Montrer ce qui ne l’a encore jamais été

Peter Meier, ou comment mettre en lumière l’histoire cachée dans de vieux documents. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie
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VILLARS-SUR-FONTENAIS Peter Meier est l’un des derniers philatélistes d’Ajoie encore en activité. Mû par une passion dévorante, il passe des semaines entières à traquer des papiers, des cartes et des écrits sur des thèmes aussi divers que variés mais qui ont tous témoignent d’une histoire qui, sans lui, tomberait dans l’oubli.

Être attentif aux détails. Mettre en lumière des choses originales. Sortir du cadre strict de sa discipline de prédilection et chercher, toujours, la petite particularité qui fera la différence. Peter Meier n’est pas un philatéliste traditionnel. Il le dit lui-même: «Je ne suis pas un collectionneur de timbres-poste. Je collectionne des documents de l’histoire postale suisse.» L’histoire. Le mot est lâché. À travers ses incessantes recherches, quoiqu’un peu moins intensives aujourd’hui qu’elles purent l’être par le passé, l’ancien employé de La Poste, établi depuis de nombreuses années à Villars-sur-Fontenais, cherche avant tout à en raconter le plus possible, tout en mettant la lumière sur des aspects méconnus mais fascinants de la philatélie.

Des années entières de recherche

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Un peu en marge de ses pairs, donc au risque parfois d’être incompris, chose qu’il accepte avec un haussement d’épaules philosophe et un petit sourire malicieux, Peter Meier est aujourd’hui le seul philatéliste ajoulot qui montre des collections sur la scène nationale et internationale. Et ce, il faut le souligner, avec un certain succès. Il compte de nombreuses médailles à son palmarès, tous degrés confondus, la dernière en date et en or lui ayant été décernée à Bulle en décembre 2019 pour un travail réalisé sur les recouvrements. Les recouvrements? Bien calé dans un canapé d’époque, dans l’ancienne ferme aux parquets et plafonds boisés, plantée à la sortie de Villars-sur-Fontenais le long de la route principale, l’intéressé sort un carton rempli de facture impayées. Certaines très anciennes, certaines plus récentes. «Vous voyez, celle-ci concerne une cliente de la pharmacie Cuttat à Porrentruy. C’est une somme dérisoire, mais c’est un document très riche en informations. Regardez l’affranchissement, le tampon, les adresses, les mentions.» Véritable dénicheur de trésors, Peter Meier peut passer des années entières, et consacrer de petits budgets, à documenter un thème qui lui tient à cœur. «Aujourd’hui, je participe quand même un peu moins aux expositions et aux ventes aux enchères. Par contre, j’écris plus et je publie plus de choses sur les sujets qui m’intéressent

Un trésor de la collection de Peter Meier. Sébastien Fasnacht © Éditions L’Ajoie

Plus précieux que de l’argent

Auteur d’une chronique régulière, et un peu à contre-courant, dans le Journal philatélique suisse, Peter Meier a signé également de nombreux ouvrages. Dans la pièce du premier étage de son «petit paradis» ajoulot, quelques exemplaires d’un livre intitulé Zurück-Retour attendent de partir aux quatre coins de la Suisse et de l’Europe. «Ce travail m’a pris énormément de temps, mais j’ai eu énormément de plaisir: ce sont des cartes, des lettres et des documents qui n’ont pas pu être livrés par La Poste, pour différentes raisons.» Si, pour le profane et l’œil non averti, il ne s’agit que de bouts de papiers sans intérêt, pour le collectionneur passionné et féru d’histoire postale, il s’agit là d’un véritable trésor. «En termes d’argent, cela ne vaut rien. Mais, encore une fois, c’est un témoignage du passé, cela raconte l’histoire des gens qui se trouvent à chaque bout du document, celui qui envoie et celui qui reçoit, et celle des personnes qui tentent de transmettre ces documents. Je trouve cela fascinant!»

L’histoire de la vie locale

Amoureux de l’Ajoie, l’ancien enseignant bâlois possède également de nombreux documents sur la région. «Mon préféré, c’est un document de 1848 dans lequel le maire de Fontenais répond à une requête du préfet de Porrentruy et dans lequel il lui assure être satisfait du fonctionnement des courriers à pied dans la région.» La discussion s’achève, reste la vue sur les vergers, les damassiniers et les trésors d’histoire de Peter Meier qui n’ont encore, et de loin pas, livré tous leurs secrets.

Sébastien Fasnacht

Article paru dans notre éditions abonnés n° 526 du 19 décembre 2019

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