche que très peu l’Ajoie. Le président de l’UP jurassienne y voit une explication: «Les Ajoulots sont très attachés au monde culturel. Il y a une vitalité exceptionnelle, remarque-t-il. Tout cela est peut-être dû à la Question jurassienne: il a fallu promouvoir une certaine culture et celle-ci est restée fortement marquée en Ajoie. Je pense donc que la population du district est très attachée à l’UP.» Michel Angi confirme que la section bruntrutaine se porte très bien par rapport à ses voisines. «Il faut savoir innover et rester proche des besoins de la population, note Fanny Lepori. Nous sommes ouverts à toutes nouvelles propositions de cours

Les conférences organisées par l’Université Populaire de Porrentruy connaissent en général un grand succès.
© Fanny Lepori

«Ouvert à tous»

Ces prochaines années, les défis resteront nombreux dans les différentes sections de l’UP. À Porrentruy, Fanny Lepori et Claude Rebetez mettent en avant l’importance de rester proche des réalités contemporaines. «Nous devons rentabiliser nos cours. Si nous n’avons pas assez de participants, nous supprimons les cours et les remplaçons», explique Claude Rebetez. Le président de l’UP bruntrutaine espère que les subventions reçues permettront de maintenir des prix d’inscription très bas. «Notre université doit rester populaire, comme son nom l’indique. Si un jour nous ne recevons plus d’argent du canton et que nous devons augmenter les prix, la structure restera mais perdra son sens. Il faut que nous soyons ouverts à tous.»

En Ajoie, l’UP n’est pas prête à disparaître. 

Maxime Rérat

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