Multinationales responsables: on dit oui ou on dit non?

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OPINION Ce week-end, les citoyens suisses sont appelés aux urnes pour se prononcer sur l’initiative dite des multinationales responsables. Un texte aux applications complexes qui divise le paysage politique helvétique, créant même des scissions idéologiques au sein des partis. Pour y voir plus clair, nous avons donné la parole à deux Ajoulots engagés dans cette campagne: le futur député vert Philippe Bassin et le député maire de Cornol libéral-radical Ernest Gigon.

Philipe Bassin, pourquoi défendez-vous ce texte qui prévoit, entre autres, de demander des comptes devant la justice suisse à des multinationales au sujet de leurs pratiques industrielles, managériales et sociales à l’étranger?
Il faut tout d’abord préciser que ce texte concerne des multinationales – et seulement elles! – qui ont leur siège social en Suisse mais qui exploitent des ressources industrielles à l’étranger. Ensuite, il faut préciser que ce texte est tout sauf théorique: les gens ne se rendent pas compte du nombre de choses qu’ils consomment ou qu’ils utilisent au quotidien et qui sont issues de ces pratiques problématiques. On peut citer ici les téléphones portables, le chocolat, le café… Pour nous, le but de l’initiative est simplement que ces multinationales soient susceptibles de rendre des comptes devant la justice suisse pour répondre de soupçons de pratiques douteuses dans d’autres pays, principalement dans des pays en voie de développement.

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À quel genre de pratiques faites-vous allusion?
L’impact sur l’environnement, l’exploitation frauduleuse de ressources naturelles et le travail des enfants sont les pierres angulaires de notre combat. Au XXIe siècle, ce n’est tout simplement plus possible.

Cette initiative est le théâtre depuis plusieurs mois d’une campagne sans précédent où les camps se livre une bataille d’arguments sans merci… comment analysez-vous cette situation?
Certainement parce que cette initiative met le doigt là où ça fait mal! C’est un sujet très sensible qui parle à tout le monde parce qu’il touche à la fois à la planète, aux êtres humais mais aussi à l’économie.

Les opposants à cette initiative avancent l’argument que les PME suisses clientes des multinationales visées seront également et, injustement disent-ils, touchées par le texte que vous défendez. C’est vrai?
Non. Absolument pas. Notre texte ne vise que les multinationales qui exploitent des ressources et des travailleurs à l’étranger, pas leurs clients en Suisse. Il faut dire aussi que le texte ne concerne qu’une minorité de multinationales, la plupart font aujourd’hui des efforts considérables pour respecter à la fois l’environnement et la dignité des gens qu’elles emploient à l’étranger.

Ernest Gerber, vous êtes maire de Cornol et député au Parlement jurassien et vous militez contre cette initiative sur les multinationales responsables. Pourquoi ce choix?
Avant toute chose, j’aimerais dire que ce texte est extrêmement complexe. Au point qu’il divise même certains partis à l’heure actuelle. Je ne vais pas revenir ici sur tous les détails mais l’aspect fondamental pour moi est que l’initiative rate sa principale cible.

L’un des objectifs des initiants est de sanctionner les entreprises dont les pratiques en matière de travail et d’exploitation des ressources sont discutables. Est-ce que vous contestez ce point?
Absolument pas! Il est fondamental aujourd’hui d’en finir avec le travail des enfants, avec l’impact négatif que certaines industries imposent de fait à l’environnement. Je reste malgré tout persuadé que ce n’est pas avec cette initiative, et pas avec le texte qu’elle propose, que l’on y arrivera concrètement et que l’on permettra de faire changer les choses là où c’est réellement utile, donc dans les pays en voie de développement principalement.

Au sujet des petites entreprises suisses qui pourraient être touchées, quelle est votre position?
Je pense que, là encore, le texte rate sa cible. A-t-on la certitude aujourd’hui que seules les multinationales seront passibles de poursuites judiciaires en Suisse si le texte passe? J’en doute fortement. Après, encore une fois, je pense qu’il faut vraiment faire quelque chose pour mieux contrôler et réguler la manière dont travaillent les multinationales à l’étranger. Mais est-ce réellement à la Suisse de jouer ce rôle? Là non plus, je ne suis pas convaincu. Toutes ces raisons me poussent donc à refuser ce texte!

Propos recueillis par Sébastien Fasnacht

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