Naturel, local et autonome

La ferme du Moulin Dessous, entre Miécourt et Charmoille.© Patrick Nagel

MIÉCOURT Produire de la nourriture saine en laissant au maximum faire la nature tout en devenant autonome: ce sont les objectifs visés à la ferme du Moulin Dessous. Depuis bientôt quinze ans, Patrick Nagel, son amie Andrea Eberle et leur fils Simeo développent leurs activités selon les principes de la permaculture.

Située au cœur de la Baroche, entre Miécourt et le hameau de Miserez, la ferme du Moulin Dessous vit de profondes transformations depuis quelques années. Depuis, en fait, que Patrick Nagel, fils d’agriculteur de Charmoille, boucher, marchand de bétail et agriculteur lui-même, a repris l’exploitation en 2004. Car il a décidé de se lancer dans la permaculture. Une philosophie de vie autant qu’un mode de production.

Au Moulin Dessus, Patrick et sa famille élèvent des vaches charolaises pour la viande d’une part, et cultivent d’autre part. «Nous produisons le fourrage pour nos bêtes, mais aussi une ancienne variété de pur épeautre non-hybride que nous transformons en farine. Nous faisons également des légumes, maïs doux, petits pois, pommes-de-terres, oignons ainsi que des courges que nous vendons depuis quinze ans sur un char à Charmoille. En parallèle, nous sommes en train de développer notre verger composé de pommiers, poiriers, cerisiers, pruniers, damassiniers, noyers…» Autant de produits que le consommateur peut acheter directement à la ferme ou sur le site internet de l’exploitation barotchaise.

Autosuffisance et collaboration

Si, au premier abord, la ferme du Moulin Dessus ressemble à bien d’autres, c’est au niveau du mode de production qu’elle se distingue. «Nous essayons au maximum d’être autonomes, dévoile le maître des lieux. Par exemple, pour les vaches, j’en ai acheté quatre au départ à Bonfol – ce sont de vraies Ajoulotes, elles n’ont pas passé la frontière! Aujourd’hui, entre les mères, les veaux, les génisses et les taureaux, nous avons 120 animaux, tous nés chez nous. Nous les nourrissons avec du fourrage que nous produisons nous-mêmes, sans produits ni engrais chimiques. De même que pour nos céréales ou nos légumes, nous récupérons les graines que nous semons à nouveau l’année d’après.»

Mais ce n’est pas tout. Pour pouvoir élever toutes ces bêtes dans les meilleures conditions et planter suffisamment, Patrick Nagel joue une autre carte, celle de la collaboration. «On ne court pas après le développement à tout prix, souligne-t-il. Je travaille avec trois autres agriculteurs du coin qui accueillent une partie de mes vaches moyennant un tarif journalier – le cheptel est donc réparti entre Miécourt, Alle, Courgenay et Charmoille. Et eux s’engagent à les élever et à produire leur fourrage en suivant notre ligne. De même pour le pur épeautre, nous partageons nos semences avec eux puis leur rachetons la récolte. Ça nous permet de produire davantage tout en valorisant leurs domaines. Ça limite aussi les dégâts liés à la météo. Comme nos cultures sont dispatchées, on risque moins de pertes en cas de grêle ou de sécheresse. On a même réussi l’an dernier à constituer un stock de pur épeautre équivalent à une année ainsi que de fourrage pour six mois, ce qui nous permettrait de faire face à une éventuelle récolte catastrophique. C’est notre assurance en quelque sorte

Sans label officiel

Chez Patrick Nagel, le mot d’ordre, c’est «Nourrir des gens qui souhaitent manger mieux tout en préservant la nature». Pourtant, excepté une marque «Local et Nature Suisse» qui n’a pas été formellement déposée et l’attestation «Suisse Garantie», l’exploitation ne bénéficie d’aucun label particulier. «Nous ne sommes pas en bio, nous touchons les mêmes subventions qu’une exploitation traditionnelle, explique-t-il. Il y a des milliers d’années que l’homme travaille la terre naturellement pour se nourrir, alors on essaie de revenir aux sources, tout en profitant quand même du développement, de la mécanisation par exemple. Nous visons aussi le «zéro déchets» de diverses manières, notamment en écoulant notre viande également sous forme congelée.» Relevons que Patrick et sa famille accueillent également des stagiaires et ne sont pas réticents à partager leur expérience et leur philosophie, bien au contraire! Car «si je peux transmettre de bonnes idées et que ça se multiplie, alors j’aurai réussi!»

Un article d’Élise Choulat, publié le 7 mars 2019, dans le N°487

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